L’abandon du «siège du milieu bloqué» dans les avions fait des mécontents

TORONTO — Alors que les provinces commencent à assouplir les restrictions sur les voyages intérieurs, l’abandon de la règle sanitaire «du siège du milieu bloqué» par deux des plus grandes compagnies aériennes du Canada — WestJet et Air Canada — est source de frustration et d’inquiétude chez certains passagers.

Gabor Lukacs, militant pour les droits des passagers aériens, a constaté d’innombrables plaintes pendant la pandémie de COVID-19, dont beaucoup étaient liées au même problème: les compagnies aériennes refusent d’offrir un remboursement ou un accommodement depuis qu’elles ont renoncé à la mesure de distanciation physique à bord des appareils — en «bloquant le siège du milieu».

«La question est: permettons-nous aux considérations économiques de l’emporter sur la santé publique?, demande M. Lukacs. Nous n’autorisons pas les supermarchés à vendre de la viande avariée parce qu’elle est moins chère. Allons-nous autoriser les médecins à ne pas désinfecter leurs instruments pour économiser?»

Bien qu’il reconnaisse que les compagnies aériennes veulent récupérer les milliards de revenus perdus depuis le début de la pandémie, M. Lukacs croit que les transporteurs risquent de faire fuir les voyageurs.

Et un récent sondage semble lui donner raison: un coup de sonde mené par Léger pour l’Association d’études canadiennes révèle notamment que 72 % des répondants ne sont pas à l’aise de prendre l’avion depuis qu’Air Canada et WestJet ont aboli leur politique de distanciation des sièges, le 1er juillet. Seulement 22 % des répondants seraient d’accord pour embarquer selon les nouvelles règles assouplies.

Dans un courriel à La Presse canadienne, WestJet reprend un billet de blogue du 3 juillet qui explique les changements à sa politique de distanciation des sièges.

«C’est au début de la pandémie que le siège du milieu bloqué a été introduit, avant la mise en place d’une multitude de mesures de sécurité et l’obligation de les appliquer à bord, plaide le transporteur. Il n’a jamais été prévu que la distanciation à bord soit une mesure permanente ou en vigueur pendant toute la durée de la pandémie.»

D’autres mesures sanitaires

Elle nie par contre mettre les passagers et le personnel en danger en remplissant ses appareils, soulignant que d’autres mesures de sécurité atténuent le risque de propagation de la COVID-19. WestJet cite le port obligatoire du couvre-visage, les questionnaires de préembarquement pour tous les passagers, le contrôle de la température, la désinfection en profondeur des avions entre les vols et les restrictions sur les services de restauration à bord.

WestJet soutient que les mesures de distanciation temporaires avaient été adoptées au début de la pandémie «pour offrir une tranquillité d’esprit à nos invités qui devaient voyager au moment où nous planifions et mettions en oeuvre» toutes ces mesures d’hygiène supplémentaires.

Air Canada a fourni une déclaration similaire, tout en reconnaissant les inconvénients que le changement pourrait avoir causés aux voyageurs.

«Un avis par courriel sera expédié avant l’enregistrement et une annonce sera faite à la porte d’embarquement à l’intention des clients de classe économique quand celle-ci est quasi complète», précise le transporteur. «Les clients auront la possibilité de choisir un autre vol partant dans les trois jours suivants ou le prochain vol disponible sans frais supplémentaires», ajoute-t-il.

Par ailleurs, des passagers ont raconté que le port du masque n’était pas toujours observé par les voyageurs — et même par des employés de l’aéroport. Les voyages en avion ont d’ailleurs été au centre de plusieurs incidents qui ont fait la une des journaux tout au long de la pandémie — en particulier depuis que les restrictions de voyage ont été assouplies dans certaines régions.

Le 2 juillet, les autorités sanitaires de la Colombie-Britannique ont averti les passagers de quatre vols distincts qu’ils pourraient avoir été exposés à la COVID-19. La veille — alors même que les compagnies aériennes mettaient fin à leur politique de distanciation physique —, la direction de la santé publique de la Nouvelle-Écosse a averti les passagers d’un vol Toronto-Halifax de WestJet, la semaine précédente, qu’ils pourraient avoir été exposés au virus.

Dimanche dernier, un homme de Halifax aurait quitté un vol à destination de Saint-Jean, au Nouveau-Brunswick, après avoir appris qu’il était le seul passager appartenant à la «bulle atlantique».

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