La tragédie d’Orlando rappelle que les gais peuvent difficilement donner du sang

TORONTO – La tragédie d’Orlando a ramené dans l’actualité une discrimination institutionnalisée à laquelle font face les hommes gais: il leur est à peu près impossible de donner du sang à moins d’être sexuellement abstinents.

Alors que les gais américains auraient été nombreux à se précipiter aux cliniques de dons de sang cette semaine, dans un geste de solidarité tout naturel, certaines règles en vigueur depuis l’épidémie de sida des années 1980 sont toujours en place, même si chaque don de sang fait maintenant l’objet d’un dépistage rigoureux.

Aux États-Unis, les hommes qui ont eu des rapports sexuels avec d’autres hommes ne peuvent donner de leur sang au cours de l’année qui suit leur dernière relation homosexuelle. Au Canada, cette période d’exclusion est beaucoup plus longue — cinq ans —, même si l’on est loin du bannissement à vie qui sévissait depuis le début des années 1980, jusqu’à il y a trois ans encore.

Michael Bach, fondateur et directeur général du Centre canadien pour la diversité et l’inclusion, à Toronto, rappelle que son organisme milite notamment en faveur de l’abolition de cette directive, qu’il juge discriminatoire et non fondée sur des données scientifiques. M. Bach fait remarquer que lui-même ne peut toujours pas donner de son sang même s’il est marié et en relation monogame avec un homme depuis sept ans.

Même les deux agences responsables des réserves de sang au pays, Héma Québec et la Société canadienne du sang, soutiennent qu’il serait temps de réduire à un an la période d’exclusion pour les hommes qui ont des rapports homosexuels, avant d’abolir purement et simplement cette mesure. En 2013, Santé Canada avait déjà aboli l’exclusion à vie, pour la ramener à cinq ans.

S’appuyant sur les plus récentes données scientifiques et les pratiques internationales, Héma Québec et la Société canadienne du sang ont recommandé à Santé Canada, en mars, de suivre l’exemple du Royaume-Uni, de l’Australie et de la Nouvelle-Zélande et de réduire cette période d’exclusion à un an, a indiqué la docteure Mindy Goldman, directrice médicale des donneurs et des services cliniques à la Société canadienne du sang.

Les hommes qui ont des relations sexuelles avec d’autres hommes sont toujours considérés à risque élevé de contracter le virus du sida (VIH), mais les méthodes de dépistage se sont améliorées considérablement, rappelle la docteure Goldman, d’Ottawa. Chaque don de sang doit subir deux tests différents de dépistage du sida et d’autres pathogènes potentiellement mortels. Selon Mme Goldman, ces mesures permettent de réduire «de façon tout à fait sécuritaire» la période d’exclusion à un an, plutôt que cinq.

Héma Québec et la Société canadienne du sang attendent maintenant le feu vert de Santé Canada, qui pourrait prendre encore quelques mois avant de se prononcer, et même si le premier ministre Justin Trudeau avait promis en campagne électorale d’abolir purement et simplement la période d’exclusion pour les hommes gais.

Michael Bach, lui, soutient que cette période d’exclusion est attribuable à la peur normale de contracter une maladie mortelle, mais aussi un relent du «scandale du sang contaminé» du début des années 1980. Environ 2000 Canadiens avaient alors été infectés par le VIH et 30 000 autres par le virus de l’hépatite C à la suite de transfusions de sang qui n’avait pas fait l’objet d’un dépistage adéquat à l’époque.

«Mais les dons de sang font maintenant l’objet, plus que jamais, d’un dépistage rigoureux, alors il serait temps de mettre à jour les directives», a soutenu M. Bach.