L’abandon de Keystone menacerait des milliers d’emplois et des milliards en impôts

OTTAWA — L’annulation du projet d’expansion de l’oléoduc Keystone XL de TC Énergie mettrait non seulement en péril des milliers d’emplois en Alberta, mais entraînerait également la perte de milliards de dollars en impôts sur le revenu des sociétés, en taxes sur le carbone et en redevances, font valoir des experts en énergie. 

Richard Masson, chercheur et expert en énergie à la School of Public Policy de l’Université de Calgary, a souligné que l’abandon du projet menacerait également la sécurité de l’approvisionnement en brut pour l’un des plus grands centres de raffinage de pétrole du monde.

Sans pipeline pour acheminer le bitume dilué canadien vers la côte américaine du golfe du Mexique, les raffineries importeront de pays comme l’Arabie saoudite, l’Irak et la Russie, a-t-il estimé.

«Le raccordement par pipeline en Amérique du Nord est le moyen le plus sûr d’alimenter ces raffineries», a estimé M. Masson, soulignant que le Canada avait une surveillance environnementale et des normes de travail plus strictes que plusieurs autres pays producteurs de pétrole. 

«Ces raffineries ont vraiment besoin de notre pétrole (…) et la côte américaine du golfe est le meilleur marché pour notre pétrole», a-t-il expliqué. 

Les documents de transition suggèrent que Joe Biden mettra fin au projet controversé dès mercredi, lorsqu’il aura prêté serment en tant que président des États-Unis, en annulant un permis de construction accordé en 2019 par son prédécesseur Donald Trump. 

Les premiers ministres de l’Alberta et de la Saskatchewan, Jason Kenney et Scott Moe, ont estimé lundi que  l’arrêt de la construction du projet serait désastreux pour les économies canadienne et américaine. 

M. Kenney a rappelé que son gouvernement avait annoncé un investissement de 1,5 milliard $ dans l’expansion l’année dernière, et s’est dit prêt à «utiliser toutes les voies juridiques disponibles pour protéger son intérêt dans le projet». 

M. Moe, quant à lui, a exhorté le premier ministre Justin Trudeau à rencontrer M. Biden et a indiqué que son gouvernement communiquera avec ses contacts à Washington. 

M. Trudeau est jusqu’à présent resté silencieux sur la question, mais son ambassadrice aux États-Unis, Kirsten Hillman, défend le pipeline en affirmant qu’il s’inscrit dans le plan climatique du Canada et qu’il offrira de bons emplois. 

Promesses vertes 

TC Énergie a dévoilé dimanche un plan pour le projet Keystone XL qui devrait lui permettre d’atteindre le seuil de zéro émission nette, alors même que son avenir semble incertain. 

L’exploitant de pipelines a indiqué qu’il avait un plan pour éliminer l’impact des émissions de gaz à effet de serre (GES) des activités de Keystone XL. 

«Le changement climatique est un problème grave et nous avons un rôle important à jouer dans la gestion des émissions de GES tout en équilibrant le besoin d’énergie sûre, fiable et économique», a affirmé le chef de la direction de TC Énergie, François Poirier, dans un communiqué. 

TC Énergie a également indiqué que Keystone XL avait signé un accord avec les syndicats nord-américains du bâtiment pour travailler ensemble à la construction de projets d’énergie renouvelable dans lesquels l’entreprise est impliquée. 

Le plan environnemental de l’entreprise ainsi que les accords qu’elle a signés avec les syndicats et les groupes autochtones montrent qu’elle est «sérieuse dans son intention de faire ce qu’il faut», a estimé M. Masson. 

«Ils cochent toutes les cases», dit-il. «Il est également prouvé que l’intensité des gaz à effet de serre des sables bitumineux a diminué d’environ 30 % et qu’elle pourrait être réduite davantage à mesure que de nouvelles technologies seront utilisées.» 

Pourtant, l’oléoduc est devenu une poudrière dans le débat sur le changement climatique et les combustibles fossiles, et le nouveau plan environnemental est peu susceptible d’influencer des positions bien établies, croient des observateurs. 

«Parce qu’il traverse la frontière, il a toujours été très médiatisé», a souligné M. Masson. «Il y a eu beaucoup d’opposition environnementale.» 

En août, TC Énergie a conclu un accord avec quatre syndicats pour construire la canalisation elle-même. Un peu plus tard, à la mi-novembre, elle a conclu un accord pour que cinq tribus autochtones prennent une participation d’environ 785 millions $ dans le projet. 

La société a indiqué que les émissions nettes nulles seraient atteintes lorsque l’oléoduc serait mis en service en 2023 en achetant de l’énergie renouvelable auprès de fournisseurs d’électricité, à défaut de quoi elle compenserait en achetant des crédits d’énergie renouvelable ou des compensations de carbone. 

TC Énergie s’engage également à ce que des sources renouvelables supplémentaires le long du tracé du pipeline soient développées d’ici 2030, éliminant ainsi tout besoin potentiel de crédits d’énergie renouvelable ou de compensations de carbone. 

Une fois complétée, l’expansion de Keystone XL devrait transporter jusqu’à 830 000 barils supplémentaires par jour de bitume dilué des sables bitumineux de l’Alberta vers les raffineries le long de la côte du golfe du Mexique. 

Quelque 200 kilomètres de canalisations ont déjà été installés pour l’expansion, notamment au travers de la frontière canado-américaine, et la construction a commencé sur des stations de pompage en Alberta et dans plusieurs États américains. 

M. Biden était vice-président en 2015 lorsque Barack Obama a rejeté Keystone XL, de peur que cela aggrave le changement climatique. M. Trump l’a de nouveau approuvé en 2019. 

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