La sous-ministre à la Santé s’est absentée pour raisons de santé pendant des mois

QUÉBEC — Au plus fort de la deuxième vague de COVID-19, un des acteurs clés de la lutte à la pandémie, la sous-ministre à la Santé, Dominique Savoie, a été hors circuit pendant plusieurs mois pour des raisons de santé, selon ce qu’a appris La Presse Canadienne, jeudi, de plusieurs sources gouvernementales.

Grosso modo d’octobre à janvier, le ministère de la Santé a dû se passer des services de sa principale gestionnaire, au moment même où le Québec traversait la pire crise sanitaire de son histoire.

L’information sur le congé de maladie de la sous-ministre été confirmée par le cabinet du ministre de la Santé, Christian Dubé. Mais le cabinet a refusé de divulguer la durée de son absence.

En raison de son absence prolongée, Mme Savoie a dû être remplacée au pied levé par Vincent Lehouillier, un des membres de sa garde rapprochée, qui compte une dizaine de sous-ministres adjoints ou associés.

La nature de la maladie de Mme Savoie, qui a pu reprendre le travail il y a quelques semaines, n’a pas été divulguée, mais ce n’était pas la COVID-19.

Quel impact? 

Il serait hasardeux de spéculer sur l’impact de l’absence temporaire de la personne trônant au sommet de la pyramide d’une organisation, lorsqu’elle survient en plein coeur d’une crise de cette ampleur. On ne saura jamais dans quelle mesure cette situation a pu interférer ces derniers mois sur l’ensemble des décisions et des orientations prises en l’absence de la sous-ministre. Mais il serait tout aussi risqué d’affirmer que cela n’a eu aucun impact.

Mécontent de la gestion de la pandémie assurée par le ministère de la Santé durant la première vague, le premier ministre François Legault avait jugé nécessaire de procéder à des changements majeurs en juin dernier. La ministre Danielle McCann avait donc été remplacée par Christian Dubé et le sous-ministre Yvan Gendron avait dû laisser sa place à Dominique Savoie. De nouveaux sous-ministres adjoints sont aussi venus en renfort.

Deux mois plus tôt, le gouvernement avait déjà envoyé un signal en demandant à Mme Savoie de faire son entrée au ministère de la Santé pour y régler les trop nombreux problèmes d’approvisionnement de tous ordres et de tout le réseau. Étant à ce moment-là sous-ministre à l’Énergie et aux Ressources naturelles, elle n’avait alors aucune connaissance pratique du réseau de la santé.

Elle a dû faire ses classes rapidement car en juin elle était propulsée sous-ministre de la Santé et des Services sociaux, à la tête du plus gros ministère du gouvernement, doté d’un budget dépassant les 40 milliards $ annuellement. Elle devient aussitôt la supérieure hiérarchique du directeur national de la santé publique, le Dr Horacio Arruda, autre acteur clé de la lutte à la pandémie. 

Les défis ne manquent pas en santé, mais son mandat, à court terme, consiste à mener une guerre sans pitié au virus de la COVID-19.

Psychologue de formation, âgée de 60 ans, sa longue feuille de route atteste de sa réputation de gestionnaire efficace, pragmatique, spécialisée dans les opérations et axée sur les résultats. Le chroniqueur et animateur de radio Bernard Drainville l’a déjà qualifiée de «bulldozer».

Son parcours n’a pas toujours été un long fleuve tranquille cependant. Les hauts fonctionnaires font rarement les manchettes, mais le nom de Mme Savoie s’est retrouvé dans l’actualité, en 2016. Alors sous-ministre aux Transports, elle avait été critiquée en commission parlementaire, autour d’allégations d’irrégularités dans l’octroi de contrats. Elle avait tenu tête aux élus, en affirmant notamment qu’elle n’avait pas à recevoir d’ordres d’un ministre. Le gouvernement libéral l’avait placée aussitôt sur la voie d’évitement, lui retirant ses fonctions. Alors dans l’opposition, le député caquiste Éric Caire, aujourd’hui ministre, la qualifie de «mauvaise administratrice». En 2018, elle avait cependant été réhabilitée, en accédant au poste de sous-ministre à l’Énergie et aux Ressources naturelles. 

À la tête du ministère de la Santé, Mme Savoie se fait très discrète et se tient loin des médias. 

Par ailleurs, en décembre, pendant le congé de Mme Savoie, le ministère de la Santé subissait un autre coup dur lorsque le gestionnaire choisi pour superviser l’opération de vaccination massive de la population contre la COVID-19, Jérôme Gagnon, démissionnait pour des raisons de santé, quelques semaines seulement après être entré en fonctions. Il a été remplacé par Daniel Paré. 

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