L’abolition de l’esclavage dans l’Empire britannique a été commémorée lundi au Canada

HALIFAX — Politiciens et dignitaires se sont réunis à Halifax, lundi, pour commémorer le jour de l’Émancipation, anniversaire de la décision du Parlement britannique d’abolir l’esclavage dans tout son empire, en 1834.

Selon certaines estimations, plus de 15 millions de femmes, d’hommes et d’enfants africains ont été victimes de la traite transatlantique des esclaves. En 1750, on comptait environ 400 Noirs réduits à l’esclavage parmi les quelque 3000 habitants de Halifax — plus de 13 % de la population. La loi sur l’abolition de l’esclavage, adoptée à Londres en 1834, a affranchi environ 800 000 esclaves afro-descendants dans toutes les colonies britanniques.

Le Parlement canadien a désigné à l’unanimité le 1er août «jour de l’Émancipation» en mars 2021, et le gouvernement de la Nouvelle-Écosse a fait de même un mois plus tard.

Pat Dunn, ministre responsable des Affaires afro-néo-écossaises, a déclaré lundi qu’il fallait reconnaître que de nombreuses personnes d’ascendance africaine avaient été réduites en esclavage en Nouvelle-Écosse et dans d’autres régions du Canada.

«Cette réalité profondément enracinée continue aujourd’hui d’avoir un impact négatif sur des générations de personnes, sous la forme de racisme à l’égard des Noirs, a déclaré M. Dunn lors du rassemblement au palais des congrès de Halifax.

«C’est absolument inacceptable. En tant que gouvernement, nous nous engageons à prendre les mesures nécessaires pour apporter des changements positifs.»

Dwayne Provo, sous-ministre adjoint des Affaires afro-néo-écossaises, a déclaré que des personnes d’ascendance africaine vivent en Nouvelle-Écosse depuis plus de 400 ans.

«Tous les Néo-Écossais doivent reconnaître que l’institution de l’esclavage existait ici dans notre province et notre pays, a-t-il dit. Il est de notre responsabilité partagée de travailler ensemble pour lutter contre le racisme à l’égard des Noirs, afin que tous les Néo-Écossais puissent s’épanouir.»

Esclaves autochtones en Nouvelle-France

Des milliers de personnes d’Afrique ont été emmenées de force en Nouvelle-Écosse, au Nouveau-Brunswick, dans l’Île-du-Prince-Édouard et à Terre-Neuve, ainsi que dans le Haut et le Bas-Canada, qui comprennent maintenant l’Ontario et le Québec.

Avant la Conquête, il y avait aussi des esclaves en Nouvelle-France, mais la plupart étaient autochtones, selon les historiens. La Loi sur l’abolition de l’esclavage, le 1er août 1834, a libéré tous les esclaves, y compris les Autochtones.

À l’Île-du-Prince-Édouard, lundi, le premier ministre Dennis King a rappelé dans un communiqué que son gouvernement avait fait adopter une loi plus tôt cette année pour reconnaître aussi le jour de l’Émancipation dans cette province.

«Il est important de reconnaître que l’esclavage était présent au Canada atlantique, y compris à l’Île-du-Prince-Édouard, a-t-il déclaré, soulignant le fait qu’un quartier de Charlottetown, connu sous le nom de «The Bog», avait été colonisé par des esclaves noirs au début du 19e siècle.

«Le jour de l’Émancipation célèbre la force et la persévérance des communautés noires au Canada. Il s’agit d’une journée pour les insulaires de réfléchir et de s’éduquer tout en apprenant à lutter contre le racisme et la discrimination à l’égard des Noirs.»

Des excuses d’Ottawa ?

Par ailleurs, certains dirigeants et universitaires noirs ont renouvelé leurs appels à Ottawa afin que le gouvernement canadien présente des excuses officielles pour l’impact de l’esclavage.

L’auteure et historienne Elise Harding-Davis a estimé que la désignation par le gouvernement fédéral du jour de l’Émancipation était un pas en avant, mais que cela n’effaçait pas le fait que l’esclavage avait nui à des générations de Noirs.

«Des excuses seraient une reconnaissance de ce que nous avons été des esclaves dans ce pays, dit l’ancienne conservatrice du musée Freedom d’Amherstburg, en Ontario. Ce serait une amélioration par rapport aux durs traitements que les Noirs ont subis. On reconnaîtrait que nous avons contribué honnêtement à l’histoire de ce pays et à son essor.»

Afua Cooper, professeure d’histoire à l’Université Dalhousie, en Nouvelle-Écosse, a soutenu qu’elle avait demandé des excuses à Ottawa pour la première fois en 2007. Elle souligne que le gouvernement canadien a présenté des excuses à divers autres groupes et communautés depuis ce temps.

«Il ne peut y avoir d’autres explications qu’une forme de racisme spécifique contre les Noirs, soutient la chercheuse principale au projet Histoire des Noirs du Canada. Les Noirs ne sont pas des citoyens à part entière. Pour le gouvernement fédéral, c’est sa façon de dire ‘tant pis’.»

Une «école séparée» jusqu’en 1983

Certains pourraient plaider que des excuses ne sont pas nécessaires puisque le Canada n’a été fondé qu’en 1867, soit plus de trois décennies après l’abolition de l’esclavage. La professeure Cooper rappelle que le Canada n’est pas le fruit d’une génération spontanée.

«Bon, d’accord. Pourquoi alors ne pas présenter des excuses à la communauté noire pour ce qui s’est déroulé après 1867?», demande-t-elle en faisant référence à la ségrégation et à une proposition au sein du gouvernement d’interdire les immigrants noirs à entrer au pays en 1911.

La dernière «école séparée» au pays — à Lincolnville, en Nouvelle-Écosse — a fermé ses portes en 1983.

Wanda Thomas Bernard, une sénatrice de la Nouvelle-Écosse, convient que le temps est venu pour le gouvernement fédéral de présenter des excuses. Mais de telles excuses seraient vides de sens, selon elle, si aucune mesure n’était prise.

«On fait quoi après? Il y a des besoins importants en éducation. Il y a des besoins importants pour mieux sensibiliser les gens. On doit absolument poser des gestes concrets», estime la sénatrice.

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