L’ADPQ appelle les victimes de violences conjugales à dénoncer leur situation

MONTRÉAL — Dans le cadre des 12 jours contre la violence conjugale, qui se tiendront à partir du 25 novembre, l’Association des directeurs de police (ADPQ) appelle les personnes victimes de violences conjugales à dénoncer leur situation auprès de leur service de police local.

Lors d’une conférence de presse tenue mercredi à Laval, Pierre Brochet, président de l’ADPQ et directeur du service de police de Laval, a affirmé vouloir envoyer un message de soutien et d’empathie aux personnes victimes afin de les inciter à se tourner vers les forces policières en cas de besoin.

M. Brochet a rappelé les 13 féminicides commis dans la province depuis le début de 2022, soulignant qu’«aucune femme et aucun homme ne mérite de vivre de la violence», et ce, qu’elle soit «verbale, physique, psychologique ou économique». Il a ajouté vouloir «enrayer ce fléau», ainsi qu’«aider les victimes» qui font le choix de porter plainte.

«Nous sommes là pour vous : si vous êtes victimes de violence conjugale, vous pouvez appeler votre service de police, a-t-il déclaré à l’intention des personnes victimes lors d’une allocution. Les hommes et les femmes qui y travaillent sont là pour vous aider».

En plus des discours de Didier Deramond, directeur général de l’ADPQ, et de Marc Brisson, directeur du service de police de Terrebonne, une femme victime de violences conjugales, dont le nom n’a pas été précisé par respect pour elle-même et sa famille, s’est également exprimée lors de l’événement.

Victime d’abus pendant 12 ans, Cassandre (nom fictif) a mis de l’avant l’importance de la dénonciation, en plus de souligner l’accompagnement exemplaire des deux agentes qui avaient pris son dossier en charge en février dernier. Ces dernières étaient d’ailleurs sur place pour la soutenir, puisque c’était la première fois qu’elle témoignait publiquement.

«Elles m’ont accueillie sans jugement, sans préjugés, et elles ont pris tout le temps nécessaire pour prendre ma déposition, a-t-elle raconté avec émotion. Je suis sortie rassurée, appuyée et avec plein de ressources d’urgence».

Cassandre a également invité les femmes vivant une situation similaire à faire confiance aux forces de l’ordre et à porter plainte en cas d’abus, ajoutant qu’elle n’avait jamais remis en doute la capacité des policiers à l’encadrer dans ses démarches.

«On est tellement bien pris en charge ; avant, c’était beaucoup axé sur l’accusé, mais maintenant, on sent vraiment que les victimes sont prises en charge», a-t-elle ajouté en entrevue.

Des mesures nécessaires

Si les circonstances entourant la dénonciation de Cassandre ont été favorables, il n’en est pas toujours de même pour toutes les personnes victimes. Souvent, ces dernières ne dénoncent pas leur agresseur par peur que les choses empirent, ou encore, car elles craignent de se retrouver seules devant des procédures judiciaires éprouvantes.

Selon Louise Riendeau, porte-parole du Regroupement des maisons pour femmes victimes de violence conjugale, la création d’équipes spécialisées dans plusieurs services de police est «un pas dans la bonne direction», mais elle estime que des mesures plus pointues devraient être mises en place pour assurer des interventions adéquates auprès des personnes vivant de la violence. 

«Nous, on pense qu’il faudrait vraiment une formation massive de tous les patrouilleurs et de tous les enquêteurs pour bien reconnaître la question de la violence conjugale ainsi que toutes les manifestations qui l’entourent», a précisé Mme Riendeau en entrevue.

Selon Pierre Brochet, plusieurs équipes dédiées à l’intervention en contexte de violence conjugale ont été implantées à travers les services de police de la province dans la dernière année, mais le directeur n’a pas pu confirmer le nombre exact.

À ce jour, il n’existe pas de formation étendue à l’ensemble des policiers du Québec en matière de violence conjugale, mais le directeur Marc Brisson a assuré que les agents étaient «beaucoup mieux outillés qu’avant», notamment grâce à des capsules et à des initiatives de perfectionnement au sein des différents services de police.

«On vient changer un peu notre champ d’intervention ; on était peut-être très centrés sur l’arrestation de l’agresseur, et maintenant on se centre sur la victime, on l’encadre et on s’assure d’être avec elle jusqu’au bout de la chaîne d’intervention», a précisé M. Brisson à La Presse Canadienne.

Cette conférence s’inscrit dans une campagne d’envergure provinciale des institutions policières du Québec qui vise à rebâtir la confiance des personnes victimes de violences conjugales envers les forces de l’ordre. Chaque année, les policiers effectuent 25 000 interventions liées à ce type de violence à travers la province.

Cet article a été produit avec le soutien financier des Bourses Meta et La Presse Canadienne pour les nouvelles.

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