La tuerie de Montréal aurait pu se produire n’importe où, soutient Valérie Plante

MONTRÉAL — La mairesse de Montréal Valérie Plante a tenu à rassurer les Montréalais à la suite de la tuerie survenue au cours des derniers jours dans la grande région de Montréal. Elle a martelé qu’il s’agissait d’un «événement isolé» et que cela aurait pu se produire n’importe où. 

En conférence de presse dimanche, Mme Plante a qualifié les événements de «folie meurtrière». 

Mardi soir, Abdulla Shaikh aurait abattu deux hommes à Montréal à quelques kilomètres l’un de l’autre en moins de 65 minutes. Environ 24 heures plus tard, un troisième homme a été tué à Laval. 

La police a abattu le suspect de 26 ans, Abdulla Shaikh, jeudi matin au Motel Pierre dans l’arrondissement de Saint-Laurent. 

Mme Plante a dit qu’elle comprenait l’inquiétude que cela a suscitée chez les Montréalais, mais que cet événement tragique aurait pu se produire dans n’importe quelle région du Québec et qu’en ce sens, il ne faut pas «céder à la peur». 

La mairesse a abordé le problème de l’accès aux armes. «Ce n’est pas acceptable qu’on puisse se commander des pièces, qu’on puisse en créer soi-même avec une imprimante 3D. Il faut bannir les armes à feu et il faut rajouter des mécanismes pour pouvoir saisir ces armes.»

Récemment, le ministre de la Sécurité publique, Marco Mendicino, a annoncé que le projet de loi C-21 avait été déposé, ce qui comprend un gel national des armes de poing. Valérie Plante estime qu’il s’agit d’une bonne nouvelle, mais cela ne va pas assez loin. Selon elle, il ne faut pas seulement un gel, mais une interdiction des armes de poing. 

«Il faut des façons d’interdire, de limiter, de légiférer et de rentrer dans les réseaux de création d’armes fantômes ou de commande en ligne», ajoute-t-elle. 

Ottawa a annoncé jeudi que la somme de 41,8 millions $ serait accordée au gouvernement du Québec pour lutter contre la violence armée et les gangs de rue.

Mme Plante soutient qu’une «somme importante» de cette enveloppe doit aller à Montréal et que cela devrait inclure Laval qui connaît aussi une augmentation de la violence armée. 

«On a besoin de moyens supplémentaires du provincial et fédéral», plaide Mme Plante. 

Elle a rappelé que le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) est la seule police municipale au Québec à offrir un service de niveau cinq, ce qui comprend notamment la gestion d’attaques terroristes et cyberattaques. Le niveau de service est basé en fonction du nombre d’habitants présents sur son territoire. Mme Plante a dit que c’est la Ville qui assume la plupart des coûts rattachés à cette exigence, justifiant sa demande d’avoir une grande part de l’enveloppe de 41,8 millions de dollars. 

Santé mentale 

La Commission d’examen des troubles mentaux a déclaré en mars que le psychiatre du suspect de la tuerie s’inquiétait entre autres de la violence et de la pathologie psychiatrique d’Abdulla Shaikh.

Cependant, le suspect avait fait des progrès au cours des six mois précédents et a convenu avec son psychiatre qu’il devait rester en liberté sous certaines conditions.

La mairesse de Montréal a souligné que la santé, ce qui inclut la santé mentale, est un champ de compétence provinciale. Elle a affirmé qu’elle avait besoin que le gouvernement du Québec «aide» le SPVM «à aller de l’avant», sans toutefois détailler ses demandes. Elle a mentionné que la Ville avait des échanges constants avec le SPVM afin d’améliorer les outils en place pour la gestion des cas de santé mentale sur le territoire. 

En conférence de presse, elle a vanté à plusieurs reprises le travail des policiers du SPVM. Elle a indiqué qu’il y a de plus en plus de cas de détresse psychologique à Montréal, selon ce que constatent les policiers. 

Aux côtés de Valérie Plante, le responsable de la sécurité publique à Montréal, Martin Prud’homme, a spécifié que le suivi d’une personne aux prises avec des problèmes de santé mentale n’appartenait pas aux policiers. 

Il a abondé dans le même sens que la mairesse en disant que le SPVM avait «besoin d’aide» pour soutenir les policiers. «Ils sont formés, mais ce ne sont pas des spécialistes en santé mentale», a-t-il dit. 

Mme Plante a indiqué qu’elle espère que la sécurité publique sera un sujet important au cours de la prochaine campagne électorale provinciale. «Je souhaite que les chefs des partis se positionnent très haut et fort sur la question des armes à feu», mentionne-t-elle. 

L’opposition réagit 

Le chef de l’opposition au conseil municipal de Montréal, Aref Salem, s’est dit déçu de la conférence de presse de la mairesse de Montréal. 

«Je suis encore plus inquiet qu’avant la conférence de presse. (…)  Je pensais qu’on allait voir des actions concrètes, alors qu’on a eu juste des slogans», commente-t-il. 

Conseiller dans l’arrondissement de Saint-Laurent où la tuerie s’est en partie déroulée, M. Salem a fait savoir qu’il avait passé la fin de semaine à tenter de rassurer la population de son arrondissement. «Tout le monde me parlait des incidents qui se sont passés à Saint-Laurent», dit-il. 

M. Salem reconnaît aussi que la fusillade est un geste isolé. «Ça prend des escouades mixtes. Il y a déjà une escouade qui existe pour la santé mentale au niveau de la police, mais il faut l’agrandir. Il faut embaucher plus de policiers», propose le politicien. Il soutient qu’il y a plus de 300 policiers manquants à Montréal. 

«Il manque d’effectifs», lance-t-il. Selon lui, il faut bonifier les escouades policières et s’assurer que les agents ont des ressources et des outils nécessaires pour agir. Il croit aussi que la solution doit passer par d’autres paliers gouvernementaux, notamment avoir des moyens «d’être plus coercitif pour les gens qui utilisent les armes illégales (…) et qui tuent des gens». 

M. Salem mentionne que les incidents armés sont devenus quotidiens sur l’île. Il indique que l’opposition demande depuis le début de l’été un plan de sécurité afin de rassurer les Montréalais sur cet enjeu. 

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