La sous-traitance au fédéral coûterait des milliards aux contribuables

OTTAWA — La sous-traitance du travail qui pourrait être effectué par des employés du gouvernement fédéral coûte des milliards de dollars aux contribuables et a créé une fonction publique «fantôme» qui n’a pas de comptes à rendre aux Canadiens, selon un rapport de l’un des plus grands syndicats de la fonction publique du pays.

Le rapport, publié lundi par l’Institut professionnel de la fonction publique du Canada (IPFPC), indique que le gouvernement a dépensé près de 12 milliards $ pour des consultants en informatique, des consultants en gestion et autres agents contractuels de 2011 à 2018.

«Le gouvernement choisit de payer davantage pour des services de moindre qualité destinés aux Canadiens», a estimé la présidente de l’IPFPC, Debi Daviau, dans un communiqué.

«Au lieu de compter sur les meilleurs professionnels de la fonction publique du monde entier, le gouvernement gaspille l’argent des Canadiens pour des entrepreneurs qui exigent des prix exorbitants», a-t-elle soutenu.

Le syndicat a souligné l’échec du système de paie Phénix comme un exemple frappant de la façon dont les coûts peuvent échapper à tout contrôle lorsqu’un projet externalisé tourne mal.

Ce système, qui était censé faire économiser de l’argent aux contribuables, était doté d’un budget initial de 309 millions $. On sait maintenant qu’il devrait coûter 2,2 milliards $ d’ici 2023, alors que le gouvernement s’efforce de résoudre les problèmes qu’il a créés et de concevoir un système de remplacement.

«Les Canadiens ne peuvent pas se permettre de répéter l’échec du projet Phénix», a déclaré Mme Daviau.

Selon le rapport, les dépenses annuelles consacrées seulement aux consultants en technologies de l’information ont plus que doublé, passant de 605 millions $ en 2011 à 1,3 milliard $ en 2018, pour un total de 8,5 milliards $ sur une période de sept ans.

Facturer plus que prévu

Bien qu’il ne conteste pas ces chiffres, le Secrétariat du Conseil du Trésor fait valoir que des ressources de travail externes sont souvent nécessaires pour assurer la prestation des services gouvernementaux.

«Bien que les Canadiens puissent effectivement compter sur une fonction publique de classe mondiale, des services professionnels sont parfois nécessaires pour acquérir une expertise particulière et pour faire face aux fluctuations inattendues de la charge de travail», a déclaré le porte-parole du Conseil du Trésor, Martin Potvin, dans un courriel.

«Les pénuries dans certains groupes d’emploi et certaines zones géographiques spécifiques rendent aussi nécessaires des services professionnels pour maintenir les activités», a-t-il ajouté.

Le syndicat affirme que les entreprises privées décrochent généralement des contrats des marchés publics en affichant des prix réduits. Mais ces entreprises ont, au fil des ans, trouvé des lacunes dans leurs contrats pour facturer beaucoup plus que prévu pour le travail effectué, souligne l’IPFPC dans le premier ce qui devrait être une série de rapports sur l’externalisation cette année.

En externalisant le travail plutôt que de former des employés à l’interne, le syndicat fait valoir que le gouvernement crée une dépendance encore plus grande à l’égard des entrepreneurs privés, car cela nuit au transfert de connaissances au sein des ministères.

L’IPFPC représente environ 60 000 employés, principalement des scientifiques et des employés professionnels aux niveaux fédéral, provincial et territorial.

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