La vice-première ministre de l’Alberta met l’accent sur l’environnement au Québec

MONTRÉAL – La vice-première ministre de l’Alberta veut améliorer les relations avec le Québec en faisant valoir aux Québécois que son gouvernement néo-démocrate est différent du précédent et qu’il est à l’écoute, notamment de leurs inquiétudes en matière d’environnement et au sujet du controversé pipeline Énergie Est.

En visite au Québec cette semaine, Sarah Hoffman, qui est aussi ministre de la Santé, s’est rendue à Québec puis a eu diverses rencontres à Montréal, dans ce qui prenait des airs de mission diplomatique pour le gouvernement de Rachel Notley et d’opération de séduction auprès des Québécois.

Le projet de pipeline Énergie Est est un sujet de désaccord entre les deux gouvernements, celui du premier ministre Philippe Couillard ayant même demandé une injonction pour forcer le promoteur TransCanada à respecter les lois environnementales du Québec. Il est toutefois perçu comme crucial pour l’économie par les Albertains.

En entrevue avec La Presse canadienne jeudi, Mme Hoffman a vanté ce que le nouveau gouvernement albertain, en place depuis mai 2015, a fait pour l’environnement. Elle a cité le Plan climatique de la province qui a annoncé, entre autres, la mise en place d’un plafond sur les émissions provenant des sables bitumineux et les investissements dans les énergies renouvelables. La province a aussi créé un bureau des changements climatiques.

«Les Albertains savent que le changement climatique est réel. Nous croyons en la science. Notre gouvernement prend cela très au sérieux», a dit la ministre.

Bien consciente de l’enjeu du pipeline qui oppose le Québec et l’Alberta, elle dit vouloir écouter les Québécois et connaître leurs inquiétudes qu’elle a qualifiées de «raisonnables», lors de l’entrevue qui s’est déroulée en anglais dans un café du centre-ville de Montréal.

«J’ai entendu des préoccupations au sujet de la sécurité des pipelines et sur un développement hors de contrôle des sables bitumineux», une situation qui n’arrivera pas, dit-elle, vu le plafond imposé aux émissions de carbone.

Elle parle de dialogue respectueux avec le Québec et du besoin pour le gouvernement albertain d’ajuster sa façon de voir les choses en conséquence.

«On veut répondre aux préoccupations plutôt que de les ignorer», a-t-elle martelé.

Dans le passé, le premier ministre de la Saskatchewan, Brad Wall, a eu des mots durs envers le Québec pour son opposition au pipeline Énergie Est et le chef du Parti Wildrose de l’Alberta, Brian Jean, a traité le maire de Montréal, Denis Coderre, d’hypocrite sur le même sujet.

La première ministre Notley avait aussi tenu des propos remarqués au sujet de l’injonction demandée par Québec sur le projet de pipeline, affirmant en mars qu’elle «garderait son pistolet dans l’étui pour le moment».

Mme Hoffman a déclaré qu’«il n’est pas surprenant que les gens tournent le dos quand ils se sentent attaqués».

Le reste de l’agenda de Mme Hoffman pour la journée de jeudi laisse entrevoir l’accent mis sur l’environnement par la vice-première ministre lors de son séjour en sol québécois. Une visite aux bureaux du groupe environnemental Équiterre était prévue, comme des rencontres avec des entrepreneurs québécois intéressés à investir en Alberta dans des projets d’énergie renouvelable. Elle avait auparavant rencontré des sous-ministres du ministère de l’Environnement du Québec.

Mme Hoffman est d’avis que les valeurs du gouvernement du NPD — notamment la protection de l’environnement, la justice sociale et une grande place accordée aux femmes au sein du cabinet — vont aider à établir un terrain de compréhension et faciliter les discussions entre les deux provinces.

«Nous faisons les choses différemment», a répété la jeune ministre de 36 ans à plusieurs reprises lors de l’entrevue.

Elle se dit consciente de la perception négative de nombreux Québécois à l’égard de l’Alberta. La province est souvent jugée comme étant très différente, voire parfois hostile au Québec.

«C’est l’une des raisons pour lesquelles je suis ici. On ne veut pas être un gouvernement sans visage», dit-elle.

Et puis, avec des néo-démocrates au pouvoir, «c’est une Alberta très différente de la vision qu’ont beaucoup de gens», basée sur leurs expériences du passé.

Cette semaine, elle a notamment rencontré le ministre québécois de la Santé, Gaétan Barrette — à son invitation — pour en apprendre davantage sur des initiatives québécoises, notamment l’aide médicale à mourir, la livraison de soins de santé en région éloignée et la rémunération des médecins. Elle a relaté avec beaucoup d’enthousiasme avoir fait en sa compagnie plusieurs visites de cliniques et d’hôpitaux, dont le centre Cactus, qui sert notamment à l’échange de seringues pour les utilisateurs de drogues.