L’ABITIBI-TÉMISCAMINGUE, TIERS-MONDE DE L’INTERNET, DISENT LES ÉLUS

MALARTIC, Qc — Les élus de l’Abitibi-Témiscamingue estiment que leur région fait partie du Tiers-Monde en matière de desserte internet, et font bloc pour que le CRTC considère internet comme «service essentiel».

«La pandémie nous a démontré avec éloquence qu’internet est devenu essentiel dans nos vies surtout en Abitibi-Témiscamingue, fait valoir le maire de Val-d’Or, Pierre Corbeil. L’enjeu, pour moi, est pratiquement aussi important que l’électrification des campagnes dans les années 1950.» Le maire Corbeil, qui a grandi à St-Hyacinthe, en milieu agricole, se rappelle du temps où les producteurs laitiers mettaient les bidons de lait dans le puits, pour les garder au froid. L’électrification des campagnes a permis l’arrivée des réfrigérateurs dans les fermes. Pour moi, moderniser et améliorer le service internet dans toute la région, c’est devenu essentiel dans tous les domaines de nos vies.»

Un service dispendieux et pas accessible partout

Les élus de toute la région ont donc reçu une invitation de la députée bloquiste d’Abitibi-Baie-James-Nunavik-Eeyou, Sylvie Bérubé, de lui faire parvenir des résolutions demandant au Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) d’agir pour améliorer le service en Abitibi-Témiscamingue. Parmi les grandes villes de la région, Val-d’Or et Amos ont adopté des résolutions en ce sens. Rouyn-Noranda devrait emboîter le pas lundi prochain. «Ce n’est pas seulement une question de couverture internet et cellulaire, lance le maire d’Amos, Sébastien D’Astous. Les services dans la région sont parmi les plus dispendieux au Québec. Ils deviennent donc inaccessibles pour deux raisons : soit parce qu’ils ne se rendent pas dans certaines régions, soit parce que les familles moins fortunées ne pourront pas se les payer. Du point de vue technique, oui, certains secteurs sont plus difficiles d’accès. Mais nous sommes prêts à combiner la fibre optique et la technologie LTE pour assurer une meilleure couverture.»

Le maire de Val-d’Or évoque certains problèmes vécus par la Commission scolaire de-l’Or-et-des-Bois pour appuyer les affirmations des élus témiscabitibiens. «Pendant la pandémie, les enseignants d els CSOB ont voulu interagir avec leurs élèves, pour garder leurs compétences à jour. Sur un millier d’élèves, une centaine n’avaient pas de service internet. Ça n’a pas de sens.» De son côté, le maire d’Amos croit que la région est capable d’assurer sa propre desserte, si on lui en donne les moyens. D’ailleurs, mercredi dernier, le Groupe Gestion de l’inforoute régionale de l’Abitibi-Témiscamingue (GIRAT) annonçait la mise en opération d’une nouvelle tour cellulaire à Preissac, une petite municipalité de 800 habitants située au centre des grandes villes. «C’est un jalon important de notre projet régional qui illustre, une fois de plus, notre capacité comme région à bâtir et à prendre en main le développement de nos territoires. Je l’ai répété à maintes reprises, mais la couverture cellulaire et Internet représentent dorénavant des services essentiels et je me dois de souligner le travail du GIRAT qui contribue concrètement à rendre accessibles ces services essentiels à nos populations. » a déclaré Sébastien D’Astous lors d’un point de presse.

Pas d’argent de Québec

Pierre Corbeil déplore que l’Abitibi-Témiscamingue ait été oubliée par le gouvernement Legault qui a offert 150 M$ aux régions pour les brancher. «Le ministre (Pierre) Fitzgibbon nous a dit d’aller voir le fédéral et de retourner le voir si rien ne bougeait, a fait savoir le maire Corbeil. Sauf que le programme fédéral, c’est 90 M$ d’un océan à l’autre. Est-ce que ce sera suffisant ? » se demande-t-il.

Texte de l’Initiative de journalisme local