Laïcité: Dominique Anglade est prête à revoir la position du PLQ

SHAWINIGAN, Qc — À peine lancée dans la course à la direction du Parti libéral du Québec (PLQ), Dominique Anglade veut revoir la position du parti sur la laïcité, mais ses partisans ne sont pas tous d’accord avec elle.

La nouvelle loi du gouvernement Legault sur la laïcité a été adoptée récemment, mais Mme Anglade est prête à relancer le débat avec les militants, même si cela lui avait pourtant déjà valu des reproches de certains de ses collègues.

Au lancement de sa campagne à la direction du parti jeudi matin à Shawinigan, Mme Anglade s’est néanmoins affichée avec l’appui de sept élus du caucus sur 29: Carlos Leitao, Hélène David, Kathleen Weil, Monique Sauvé, David Birnbaum, Saul Polo et Frantz Benjamin.

À la question d’un journaliste pour savoir si elle allait ramener le parti au compromis Bouchard-Taylor, elle a répondu: «Pour la suite des choses, on va vouloir impliquer les militants dans des débats et des échanges».

Parmi les partisans qui l’appuient dans la course et qui étaient présents jeudi, l’ancien député libéral d’Ungava, Jean Boucher, battu au scrutin d’octobre 2018, est quant à lui plutôt réfractaire. Il a en quelque sorte lancé une mise en garde.

«Je pense que le débat est fait, la loi est passée, a-t-il dit en entrevue avec La Presse canadienne. Moi, je ne serais pas (favorable à l’idée) d’arriver au pouvoir et défaire ce qui a été fait, on va vivre avec ça. On va voir comment les Québécois se positionnent avec ça.»

L’opposition officielle libérale a voté unanimement contre le projet de loi 21 du gouvernement Legault sur la laïcité de l’État, adopté par bâillon récemment, mais quant à savoir ce que le PLQ propose, il y a divergence au sein des troupes.  

La laïcité est un enjeu pénible pour le Parti libéral. L’ancien gouvernement de Philippe Couillard avait fait adopter une loi pour que les services gouvernementaux soient donnés et reçus à visage découvert.

Cependant, elle était loin du compromis recommandé par la commission Bouchard-Taylor sur les accommodements raisonnables: interdiction des signes religieux pour les personnes en situation d’autorité, telles que les juges, les gardiens de prison et les policiers. Le gouvernement caquiste a repris cette position, en l’étendant aux enseignants.

Au conseil général du PLQ en mai, Mme Anglade avait entrouvert la porte à un débat, mais elle avait été critiquée notamment par la députée Marwah Rizqy et l’ancien ministre Pierre Moreau, qui lui reprochaient de renoncer à la défense des droits fondamentaux.

«C’est aux membres à voir si on veut d’autre chose», a pour sa part lancé Pierre Giguère, l’ancien député libéral de Saint-Maurice, venu appuyer Dominique Anglade au lancement de sa campagne.

Il est donc d’accord pour qu’on révise la position du PLQ sur la laïcité. Selon lui, la plupart des citoyens ne connaissent pas la nouvelle loi sur la laïcité, de toute façon, alors autant refaire le débat. 

«C’est sûr qu’on n’aura pas le choix d’y toucher, a-t-il déclaré en entrevue avec La Presse canadienne. Il faut que ça soit clair.»

Et le parti doit le faire plus tôt que tard, sinon il risque de se faire piéger en campagne électorale par la CAQ qui va brandir cette question à quelques jours du vote.

Il redoute que la laïcité devienne l’enjeu clivant qui va décider du vote, comme l’indépendance l’était pour le PLQ contre le Parti québécois. M. Giguère, qui est éleveur de bovins, a conclu sur une métaphore adressée à sa candidate.

«Chez moi, il y avait des « trous de bouette » au printemps, je n’ai pas fait exprès pour passer là, j’ai fait le tour. Essaie de passer un drain, sors l’eau, et règle le trou pour l’année suivante. Mais c’est la même chose: Dominique (Anglade), il y a un gros trou, faut poser un drain, sortir l’eau, le parti, c’est ça. Après, on va passer sur le terrain qui va être solide et sec.»

Le PLQ est au plus bas dans les sondages et Mme Anglade affirme qu’elle veut «rebrancher le parti au Québec».

Elle se lancera dans une tournée de consultations des membres, mais aussi des sympathisants, l’automne prochain.