La téléconsultation sans rendez-vous pourrait empirer la situation, selon une étude

TORONTO — Les cliniques de soins virtuels pourraient en fait ajouter de la pression sur le système de santé débordé, déclarait jeudi l’Association médicale de l’Ontario, même si certains patients et médecins estiment que la téléconsultation constitue une alternative cruciale à une visite autrement nécessaire aux urgences.

Les commentaires de l’Association interviennent alors que les hôpitaux pédiatriques, les services d’urgence et l’ensemble du système de santé ont du mal à répondre aux exigences de la «triple épidémie» du virus respiratoire syncytial, de la grippe saisonnière et de la COVID-19.

«Les cliniques sans rendez-vous uniquement virtuelles peuvent en fait entraîner plus de désaffection, plus de coûts pour notre système», a expliqué la docteure Tara Kiran, médecin de famille à l’hôpital St. Michael de Toronto. Elle est l’auteure principale d’une étude préliminaire qui a comparé les patients qui ont consulté virtuellement leur propre médecin de famille avec des patients qui ont visité une clinique exclusivement virtuelle.

L’étude, qui n’a pas encore été révisée par des pairs, a révélé que les patients sans rendez-vous virtuels étaient deux fois plus susceptibles de se rendre aux urgences dans les 30 jours suivants, en raison d’un manque de continuité dans les soins.

Par contre, des patients et des médecins déplorent une réduction des possibilités de soins virtuels, alors que les médecins quittent ces plateformes depuis que le gouvernement et l’Association médicale de l’Ontario ont conclu un accord pour réduire, à compter du 1er décembre, les honoraires payés aux médecins pour les consultations virtuelles.

Alors que les honoraires pour les visites uniques étaient auparavant fixés à 37 $ pour les évaluations mineures et jusqu’à 60 $ pour les consultations plus longues, les changements les ont ramenés à 15 $ pour les consultations téléphoniques et 20 $ pour celles en vidéo.

Les partisans de cette pratique affirment que les cliniques virtuelles sans rendez-vous offrent un meilleur accès aux soins et empêchent des gens de se rendre aux urgences et dans les hôpitaux pédiatriques pour des problèmes moins graves.

Les nouveaux honoraires font mal

La pédiatre Aviva Lowe, de Toronto, qui a «vu» des enfants de partout en Ontario grâce à la clinique virtuelle «KixCare», assure qu’elle a été en mesure de fournir le même niveau de soins pour ces rendez-vous uniques qu’avec les nouveaux patients qui lui étaient référés par un autre médecin.

«KixCare» n’offre plus de services de soins virtuels urgents en raison des changements dans la grille des honoraires, qui, selon le service, a rendu son modèle de financement non viable.

Avant le 1er décembre, ses pédiatres voyaient environ 2000 enfants par mois — et ont vu environ 20 000 enfants en Ontario au cours de la pandémie, a indiqué la docteure Lowe.

Selon elle, l’étude de la docteure Kiran et l’Association médicale ne tiennent pas compte du fait que la majorité des patients qui accèdent aux plateformes de soins virtuels les utilisent en raison d’un manque d’options: la plupart n’ont pas accès en temps opportun à un médecin de famille ou sont incapables d’en obtenir un en raison du manque de disponibilité.

«Nous ne pouvons pas prendre de décisions politiques sur la base d’études qui ne sont pas évaluées par des pairs, dit-elle. Il n’est pas surprenant que le patient puisse à nouveau se présenter aux urgences faute d’autres options, mais il n’y a certainement aucune preuve suggérant que la consultation virtuelle (…) a causé cette visite aux urgences ou y a contribué.»

Plus de 90 % des parents interrogés par la plateforme ont déclaré qu’ils se seraient autrement rendus aux urgences faute d’autres options, ce qui représente environ 18 400 visites détournées du système en personne, a soutenu la pédiatre.

Afin de maintenir un certain niveau d’accès pour les enfants, la plateforme a lancé un service d’abonnement mensuel payant pour des rendez-vous avec une infirmière au lieu d’un médecin.

Des services réduits

Les réductions de frais pour les médecins sur des plateformes comme «KixCare» ont amené de nombreuses cliniques virtuelles sans rendez-vous à réduire ou à interrompre les services, ce qui rend plus difficile pour des parents d’accéder facilement aux soins pour leurs enfants.

Ainsi, la plateforme «Rocket Doctor» a connu un exode massif de médecins depuis l’entrée en vigueur des changements d’honoraires.  Son fondateur, le docteur William Cherniak, a mentionné que la plateforme était passée de 20 omnipraticiens ou urgentologues disponibles par jour à entre trois et quatre. Là où il avait l’habitude de voir 500 patients par jour, a-t-il ajouté, ce nombre est maintenant plus proche de 50.

«Rocket Doctor» a indiqué sur son site internet qu’il devait cesser les rendez-vous pour les médecins de famille et d’urgence ainsi que pour les pédiatres couverts par l’assurance-maladie via sa plateforme. Le docteur Cherniak a affirmé qu’il continuait d’aider les patients à accéder à des soins spécialisés, qui ont été épargnés par des réductions d’honoraires grâce à un accord avec le gouvernement en octobre, ainsi qu’à des services dans l’Ouest canadien et aux États-Unis.

Le ministère de la Santé de l’Ontario a déclaré avoir pris acte des avantages des soins virtuels tout au long de la pandémie de COVID-19 et le nouvel accord qu’il a conclu avec l’Association des médecins garantit que les soins virtuels seront intégrés de manière permanente dans le cadre de l’assurance-maladie. 

«Les soins virtuels sont destinés à compléter les soins en personne, et non à les remplacer», a précisé le ministère dans une précédente déclaration écrite.

L’Association des médecins de l’Ontario souligne que plus d’un million de patients dans la province n’ont pas de médecin de famille. Elle préconise des mesures telles que l’octroi plus rapide de permis de pratique aux médecins formés à l’étranger.

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Cette dépêche a été rédigée avec l’aide financière des Bourses de Meta et de La Presse Canadienne pour les nouvelles.

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