La ville d’Asbestos sera-t-elle renommée Apalone, Jeffrey, Phénix ou Trois-Lacs?

Les citoyens d’Asbestos, en Estrie, devront choisir entre Apalone, Jeffrey, Phénix et Trois-Lacs dans un mois lors d’un vote sur le nouveau nom de leur ville, a annoncé le maire Hugues Grimard, lundi soir, lors d’une séance du conseil municipal.

Les noms réfèrent respectivement à une tortue menacée, au nom du premier exploitant de la mine d’amiante de la ville, à un oiseau fabuleux et à une ancienne municipalité.

Plus de 1000 noms ont été reçus par la Ville, a souligné le maire. Un comité de citoyens les a étudiés et avait pour mandat d’en retenir tout au plus une dizaine. Ce sont les élus qui ont ensuite choisi lesquels d’entre eux seront soumis au vote.

Les électeurs devront classer les noms par ordre de préférence sur leur bulletin de vote. Si aucun nom n’obtient la majorité des votes au premier tour, le nom ayant obtenu le moins de votes sera éliminé et le deuxième choix de ces électeurs sera redistribué. Le processus continuera ainsi jusqu’à ce qu’un nom obtienne une majorité de votes.

Même s’il s’agit d’une consultation citoyenne et non d’un référendum selon les registres du ministère des Affaires municipales, le maire de la municipalité de près de 7000 habitants a promis en conférence de presse que les élus «respecteront» le choix des citoyens.

«Ce n’est pas l’histoire d’un individu. C’est l’histoire d’une communauté», a lancé le maire Grimard en entrevue avec La Presse Canadienne en justifiant pourquoi il refuse de dévoiler s’il a une préférence parmi les noms soumis au vote.

Tous les propriétaires d’entreprise et les citoyens d’Asbestos âgés de 14 ans et plus pourront se prononcer lors du scrutin qui se tiendra dans la salle du conseil du mercredi 14 au dimanche 18 octobre. Le nouveau nom sera dévoilé le lundi 19 octobre.

Lors des élections municipales, provinciales et fédérales seuls les citoyens de 18 ans ont droit de vote. Les élus souhaitaient cependant «inclure nos jeunes dans la prise de décisions», a expliqué M. Grimard au sujet du jeune âge à partir duquel ses citoyens seront autorisés à voter. Cette idée, qui vient d’une conseillère municipale, a été retenue d’autant plus que le changement de nom est fait «pour les générations futures».

Présentation des noms

Dans une fiche d’information qui sera expédiée aux citoyens dès mardi et qui décrit brièvement chacun des noms, on peut apprendre qu’Apalone fait référence à la tortue-molle à épines, une espèce de tortue menacée par la pollution des lacs et des rivières qui «a déjà été observée dans la région».

Le premier exploitant de la mine d’amiante de la municipalité, William Henry Jeffrey, serait davantage reconnu si les citoyens choisissent son nom de famille. «Il fut celui qui développa le potentiel du gisement de la mine à ses débuts et qui érigea les bases de l’activité minière dans notre ville», note le document.

Le nom Phénix est inspiré de l’«oiseau fabuleux mythique doté d’une impressionnante longévité». Il s’agit également de l’appellation des équipes sportives de l’école secondaire située dans la municipalité.

Finalement, Trois-Lacs est le nom d’un secteur de la ville qui était une ancienne municipalité jusqu’en 1999, lorsqu’elle a fusionné avec Asbestos.

En février, la Ville avait annoncé que le nouveau nom devrait être dynamique et rassembleur, contribuer à l’essor de la ville, être représentatif de la région et de sa géographie, illustrer l’histoire de la ville, mais sans avoir de connotation directe avec l’amiante, être laïc et de langue française.

Échéancier retardé

Asbestos avait annoncé en novembre 2019 vouloir se défaire de la connotation négative de son nom qui signifie amiante en anglais, ayant relégué l’industrie aux oubliettes après la fermeture de la mine Jeffrey en 2012.

La pandémie de COVID-19 a joué les trouble-fête dans l’échéancier initial qui prévoyait la tenue d’un vote populaire en avril et qu’une résolution au sujet du nouveau soit votée en mai.

La municipalité a obtenu tout récemment le feu vert du ministère des Affaires municipales pour tenir le vote dans le contexte sanitaire actuel.

Au moins 400 personnes ont regardé en direct sur la page Facebook de la Ville l’annonce faite par le maire des noms retenus.

La Ville a ensuite interrompu la vidéo, refusant de diffuser l’ensemble de la séance du conseil municipal ainsi que les questions et commentaires des citoyens.

Le maire a déclaré en entrevue qu’il ne s’agit pas d’un «débat public» ni d’une «discussion ou quoi que ce soit».

«Le reste du conseil, on le fait en public et c’est aux gens à venir nous rencontrer», a-t-il dit. La salle du conseil municipal peut accueillir un maximum de 26 citoyens.

Dans les commentaires publiés en réaction à la vidéo, plusieurs citoyens ont exprimé une préférence pour un nom ou un autre. Le nom Jeffrey s’est vu reprocher d’être incohérent avec la démarche qui vise à dissocier la ville de son histoire minière. D’autres ont estimé qu’«Asbestos était un bon nom finalement».

Le coût de la démarche de changement de nom a été évalué par la Ville à environ 100 000 $.

La ville d’Asbestos a contribué à faire du Canada l’un des leaders mondiaux en exportation d’amiante. Pendant des décennies, l’amiante a été utilisé dans la fabrication de nombreux matériaux, mais maintenant, il est banni dans de nombreux États à travers le monde en raison des risques qu’il pose à la santé humaine.

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