La vague orange n’est plus, décrètent des libéraux

OTTAWA — La vague orange qui a déferlé sur le Québec en 2011 s’est résorbée et a fait place à une mer d’huile.

C’est du moins l’avis de certains libéraux croisés au parlement fédéral, mardi, au lendemain de la victoire de Rachel Bendayan avec 40,4 pour cent des voix à l’élection complémentaire dans la circonscription d’Outremont.

Selon eux, la reconquête de ce qui était une forteresse libérale avant que Thomas Mulcair ne s’en empare en 2007 — jetant du même coup les bases de la vague orange — vient mettre fin au phénomène.

La ministre Mélanie Joly est de ceux qui font cette lecture. «Pendant longtemps, on a parlé de la fameuse vague orange qui avait déferlé sur le Québec. Je pense (que) c’est la fin de la vague orange, et on peut parler d’un ressac», a-t-elle offert avant la rencontre du cabinet.

Pour appuyer son diagnostic, le députée montréalaise a fait remarquer qu’un nombre considérable de députés qui se sont fait élire sous la bannière du Nouveau Parti démocratique à la faveur de cette vague ont décidé de ne pas se représenter en 2019.

Son collègue François-Philippe Champagne a abondé dans le même sens. Et à son avis lui, tout cela est de bon augure pour les troupes libérales, à quelques mois des élections générales d’octobre 2019. «C’est la fin. Regardez les résultats», a-t-il lâché en mêlée de presse.

Le ministre des Finances, Bill Morneau, estime que l’état du mouvement néo-démocrate au Québec s’apparente davantage à une mer d’huile qu’à de la houle. «Il m’apparaît assez clair qu’il n’y a pas de vague. (…) Il me semble que c’est une mer assez calme», a-t-il affirmé.

Plus philosophe, leur collègue Pablo Rodriguez a fait valoir qu’il était hasardeux de se lancer dans de telles prédictions. «Il faut toujours approcher la politique de façon humble», a-t-il soutenu après la rencontre du cabinet.

«Arrogance» libérale

Le député conservateur Gérard Deltell a argué avoir «beaucoup trop de respect pour les adversaires pour dire qu’ils sont morts et que c’est fini». Il a ajouté que les propos des libéraux sur les déboires néo-démocrates au Québec témoignaient de leur «arrogance».

Les conservateurs, qui ont conservé leur siège dans York-Simcoe en Ontario, ne pouvaient pavoiser au sujet de leur performance dans Outremont — leur candidate, Jasmine Louras, n’a pu faire mieux qu’une cinquième position, avec 7,3 pour cent des suffrages exprimés.

Le candidat vert, l’écologiste Daniel Green, a bien fait, décrochant la troisième position avec 12,5 pour cent des votes, derrière la néo-démocrate Julia Sanchez, qui est arrivée deuxième en obtenant la faveur de 26,1 pour cent de l’électorat de la circonscription montréalaise.

Quant au candidat du Bloc québécois, il s’en est tiré honorablement, estime le député Rhéal Fortin.

«Écoutez, on ne se contera pas d’histoire, je ne me péterai pas les bretelles avec les scores dans Outremont! Ce que je dis, c’est qu’on est sur une pente ascendante», a-t-il laissé tomber en mêlée de presse en commentant le score de 11,2 pour cent de Michel Duchesne.

Peu d’électeurs outremontois ont jeté leur dévolu sur le candidat qui se présentait pour le Parti populaire de Maxime Bernier. Celui-ci a reconnu mercredi qu’il était déçu, mais il s’est réjoui du résultat de sa candidate Laura-Lynn Thompson (10,6 pour cent) dans Burnaby-Sud.

«Renouer avec les Québécois»

C’est précisément dans cette circonscription de la Colombie-Britannique que le Nouveau Parti démocratique a trouvé de quoi se réjouir: le chef Jagmeet Singh a remporté son pari en s’y faisant élire avec 39 pour cent des voix — 13 points de plus que son rival libéral, arrivé deuxième.

Dans son discours de victoire, il a reconnu qu’il avait du travail à faire dans les prochains mois au Québec. Il s’est engagé «à redoubler d’efforts pour renouer avec les Québécois, pour réaliser le rêve de Jack Layton».

Le député Alexandre Boulerice s’est dit «très très heureux de la victoire éclatante» du chef.

«Ça va lui permettre d’être en Chambre dans les semaines qui viennent, et de montrer un peu de quel bois il se chauffe, de pouvoir poser des questions directement au premier ministre», a-t-il affirmé en marge d’une annonce au parlement.

Et il voit évidemment le résultat dans Outremont d’un autre oeil que les libéraux.

«Il y a un fond libéral très très fort dans Outremont, mais pour les gens qui nous rayaient de la carte au Québec en disant qu’on allait disparaître, je pense qu’un score de (26,1) pour cent montre qu’on a été capable de s’enraciner», a analysé l’élu de Rosemont—La Petite-Patrie.

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