L’AEM demande l’aide du syndicat pour déplacer des conteneurs dans le port

MONTRÉAL — La grève au Port de Montréal s’est poursuivie pour la 10e journée, mercredi, mais une porte semble s’ouvrir sur une possible reprise des activités. D’un côté, la partie patronale réclame l’aide du syndicat pour déplacer des marchandises et, de l’autre, le syndicat offre une trêve des moyens de pression.

En conférence de presse en matinée, l’Association des employeurs maritimes (AEM) a annoncé qu’elle voulait déplacer 477 des 11 500 conteneurs présents dans le port. Sans préciser la nature des marchandises, l’AEM affirme qu’il s’agit notamment de produits pharmaceutiques, d’équipement médical, d’aliments périssables, de matières dangereuses et de sucre en vrac.

Le président-directeur général de l’AEM, Martin Tessier, a révélé avoir tendu la main au syndicat en demandant la collaboration des débardeurs. Il a cependant menacé de recourir à des travailleurs de remplacement si le syndicat refuse d’exécuter la tâche.

Du côté du Syndicat des débardeurs du Port de Montréal, affilié au Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP), on propose plutôt une trêve de 60 jours pendant laquelle tout moyen de pression serait suspendu. Ces deux mois permettraient de poursuivre la négociation et de reprendre les activités au port.

Une proposition à laquelle la partie patronale veut ajouter une vague condition «d’obligation de résultat» sur laquelle le PDG de l’AEM est resté flou en conférence de presse. Cependant, le syndicat affirme que la condition imposée par l’AEM consiste à obliger les deux parties à s’en remettre à l’arbitrage si aucune entente n’est signée au terme de la trêve.

Une condition que le syndicat considère comme une demande de jeter son droit de grève aux poubelles au terme de la trêve. «Il n’y a aucun syndicat qui accepterait de mettre son droit de grève aux poubelles en échange d’un arbitrage», relève le conseiller syndical du SCFP Michel Murray.

Pourtant, Martin Tessier a répété à plusieurs reprises qu’il tenait absolument à aboutir à une convention collective négociée et approuvée par les deux camps.

«Dîner de cons»

Qui va déplacer les 477 conteneurs? D’un côté, l’AEM dit vouloir «faire une passe sur la palette» du syndicat en lui offrant de faire le travail.

De l’autre côté, le syndicat dit plutôt se sentir invité à «un dîner de cons» parce que les employeurs maritimes refusent de dévoiler précisément le contenu des boîtes devant sortir du port.

«S’il y a quatre conteneurs de parfum Coco Channel qui sont dus pour le Québec, les quatre conteneurs vont rester sur le terminal», a résumé SCFP Michel Murray.

Celui-ci a également donné en exemple des demandes d’Arcelor Mittal pour permettre de sortir du port des boulettes de fer. Il a également laissé entendre que la Société des alcools du Québec serait en attente de plusieurs dizaines de conteneurs de bouteilles de vin.

«Ça ne fait pas partie des services essentiels, le « vino » qui vient de France, d’Italie ou d’Espagne. S’il nous identifie (les conteneurs), on va pouvoir dire lesquels on est prêt à faire», a insisté M. Murray.

Depuis le début de la grève, les débardeurs assurent que toute marchandise liée à la lutte contre la pandémie de la COVID-19 pourra sortir du port. Pour le reste, le syndicat se réfère à la décision du Conseil canadien des relations industrielles qui a tranché, en juin dernier, sur ce qui constitue un service essentiel dans le Port de Montréal.

Briseurs de grève

Bien que les deux camps entendaient poursuivre les discussions, l’Association des employeurs maritimes a dit en milieu de journée mercredi vouloir entreprendre le déplacement de marchandises dès jeudi ou vendredi avec ou sans l’aide du syndicat.

Le SCFP a lancé un appel à toutes les grandes centrales syndicales du Québec afin de resserrer ses lignes de piquetage en réaction à la possibilité que des travailleurs de remplacement s’amànent en grand nombre dans le Port de Montréal, une situation qui risquait d’entraîner des frictions sur les lignes de piquetage.

En soirée, l’Association des employeurs maritimes a affirmé que les parties ont «convenu d’une rencontre afin d’évaluer le contenu des conteneurs à déplacer» et qu’«aucun travailleur de remplacement ne sera utilisé».

Dans les minutes suivantes, le syndicat annulait sa mobilisation et remerciait les «dizaines de syndicats, individus et organisations» qui ont répondu à l’appel face à la menace de la partie patronale de recourir à des «scabs».

Le 29 juillet, un incident impliquant des débardeurs et des travailleurs de remplacement a dégénéré et des arrestations ont eu lieu. Une enquête policière est en cours. À la suite de cet incident, 27 débardeurs auraient été suspendus.

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