L’affaire du «blackface» chamboule la campagne des libéraux

WINNIPEG — Plutôt que d’entreprendre sa journée avec une nouvelle promesse électorale, le chef libéral Justin Trudeau a passé le neuvième jour de la campagne à enchaîner les conversations difficiles avec ses candidats, des leaders communautaires et ses trois enfants à propos de toutes les fois où il s’est maquillé la peau de brun ou de noir.

À la suite du point de presse organisé en catastrophe pour livrer ses excuses à bord de son avion de campagne, tard mercredi, Justin Trudeau et son équipe se sont réfugiés dans un hôtel de Winnipeg, à l’écart des journalistes.

Le scandale a ébranlé la campagne libérale en fin de journée mercredi, au moment de la publication d’une photographie de 2001 montrant M. Trudeau costumé à la manière d’Aladin avec la peau du visage et des mains maquillée dans un ton foncé.

Le chef libéral s’est excusé en reconnaissant que son geste était raciste. Il a également admis avoir posé un geste semblable lorsqu’il était élève à l’école secondaire en se maquillant de noir pour imiter le chanteur Harry Belafonte lors d’un spectacle où il interprétait la chanson «Banana Boat Song (Day O)».

Contrairement à la routine quotidienne, l’organisation de la campagne n’a pas publié, mercredi soir, l’horaire du chef pour la journée de jeudi. Le personnel paraissait épuisé et tout le monde évitait de répondre aux questions sur le programme du lendemain.

Tout ce qui était prévu à l’horaire est passé à la trappe.

Jeudi matin, toujours aucune nouvelle du plan de match de Justin Trudeau. Les journalistes se sont réveillés les yeux cernés en prenant connaissance d’une vidéo obtenue par Global News, remontant aux années 1990, montrant un troisième incident impliquant le chef libéral avec la peau maquillée.

Du côté de l’organisation libérale, le silence planait toujours à propos du programme d’activités à Winnipeg.

Les quelques rares employés de la campagne ayant dormi au même hôtel que les journalistes se sont consultés discrètement dans le restaurant de l’établissement, discutant à voix basse. Lorsqu’ils ont été interrogés par les médias, ils ont affiché leur plus beau sourire en affirmant que tout allait bien.

Une conférence de presse très attendue

Finalement, l’équipe a annoncé qu’une conférence de presse aurait lieu en début d’après-midi et que le chef s’envolerait ensuite pour Saskatoon afin de participer à un rassemblement partisan.

Au cours des neuf premiers jours de la campagne, chaque matinée s’est amorcée très tôt et chaque journée était bien chargée. Presque chaque matin était marqué par l’annonce d’un élément de la plateforme et une période de questions pour les médias.

Jeudi, les heures ont défilé pendant que l’équipe libérale discutait en privé de la meilleure façon de gérer la situation.

On a appris plus tard que Justin Trudeau avait passé l’avant-midi en conférence téléphonique avec ses candidats pour aller au bout de la question. Il a également discuté avec ses enfants, des conversations qu’il a qualifiées de «difficiles» portant sur l’importance de reconnaître la responsabilité de ses gestes et d’apprendre de ses erreurs.

Avant sa conférence de presse de l’après-midi, M. Trudeau s’est arrêté dans deux boutiques du centre-ville de Winnipeg. Des membres de son équipe ont discrètement fait entrer plusieurs jeunes personnes racisées dans le commerce juste avant l’entrée du chef libéral, suivi de caméras.

Justin Trudeau s’est approché pour serrer la main des gens et prendre la pose en souriant, mais son enthousiasme habituel affichait légèrement moins d’entrain.

Puis, une importante foule s’est rassemblée à l’endroit prévu pour la conférence de presse. Le chef a fait face aux caméras sans télésouffleur, et sans texte.

Encore une fois, il a fait preuve de contrition et s’est adressé aux minorités visibles canadiennes qui vivent avec la discrimination chaque jour de leur vie.

«Je dois reconnaître que j’étais aveugle moi-même à la douleur que j’ai pu causer à ce moment-là et que je cause maintenant à des gens qui comptent sur moi pour les défendre», a également admis M. Trudeau, qui assure qu’il ne se souvient pas de tous les épisodes où il a pu se peindre le visage en noir et ne peut donc pas assurer que tous ses squelettes sont sortis du placard.

Après la période de questions, plusieurs personnes parmi la foule se sont approchées pour le remercier pour ses commentaires. D’autres, en retrait, ont tenté d’attirer son attention en criant notamment au sujet des droits des Autochtones, mais il les a ignorées.

Il s’est envolé vers Saskatoon en après-midi et ses plans ont à nouveau changé. Le rassemblement prévu a finalement été transformé en assemblée publique où le chef libéral a répondu aux questions de la foule, largement composée de sympathisants libéraux.

Une seule question a été posée à propos de la controverse: un homme lui a demandé sur un ton sarcastique s’il serait en mesure d’arrondir le nombre de fois où il a arboré le «blackface».

Justin Trudeau a répondu en présentant à nouveau ses excuses.

«Ce que j’ai fait était inexcusable et mal et j’ai blessé beaucoup de gens qui me considéraient comme un allié, a-t-il réitéré. Je suis profondément, profondément désolé.»

Le citoyen suivant à prendre la parole a affirmé que des excuses ne sont pas nécessaires: «Ne fouillons pas jusqu’à 15 ans en arrière, que faisons-nous maintenant dans le présent?»

Justin Trudeau a reconnu qu’il doit concentrer ses énergies sur les enjeux qui permettront de faire avancer le Canada, mais il a aussi relevé que l’un de ces enjeux est de s’«assurer que les dirigeants ne blessent pas les gens qui font déjà face à trop de discrimination et de marginalisation dans leur vie quotidienne».

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1 commentaire
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Quelle affaire cette histoire de « blackface » encore une tempête dans un verre d’eau.
Que dit-on du temps de Al Jolson! ce personnage blanc américain qui a fait des succès incroyables pendant 40 ans. Il était une grande star aimée de tous les américains, y compris des noirs, en personnifiant un chanteur de couleur.
Pourquoi aujourd’hui fait-on un drame de cette histoire ? Les gens et les médias prennent un malin plaisir à vouloir salir et détruire encore et encore un personnage politique. Les campagnes électorales sont finalement des campagnes de salissage du début à la fin et très peu constructives. J’espère que monsieur Trudeau va arrêter de s’excuser pour un geste qu’il a posé il y a des années. Croyez-vous qu’il soit le seul à avoir utilisé un déguisement de personne noire ? Soyons plus ouverts ….

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