La VG de l’Ontario critique sévèrement la réponse du gouvernement Ford à la pandémie

TORONTO — La réponse de l’Ontario à la pandémie de COVID-19 a été plus lente et plus réactive que celle des autres provinces, entravée par des retards et une confusion dans la prise de décisions, les experts en santé publique ayant joué un rôle secondaire par rapport aux représentants du gouvernement et aux politiciens, conclut la vérificatrice générale.

Des plans d’urgence provinciaux désuets ont contribué à ralentir la réponse en hiver et au printemps derniers, tout comme des problèmes systémiques tels que le manque de capacité des laboratoires et de vieux systèmes informatiques, a déclaré Bonnie Lysyk dans un rapport cinglant publié mercredi.

Mme Lysyk a également épinglé une structure de commandement de plus en plus lourde et qui n’était pas dirigée par une expertise en santé publique, malgré la création et l’expansion d’un «Groupe de commandement pour le secteur de la santé» qui, selon elle, implique maintenant plus de 500 personnes.

La vérificatrice conclut aussi que le médecin hygiéniste en chef de la province n’a pas pleinement exercé ses pouvoirs pour répondre à la pandémie, ni donné des directives aux responsables locaux pour assurer une approche uniforme dans toutes les régions. À titre d’exemple, un message provincial cohérent sur le port du masque pour les citoyens n’est venu qu’en octobre — et ce message est venu du gouvernement, non pas du docteur David Williams, note Mme Lysyk.

Le Bureau de la vérificatrice générale conclut que ceux qui ont une expertise en santé publique n’ont pas joué un rôle de premier plan dans la réponse du ministère de la Santé, même si la COVID-19 était bel et bien une crise de santé publique. 

«Le Bureau a appris des médecins hygiénistes locaux que les conseils de santé publique donnés par les politiciens provinciaux à la place du médecin hygiéniste en chef étaient source de confusion à leurs yeux.» 

La vérificatrice générale s’est également inquiétée du fait que les tests de laboratoire, la gestion des cas et la recherche des contacts n’étaient pas effectués assez vite pour limiter la propagation du virus. Ainsi, entre janvier et août, tous les bureaux de santé publique sauf un n’avaient pas atteint l’objectif de rapporter les résultats des tests dans un délai de 24 heures 60 % du temps.

Le gouvernement se défend

La ministre de la Santé, Christine Elliott, a déclaré mercredi que le gouvernement accueillait favorablement certains des points soulevés, mais le rapport est une «déception» et «à bien des égards, une description erronée de la réponse de la province à la pandémie», a-t-elle dit.

Elle a rappelé que l’Ontario avait été la première province à désigner la COVID-19 comme une maladie infectieuse à déclaration obligatoire et la deuxième à déclarer une urgence sanitaire en raison de la pandémie. Elle a aussi souligné qu’à l’extérieur du Canada atlantique, l’Ontario affichait le taux de cas actifs le plus bas de toutes les provinces, à 89 cas pour 100 000 habitants.

La ministre Elliott conteste aussi la conclusion voulant que le docteur Williams n’ait pas mené la riposte provinciale à la pandémie. Elle soutient que son gouvernement a toujours suivi les recommandations du médecin depuis le début de la pandémie, bien qu’on ait pu discuter de «quelques petits changements potentiels» à certains moments.

Le gouvernement a été souvent pressé de divulguer publiquement les recommandations du docteur Williams au ministre et au Cabinet, mais il ne l’a pas encore fait, un problème qui est soulevé dans le rapport de la vérificatrice générale.

Les leçons du SRAS de 2003 

Mme Lysyk conclut également que bon nombre des problèmes identifiés par son bureau auraient pu être évités si la province avait donné suite aux leçons clés de l’épidémie de SRAS de 2003 avant ou pendant la crise sanitaire.

La Commission sur le SRAS recommandait notamment des réformes en santé publique visant à rationaliser les opérations et la gestion des 34 bureaux régionaux, qui continuent actuellement de fonctionner de manière indépendante, souvent sans partager les meilleures pratiques, rappelle la vérificatrice générale. En conséquence, la réponse de l’Ontario au COVID-19 était souvent «désorganisée et incohérente», selon le rapport.

La Commission sur le SRAS insistait aussi sur la nécessité de mesures préventives, selon le document. «Respecter ce principe signifie prendre rapidement des mesures énergiques», estime Mme Lysyk dans un communiqué. Or, «ce n’est pas ce que nous avons constaté dans notre travail d’audit; nous avons plutôt relevé des retards, des conflits et de la confusion dans la prise de décisions».

Les recommandations formulées dans les rapports précédents du vérificateur général de mettre à jour régulièrement les plans d’intervention d’urgence et de remédier aux faiblesses des laboratoires de santé publique et des systèmes d’information n’ont pas non plus été suivies d’effets concrets, selon le rapport.

Le Bureau de la vérificatrice générale indique qu’il publiera un deuxième rapport sur la réponse provinciale à la COVID-19, qui examinera cette fois les dépenses liées à la santé, les équipements de protection individuelle et les soins de longue durée.

Laisser un commentaire