La traite des personnes a pris un nouveau visage au cours de la pandémie

CALGARY — Les difficultés financières et l’isolement provoqués par la pandémie de COVID-19 favorisent la traite des personnes, disent des gens qui font la lutte à ce crime.

«Les trafiquants profitent de cette période où les personnes vulnérables sont à la maison et en ligne. Cela rend notre travail beaucoup plus urgent», souligne la vedette de la musique country Paul Brandt, qui dirige un comité contre la traite des personnes en Alberta.

Le chanteur, un ancien infirmier en pédiatrie, a fondé en 2017 l’organisation Not in My City avec sa femme Liz afin de sensibiliser la population contre l’exploitation sexuelle. 

Julia Drydyk, la directrice générale du Canadian Center to End Human Trafficking, dit que davantage de données sont nécessaires pour évaluer l’impact total de la pandémie, mais il est clair que les trafiquants ont ajusté leurs tactiques.

«En plus de rechercher et d’identifier des individus dans les espaces communautaires du monde réel — à l’extérieur des écoles et même dans les refuges pour sans-abri — nous constatons également une augmentation de l’utilisation des médias sociaux pour que les gens identifient, attirent et ‘forment’ des individus.»

Le groupe a récemment publié un rapport affirmant que des trafiquants ont de plus en plus tendance à déplacer de jeunes femmes du Québec parlant peu ou pas du tout anglais vers l’Alberta.

Avant la pandémie, ils auraient transporté leurs victimes par avion. Aujourd’hui, ils le font en voiture, ce qui leur permet de rester plus facilement sous les radars, croit Mme Drydyk.

Malgré la pandémie, des ressources restent disponibles pour les victimes, signale-t-elle. Par exemple, la ligne d’assistance téléphonique du centre est en activité 24 heures par jour, sept jours par semaine.

Mme Drydyk dit que son groupe souhaite que les corps policiers collaborent plus étroitement entre eux. Elle demande au gouvernement un financement durable et adéquat pour des services fiables d’aide aux victimes de la traite des personnes.

Selon l’agente de la GRC Kristin Appleton, les trafiquants n’ont pas ralenti leurs activités au cours de la pandémie.

«Tout dépend des bénéfices qu’ils réalisent.»

Les personnes qui ont perdu leur emploi et qui ne sont pas admissibles aux prestations gouvernementales sont devenues plus vulnérables, tout comme les jeunes qui passent plus de temps en ligne.

«Ces trafiquants vont essentiellement traîner sur n’importe lequel de ces sites et si une fille dit ne pas se sentir si jolie, ils commenceront à discuter. Avant même que vous ne le sachiez, elle aura un ami et celui-ci la préparera», raconte Mme Appleton.

La policière souhaite que les forces de l’ordre et les écoles aient plus de ressources pour renseigner les jeunes sur les méfaits de la traite des êtres humains afin d’en reconnaître les signes avant-coureurs.

La directrice générale par intérim de l’Action Coalition on Human Trafficking Alberta (ACT Alberta), dit avoir constaté une forte baisse de demande de soutien de première ligne au début de la pandémie.

«Il est probable que des victimes étaient coincées dans un endroit avec leur trafiquant, dit-elle. Les chances qu’une personne seule se manifeste ou se réfère soi-même ou même simplement appelle les forces de l’ordre sont essentiellement nulles.»

Le nombre d’appels a augmenté depuis ce temps. État donné que les prises de contact virtuelles ne sont pas souvent possibles à cause des trafiquants rôdant à proximité, l’organisation a ajouté des protocoles de sécurité en cas de pandémie pour aider les victimes en personne.

Mme Brandon rappelle que son groupe a plaidé devant le comité présidé par Paul Brandt pour que le trafic de la main-d’oeuvre — principalement des travailleurs étrangers contraints par la force, la fraude ou la coercition de demeurer à un emploi — soit traité aussi sévèrement que l’exploitation sexuelle. Dans l’un et l’autre cas, les victimes sont souvent des femmes.

Paul Brandt dit que son comité provincial se réunissait deux fois par mois. Jusqu’à maintenant, il a entendu 90 représentations venant des forces de l’ordre, du gouvernement, d’intervenants de première ligne et «d’à peu près tous ceux qui ont une opinion sur la traite des personnes».

Le groupe a également entendu huit victimes lui parler de leur expérience personnelle et il y a eu une vidéoconférence récente avec des sous-ministres de huit ministères différents.

«J’ai parcouru chacun des ministères et j’ai expliqué les intersections entre leur ministère spécifique et la traite des êtres humains», explique le chanteur.

Le porte-parole du ministère de la Justice, Ian Roddick, dit que des représentants de neuf ministères ont formé un groupe de travail sur la traite des personnes qui se réunissait régulièrement.

Le gouvernement examine les ressources disponibles pour la combattre ce crime et soutenir les victimes, mais la pandémie a rendu difficile l’établissement d’un calendrier.

Le groupe espère formuler des recommandations peu de temps après cet examen, déclare M. Brandt.

«Nous voulons nous assurer que ces recommandations sont fondées sur une image fidèle de ce qui se passe ici dans la province.»

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