La victime d’un prêtre catholique se voit accorder 844 000 $ par un juge

VANCOUVER — Un juge de la Cour suprême de la Colombie-Britannique a accordé près de 850 000 $ en dommages-intérêts à une ancienne enseignante du primaire victime d’agressions sexuelles par un prêtre catholique.

Dans sa décision publiée cette semaine, le juge David Crossin rapporte que Rosemary Anderson était âgée de 27 ans lorsqu’elle a commencé à enseigner à l’école Our Lady of Perpetual Help, à Kamloops, en 1976.

Il écrit que Mme Anderson avait cherché du réconfort à la suite de la mort de son père auprès du père Erlindo Molon, qui demeurait dans le presbytère de la paroisse où était située l’école.

Le père Molon, qui avait environ 20 ans de plus que la victime, a amorcé une relation sexuelle avec Mme Anderson. Selon le jugement, cette relation est née d’une confiance trahie et a été perpétuée par un abus de pouvoir.

Mme Anderson a témoigné à la cour qu’elle avait signalé la situation au diocèse de Kamloops au printemps 1977, mais les agressions se sont poursuivies et même intensifiées jusqu’au départ du père Molon en mai de la même année.

Pour le juge Crossin, le diocèse n’a pas pris les mesures adéquates pour protéger les paroissiens, y compris Mme Anderson, contre les «instincts prédateurs» du prêtre et ce qui semblait être son «manque de rectitude morale».

Mme Anderson a déclaré au tribunal qu’elle avait souffert de nombreuses blessures psychologiques, notamment une capacité réduite à faire confiance aux autres, une faible estime de soi et une perte de lien avec l’Église.

La Presse Canadienne ne nomme habituellement pas les personnes qui disent avoir été agressées sexuellement à moins qu’elles ne donnent leur consentement, comme l’a fait Mme Anderson.

Selon le juge, la conduite du père Molon représente un abus de pouvoir flagrant et, de ce fait, répréhensible. «Il a exploité la vulnérabilité d’une jeune femme confiée à ses soins pour se livrer à une exploitation sexuelle prolongée et répétée», écrit-il.

Un «prêtre playboy»

Mme Anderson dit avoir parlé à un autre prêtre de la situation au cours d’une confession. Elle a ensuite décrit la relation à Adam Exner, qui était alors évêque de Kamloops.

Mgr Exner a témoigné qu’il avait déjà entendu dire que le père Molon avait la réputation de commettre des inconduites sexuelles, le qualifiant même de «prêtre playboy».

Le juge indique que dans les 10 jours qui ont suivi cette conversation, le père Molon a été dépouillé de ses sacrements. Il a alors quitté le presbytère. Mais pendant un certain temps, il a continué d’aller à l’appartement de Mme Anderson où il l’a violée, selon elle.

Le juge a estimé que Mgr Exner n’avait pas pris les mesures adéquates pour enquêter sur Erlindo Molon ou limiter ses fonctions. Il reproche aussi à l’évêque d’avoir omis d’avertir les paroissiens à son sujet.

Le juge Crossin estime que Mgr Exner a été franc quant à son échec à avoir empêché les agressions commises par le père Molon contre Mme Anderson et en a exprimé des regrets.

«L’évêque a effectivement concédé un échec de direction, de responsabilité et d’attention. Il reconnaît maintenant qu’il pouvait exister deux voies pour son engagement envers le père Molon et la plaignante. À mon avis, il a choisi la mauvaise», peut-on lire dans la décision de la cour.

L’avocate de Mme Anderson, Sandy Kovacs, a dit que la soif de justice de la victime lui avait coûté cher, car elle a dû partager des détails intimes et endurer des questions sur le «mythe du viol» pendant les audiences.

«Le jugement du juge Crossin met fin à toute suggestion selon laquelle un contact sexuel entre un chef spirituel et un paroissien vulnérable a la capacité d’être consensuel, et c’est une victoire», a souligné Me Kovacs.

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