AÉCG: l’ambassadeur de l’UE au Canada optimiste pour une ratification

MONTRÉAL — Les bénéfices découlant de l’entrée en vigueur provisoire du traité de libre-échange entre le Canada et l’Europe devraient contribuer à rallier ceux qui s’opposent toujours à l’accord commercial, estime l’ambassadeur de l’Union européenne (UE) au Canada, Peteris Ustubs.

Bien que 98 pour cent des barrières tarifaires soient levées depuis jeudi, l’Accord économique et commercial global (AÉCG) doit encore obtenir l’aval des 28 pays membres de l’Union européenne (UE) ainsi que des Parlements nationaux et régionaux.

«La semaine dernière, c’était la République tchèque et mercredi c’était le Portugal, a souligné M. Ustubs au cours d’un entretien avec La Presse canadienne, dans le cadre d’un événement au Port de Montréal visant à souligner le déploiement de l’AÉCG. Sans aucun doute, tous les membres vont ratifier l’accord. Cela prendra du temps, mais je suis sûr que nous allons y arriver.»

L’an dernier, les négociations avaient failli achopper en raison de l’opposition de la Wallonie, une région francophone belge. À d’autres endroits sur le Vieux-Continent, le mouvement d’opposition est toujours présent.

Mais selon M. Ustubs, l’abolition des tarifs douaniers entre le Canada et son deuxième partenaire commercial après les États-Unis profitera aux entreprises ainsi qu’aux consommateurs, ce qui devrait rallier les détracteurs de ce traité de libre-échange.

«Jusqu’à présent, il y avait beaucoup de spéculation, a-t-il souligné. Mais à compter d’aujourd’hui, nous allons constater les bénéfices tangibles. Cela enverra un message positif et nous pourrons démontrer que tout le monde en sortira gagnant.»

Quelque 90 pour cent des dispositions de l’AÉCG sont actuellement en vigueur, ce qui permet aux entreprises canadiennes d’avoir accès à un marché de quelque 500 millions de consommateurs. Certains éléments de l’accord, comme le controversé mécanisme de règlement des différends entre les investisseurs et les États, ne s’appliquent pas encore.

Pour le ministre du Commerce international, François-Philippe Champagne, cet «accord historique», même si son entrée en vigueur n’est que provisoire, ne devrait pas freiner l’ardeur des entreprises canadiennes à l’égard de l’Europe.

«Quand vous considérez tous les aspects économiques qui entrent en ligne de compte, je pense que les gens seront en mesure de voir que c’est un accord qui est bénéfique pour eux», a-t-il expliqué au cours d’une mêlée de presse.

Plus tôt, ce dernier avait rappelé que l’AÉCG permettait aux entreprises canadiennes d’offrir leurs services sur le marché des approvisionnements des dirigeants de l’UE, dont la valeur s’élève à 3300 milliards $ annuellement.

En contrepartie, les entreprises européennes obtiennent elles aussi le droit de prendre le marché canadien d’assaut, ce qui y intensifiera la concurrence.

Alors que le Canada est actuellement impliqué dans la renégociation de l’Accord de libre-échange nord-américain (ALÉNA), M. Champagne a expliqué que l’AÉCG arrivait au «bon moment».

«C’est important de diversifier nos exportations, a-t-il dit. Tout le monde comprend que nous aurons toujours les Américains comme principaux partenaires commerciaux. Mais cela ne nous empêche pas de diversifier nos exportations.»

Les exportations canadiennes de biens à destination du Vieux-Continent ont totalisé 42 milliards $ l’an dernier. Les entreprises canadiennes y ont également vendu des services dont la valeur s’élevait à 18 milliards $.

Si les associations patronales se réjouissent du déploiement provisoire du traité de libre-échange, les producteurs laitiers, de leur côté, s’estiment les grands perdants.

En vertu de l’accord, le Canada ouvrira ses frontières à 17 700 tonnes supplémentaires de fromages européens, dont 16 000 tonnes de fromages fins. Les Producteurs de lait du Québec estiment que l’entente commerciale entraînera des pertes annuelles permanentes de 300 millions $ pour l’industrie laitière et fromagère québécoise.

Par ailleurs, en dépit de l’enthousiasme de M. Champagne, le Directeur parlementaire du budget (DPB) avait estimé, en mai, que l’accord commercial aurait un effet modeste sur l’économie canadienne, qui se traduirait par un gain moyen de revenu d’environ 220 $ par personne.

Si l’accord avait été mis en oeuvre en 2015, il aurait entraîné une hausse de 0,4 pour cent de la production économique au Canada, pour une augmentation du produit intérieur brut de 7,9 milliards $, selon les estimations du DPB.