Statue de Jacques Parizeau: «il n’a jamais renoncé à son rêve»

QUÉBEC — Une imposante statue de bronze du premier ministre péquiste Jacques Parizeau a été dévoilée mercredi derrière l’Assemblée nationale. 

La cérémonie a eu lieu exactement sept ans après sa mort, le 1er juin 2015. 

Plusieurs personnalités politiques ont salué la mémoire de ce leader indépendantiste, dont le premier ministre François Legault, ainsi que la veuve de M. Parizeau, l’ex-députée Lisette Lapointe, mais en l’absence remarquée de la cheffe de l’opposition libérale, Dominique Anglade.

«N’ayez pas peur de vos rêves, disait-il, a rappelé Mme Lapointe dans son discours. Le sien était immense, le plus grand des rêves, faire du Québec un pays, et il a bien failli le réaliser. Jusqu’à la fin de sa vie, il n’a jamais renoncé à son rêve.»

L’événement avait des allures de retrouvailles d’anciens élus péquistes, avec les premiers ministres Lucien Bouchard et Pauline Marois, d’ex-députés et ministres, comme Jacques Brassard, l’ancien chef péquiste Jean-François Lisée, aussi son successeur Paul St-Pierre Plamondon, de même que le chef bloquiste Yves-François Blanchet.

«Jacques Parizeau nous a appris à croire à notre capacité de devenir maîtres chez nous, inspirons-nous de lui, tenons-nous debout, avançons vers notre destinée, n’ayons pas peur», a lancé le chef parlementaire péquiste, Joël Arseneau. 

M. Legault, qui a eu M. Parizeau comme professeur aux HEC, a dit que le Québec a eu «quelques grands hommes d’État», et que M. Parizeau était «parmi les plus importants», en soulignant ses réalisations, mais en effleurant son engagement indépendantiste. 

«M. Parizeau nous a libérés de nos anciens complexes», a-t-il souligné.

«Il faisait de l’indépendance une nécessité concrète», a dit le porte-parole de Québec solidaire (QS), Gabriel Nadeau-Dubois, en rappelant la sympathie que M. Parizeau éprouvait pour la jeunesse.

«Sur la destinée politique du Québec, les avis sont partagés, la grande question de l’indépendance est un débat clivant qui divise les Québécois, mais tous peuvent trouver en Jacques Parizeau un exemple de passion», a dit la députée libérale Christine St-Pierre, qui remplaçait Mme Anglade. 

L’œuvre de bronze, très ressemblante, est une réalisation des sculpteurs montréalais Jules Lasalle et Annick Bourgeau. 

«Monsieur», comme on le surnommait en raison de sa prestance et ses allures de grand seigneur, est représenté vêtu de son traditionnel complet trois-pièces, la main gauche ouverte et tendue vers son interlocuteur.  

«C’est une réussite formidable, a dit Lucien Bouchard sur l’apparence de l’oeuvre. On a vu beaucoup de statuaires pas très réussis, mais celle-là est magnifique, parce que c’est plein de vérité.»  

Une campagne de financement a permis de recueillir les 120 000 $ nécessaires à la création du monument. La statue fait face à la rue Jacques-Parizeau.

M. Parizeau a été premier ministre durant un mandat court, mais mouvementé, de septembre 1994 à octobre 1995, qui a culminé avec le deuxième référendum sur la souveraineté, le 30 octobre 1995.   

Pendant toute sa carrière politique, Jacques Parizeau a tenté de convaincre les Québécois de la nécessité de l’indépendance. Il en a fait le combat de sa vie.

Haut-fonctionnaire dans les années 60, il est l’un des instigateurs de la Caisse de dépôt et placement du Québec.

Il a été ministre des Finances du gouvernement de René Levesque à partir de 1976 jusqu’en 1984. Il a alors claqué la porte quand le Parti québécois a choisi le «beau risque», soit la voie du fédéralisme renouvelé. 

Pour clore cette parenthèse, il effectue un retour en étant élu chef du PQ en 1988 et remporte les élections de 1994 avec pour but de réaliser la souveraineté. 

Il prépare activement le Québec à accéder à l’indépendance, mène tambour battant la campagne référendaire de 1995, avec le chef bloquiste Lucien Bouchard, mais subit une défaite déchirante, le 30 octobre, lorsque le Non à la souveraineté l’emporte à 50,6 % contre 49,4 % pour le Oui.

Dans son discours, il prononcera une phrase malheureuse qui lui sera reprochée, lorsqu’il dit que son camp a été battu par «l’argent… puis des votes ethniques». 

«Peut-être qu’on pourrait parler d’autre chose que de cet épisode dans sa vie qui a été si remplie que de celui-là», a répondu M. Bouchard quand il a été interrogé par les journalistes sur cette page sombre. 

«On trébuche tous en politique (…). Faut savoir ce qui se passait à ce moment-là, une immense tension, une expectative extraordinaire qui s’est trouvée refoulée. Devant lui un mur. (…) Ça fait partie du parcours, du personnage. Un personnage politique, c’est plein de choses, faut le regarder dans l’ensemble.» 

Le lendemain, M. Parizeau annonce sa démission qui sera effective dans les mois qui suivront. Il ne souhaitait pas diriger une province, mais un pays, avait-il laissé entendre. Il demeurera par la suite un leader spirituel et orthodoxe du mouvement souverainiste, en même temps qu’un trouble-fête pour le Parti québécois par ses interventions inattendues.

«Ce n’était pas un homme ordinaire», a conclu M. Bouchard qui lui a reconnu «un tempérament», selon ses mots. 

«Il sort très gagnant aujourd’hui, il sort glorieux.»

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