La suspension du vaccin d’AstraZeneca serait une mesure de précaution

MONTRÉAL — La décision de trois pays européens de suspendre l’utilisation du vaccin contre le coronavirus d’AstraZeneca est probablement attribuable à un excès de prudence, croit un expert interrogé par La Presse Canadienne.

Le Danemark, la Norvège et l’Islande ont annoncé jeudi qu’ils suspendaient l’utilisation de ce vaccin après la formation de caillots sanguins chez certains receveurs.

On déplore au moins un décès jusqu’à présent.

«Je pense que la décision a été prise par extrême prudence dans certains pays, a dit le professeur Alain Lamarre, de l’Institut national de la recherche scientifique. Par contre, comme c’est souvent le cas avec les effets secondaires des vaccins, c’est très compliqué d’attribuer exactement un effet secondaire à la vaccination. Il pourrait y avoir plusieurs autres causes.»

En général, rappelle-t-il, les effets secondaires qui surviennent après la vaccination sont bénins et de courte durée, et ils se produisent fort majoritairement dans les minutes qui suivent l’injection.

Et même dans les trois pays qui ont pris cette décision, on ne parle que de quelques incidents sur des millions de doses injectées.

«C’est quand même très, très rare et c’est presque impossible d’être sûr hors de tout doute que ça a été causé par le vaccin», a dit le professeur Lamarre.

Reste que cette annonce «est loin d’être une bonne chose pour les campagnes de vaccination», poursuit-il.

La décision du Danemark, de la Norvège et de l’Islande risque en effet de faire sourciller ceux qui hésitaient déjà à se faire vacciner ou qui percevaient le vaccin d’AstraZeneca comme étant moins efficace que ceux de Pfizer-BioNTech et de Moderna.

«Si on se met à véhiculer l’information qu’il pourrait aussi être moins sécuritaire, ça risque effectivement d’accentuer ce sentiment-là», a prévenu M. Lamarre.

Les responsables de la santé publique des trois pays ont essentiellement décidé de faire une pause le temps d’y voir un peu plus clair, ajoute-t-il, et la vaccination reprendra si aucun lien n’est établi entre le vaccin et ces événements malheureux.

L’Autriche avait précédemment cessé d’utiliser un lot du vaccin d’AstraZeneca, après qu’un patient soit décédé d’un problème de coagulation et qu’un autre ait été victime d’une embolie pulmonaire.

Dans un communiqué mis en ligne jeudi matin, le directeur national de la santé publique du Québec, le docteur Horacio Arruda, indique que «pour l’instant, nous n’avons pas d’informations qui nous permettent de croire que ce vaccin présente plus de risques qu’un autre. Le cas échéant, soyez assurés que nous poserons les gestes appropriés.»

Tous les vaccins offerts au Québec sont efficaces et les données sur le terrain montrent une équivalence dans la prévention des formes graves de la COVID-19, ajoute-t-il.

De son côté, l’Agence européenne des médicaments évoque elle aussi une «mesure de précaution» et considère que les bienfaits associés au vaccin demeurent pour le moment plus grands que les risques.

«Rien ne montre pour le moment que la vaccination soit responsable de ces problèmes de santé, qui ne comptent pas parmi les effets secondaires connus de ce vaccin», a affirmé l’agence par voie de communiqué.

En date du 10 mars, poursuit le communiqué, on recensait 30 événements thromboemboliques parmi quelque cinq millions de personnes vaccinées dans l’espace économique européen, soit une incidence comparable à celle vue dans la population en général.

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