Lacunes majeures dans les CHSLD: la protectrice du citoyen hausse le ton

QUÉBEC — Le temps presse: le gouvernement Legault doit passer à l’action maintenant pour corriger la situation, plaide la protectrice du citoyen, Marie Rinfret, dont la patience semble avoir atteint sa limite.

Les problèmes criants vécus dans les CHSLD étaient connus du gouvernement bien avant l’hécatombe survenue le printemps dernier, et pourtant les solutions sont toujours reportées à plus tard, déplore la protectrice dans son rapport annuel déposé jeudi à l’Assemblée nationale.

Les voix s’élèvent, les analyses sont faites, les rapports sont produits, «mais rien ne bouge», dénonce Mme  Rinfret, ne cachant plus son impatience dans un énième rapport dévastateur sur la piètre qualité des services publics réservés aux personnes âgées en perte d’autonomie, au premier chef dans les Centres hospitaliers de soins de longue durée (CHSLD).

L’État n’a «pas le droit de faillir à la tâche», a-t-elle soutenu en conférence de presse.

Les plaintes formulées au ministère de la Santé et des Services sociaux ont augmenté cette année de 26 %, note Mme Rinfret, frustrée de constater que le Protecteur du citoyen prêche dans le désert.

Dans ses rapports, année après année, l’organisme fait pourtant écho aux lacunes «majeures» dénoncées par le public (manque de personnel, vétusté des lieux) dans le réseau des résidences pour aînés, mais sans qu’il y ait de suite, déplore-t-elle dans son rapport de 168 pages.

Un exemple: une forte proportion des personnes vivant dans un CHSLD sont atteintes de démence. Or, trop souvent, écrit la protectrice, ces personnes ne sont pas hébergées dans des milieux adaptés à leurs besoins, faute de places disponibles.

De plus, le manque criant de personnel dans tous les types de ressources destinées aux personnes âgées (CHSLD publics et privés, résidences privées pour aînés, ressources intermédiaires) a un impact direct sur la qualité des soins prodigués.

La liste des situations ayant occasionné le dépôt d’une plainte est longue: lacunes dans les soins d’hygiène, surveillance insuffisante, manque d’aide à l’alimentation, long délai de réponse à la cloche d’appel. Faute de personnel le matin, des aînés doivent attendre que sonne midi avant d’espérer qu’on les aide à sortir du lit.

Au printemps, plusieurs milliers de personnes âgées sont mortes dans les CHSLD des suites de la COVID-19, souvent laissées à elles-mêmes, seules et sans soins. Ces personnes «auraient dû être accompagnées dignement», a-t-elle commenté.

Dans son ensemble, la situation des personnes âgées en perte d’autonomie est jugée «préoccupante» et Mme Rinfret estime que le ministère de la Santé ne fait pas «les efforts suffisants» pour régler les problèmes soulevés.

Elle raconte notamment avoir dû intervenir auprès d’un CISSS pour déplacer «d’urgence» 22 résidants vulnérables d’une résidence privée pour aînés (non identifiée) où les manquements étaient multiples.

La situation est encore pire dans les CHSLD non conventionnés, donc qui ne sont pas financés par l’État, réputés pour leurs problèmes «aigus de pénurie et de roulement de personnel soignant». Des problèmes identifiés par le Protecteur dès 2015 n’ont toujours pas été corrigés, et ce, «dans l’indifférence générale», écrit-elle. 

La période couverte par le rapport 2019-2020 s’arrête au 31 mars 2020, donc au tout début de la pandémie.

En parallèle, la protectrice mène une enquête spéciale sur la gestion de la crise dans les CHSLD depuis le début de la pandémie. Un rapport d’étape est attendu cet automne. Ce rapport, «je ne le laisserai pas se tabletter», a-t-elle promis.

En 2019-2020, le Protecteur du citoyen a traité au total 22 411 demandes du public et étudié 14 538 plaintes. Du total des plaintes, 2141 visaient le ministère de la Santé et des Services sociaux. 

La piètre qualité des soins à domicile pour les personnes vulnérables, de même que le fait de devoir patienter des années avant d’avoir accès à un médecin de famille font aussi partie des nombreux problèmes soulevés dans le rapport en termes de prestation déficiente des services publics.

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