Lacunes au CHSLD Laflèche: une médecin suggérait même aux familles de porter plainte

MONTRÉAL — Aux audiences de la coroner sur les décès survenus dans les résidences pour aînés du Québec, une médecin a témoigné des problèmes minant le CHSLD Laflèche de Shawinigan avant la COVID-19, affirmant avoir même suggéré aux familles de déposer des plaintes.

C’est ce CHSLD qui est sous la loupe de la coroner Géhane Kamel cette semaine.

Elle a été mandatée pour tenter de comprendre pourquoi autant de personnes sont mortes dans des résidences pour aînés et autres personnes vulnérables lors de la première vague de la pandémie.

Dans ce CHSLD, comme dans les trois autres résidences examinées jusqu’à maintenant, une lacune revient sans cesse dans la bouche des témoins: le manque de personnel.

Mercredi matin, Dre Yolanda Gonzales, une médecin de famille qui soignait les résidants du CHSLD Laflèche depuis 1994, a témoigné par le biais d’une déclaration écrite, n’ayant pas été capable de se présenter au palais de justice de Shawinigan où se déroulent les audiences publiques, en raison de son état de santé.

Elle a relaté qu’avant la pandémie, lors des réunions entre les médecins et l’administration du CHSLD, les mêmes lacunes étaient relayées «pendant des années»: le manque de personnel et le manque d’équipement. C’était même le cas pour des médicaments. L’administration promettait de régler les problèmes, mais rien ne changeait, dit-elle: «je n’ai vu aucune amélioration».

Il était fréquent qu’il n’y ait pas d’infirmière à l’unité où elle travaillait et quand elle tentait de rejoindre cette unité de soins par téléphone, personne ne répondait. Une situation particulièrement problématique pour une médecin comme elle qui ne travaille pas à temps plein au CHSLD et qui a besoin des «yeux et des oreilles» des infirmières, ainsi que de leur connaissance des résidants pour bien les soigner. Le personnel était débordé: «les préposées aux bénéficiaires courraient partout». 

«Il était fréquent qu’il n’y ait pas d’infirmière dans les unités», dit-elle, ajoutant que le roulement de personnel faisait en sorte que les soignants ne connaissaient pas bien les résidants.

Le personnel sur place faisait son possible, a déclaré Dre Gonzalez, mais pour les médecins, ça travaillait «très mal et ça en est même dangereux».

«Je disais même aux familles de faire des plaintes, car nous, nous n’étions pas écoutés.»

Durant la première vague, 44 des résidants du CHSLD Laflèche y sont morts. Et en tout, près de 80 % de ses résidants ont été contaminés — 107 usagers sur 138 — ainsi que 84 employés. Un des pires bilans de la province en matière de décès, a reconnu lundi Dre Marie-Josée Godi, directrice régionale de la santé publique pour la Mauricie et le Centre-du-Québec.

Mercredi, une travailleuse sociale et une médecin ont soulevé un problème plus spécifique au CHSLD Laflèche, qui est un vieil établissement: l’existence de chambres abritant deux résidants.

Les éliminer, «c’est notre cheval de bataille», a déclaré Dre Nathalie Brui. «Les chambres doubles ont contribué à la propagation de la maladie.» 

Elle ajoute que l’équipe médicale a demandé à l’établissement de cesser cette pratique, mais «on n’a pas été entendu». Il y en a encore, dit-elle.

Elle estime toutefois que même en temps de COVID-19, les résidants ont reçu les soins nécessaires, bien que certaines choses aient été retirées de la liste de tâches, comme les bains complets. Les infirmières — «des cœurs sur pattes» — se sont démenées et les soins ont été prodigués. Elle appuie son affirmation en donnant en exemple le fait qu’elle n’a pas eu à soigner des plaies de lit durant ces six semaines de crise, alors qu’elles se développent facilement lorsqu’il y a un manque de soins.

Les audiences de la coroner se poursuivent jeudi.

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