Laïcité: Québec solidaire songe à une mise à jour de sa position

TROIS-RIVIÈRES, Qc — Les membres de Québec solidaire (QS) ont entendu divers panélistes, samedi, pour nourrir leur réflexion sur le port de signes religieux chez les fonctionnaires, un enjeux épineux sur lequel le parti de gauche devra trancher en mars.

Le parti défendait traditionnellement le «compromis Bouchard-Taylor» — l’interdiction des signes religieux chez les fonctionnaires en position de coercition — mais certains membres ont exprimé des réserves sur celui-ci.

Les membres étaient donc invités au cégep de Trois-Rivières, samedi, pour se faire une tête sur le sujet en vue du Conseil national du mois de mars. Après les présentations en matinée, ils seront invités à débattre ensemble en après-midi, mais à huis-clos.

Toutes les options semblent être sur la table — dont celui de permettre le port de signes religieux pour tous les fonctionnaires.

«Ce n’est pas moi qui va le décider, ce sont les membres qui vont prendre cette décision-là au mois de mars», a déclaré la porte-parole de QS, Manon Massé, qui s’est bien gardé de donner sa propre opinion.

«Demandez-moi pas de réfléchir deux mois à l’avance dans un parti démocratique comme le nôtre. On a ouvert le dialogue-là, il est bien enclenché», a-t-elle ajouté.

Si certains membres se disent inconfortables avec la position actuelle du parti, d’autres semblent tenir à cette partie du programme.

Lors de la période des questions, une dame a demandé aux panélistes s’ils admettaient que certains signes religieux comportaient des relents de soumission de la femme.

Le «jeu des islamistes»

Pendant sa présentation, l’un des instigateurs du compromis Bouchard-Taylor, Charles Taylor, s’est rangé du côté de ceux qui s’opposent à l’interdiction du port de signes religieux. Il a d’ailleurs appelé Québec solidaire à «ne pas jouer le jeu des islamistes» en discriminant les musulmans.

«Clairement, il y aura infraction à l’égard de la liberté de conscience si on interdit un certain vêtement», a-t-il plaidé.

«Une personne qui pratique une religion qui n’exige pas que ça soit visible a la possibiltié d’être employé partout, tandis que la personne à côté, qui a une posture de conscience qui exige quelque chose qui est visible, serait exclue. Ce serait une illégalité.»

Dans la foulée de la tuerie à la mosquée de Québec en 2017, M. Taylor avait annoncé qu’il avait changé d’idée quant aux conclusions du rapport de la commission qu’il a présidée avec le sociologue Gérard Bouchard en 2007.

M. Bouchard, qui est resté sur ses positions, devait être présent samedi mais il a dû annuler pour des raisons personnelles, a indiqué le parti.

Lucie Lamarche, de la Ligue des droits et libertés, a elle aussi soutenu devant les membres de QS que les fonctionnaires n’étaient pas moins neutres s’ils arborent des signes religieux.

Les employés de l’État n’ont pas que des devoirs, ils ont aussi des droits, a-t-elle indiqué.

Des conditions juridiques

Le professeur de droits et libertés à l’Université Laval, Louis-Philippe Lampron, a quant à lui offert un exposé plus descriptif, énonçant des conditions pour ne pas que le «compromis Bouchard-Taylor» soit contesté devant les tribunaux.

Par exemple, il considère que l’interdiction ne devrait s’appliquer qu’aux fonctionnaires qui ont un uniforme — ce qui excluerait les enseignants, comme le voudrait le gouvernement caquiste.

Selon lui, il serait aussi impératif que l’interdiction soit assortie d’une clause de droits acquis, pour les employés de l’État qui portent en ce moment des signes religieux.

«Il est absolument illégitime et voire même illégal de congédier des individus qui font bien leur travail alors qu’ils portent des symboles religieux dans l’état actuel des choses», a-t-il soutenu.

«La clause grand-père, pour moi, c’est un incontournable», a-t-il ajouté.

Québec solidaire a aussi accueilli un représentant de la Centrale des syndicats du Québec (CSQ), qui représente notamment de nombreux enseignants.

Mario Beauchemin, troisième vice-président de la centrale syndicale, a dit d’entrée de jeu que le port des signes religieux chez les enseignants n’était pas du tout une priorité pour eux.

M. Beauchemin a d’ailleurs fait une distinction entre les fonctionnaires qui ont une autorité coercitive et les enseignants.

«Les enseignants ont une autorité davantage morale», a-t-il fait remarquer.

Le gouvernement caquiste de François Legault veut présenter bientôt un projet de loi pour interdire le port de signes religieux chez les policiers, les gardiens de prison, les juges et les enseignants.

Après avoir évoqué de possibles congédiements advenant des fonctionnaires récalcitrants, le gouvernement a débattu de la possibilité d’ajouter une clause grand-père au projet de loi.

C’est le premier ministre Legault qui devra trancher, étant donné qu’il n’y a pas consensus sur la question au sein du caucus.

Dans la même catégorie
Boutique Voir & L'actualité

Obtenez jusqu’à 40% de plus pour votre prochaine sortie

4 commentaires
Les commentaires sont fermés.

Très, très, très bon et intéressant compte rendu.

Bien d’accord avec L.-P. Lampron notamment. Ainsi qu’avec Lucie Lamarche et Charles Taylor. Et, oui, conscience d’abord et avant tout.

Laïcité gagnante

La question de la laïcité doit être réglée de façon radicale. En effet, de même le suffrage universel est cause de la démocratie, de même la neutralité idéologique universelle, opinion et religion, de l’État, ou laïcité, en est sa condition de possibilité. Car, la démocratie est constituée d’une condition et d’une cause, comme la cuisson à l’eau, qui nécessite 100o C comme cause et 32 lbs de pression, comme condition etc… Ainsi, on ne peut promouvoir la liberté du peuple, ou démocratie, si au même moment, tout citoyen est contraint par ses impôts à financer quelqu’opinion ou religion que ce soit. De sorte que, la loi sur la neutralité de l’État doit s’appliquer à TOUS les salariés de l’État, sous peine de contredire la liberté du citoyen, exercée prioritairement au moyen des élections. Sinon, la Cour suprême aura beau jeu de répliquer : pourquoi tels salariés de l’État (postes d’autorité) sont contraints à la neutralité et pas les autres? Donc, votre laïcité est dictatoriale. C’est pourquoi, nous devons appliquer l’obligation à la neutralité idéologique à TOUS les SALARIÉS de l’État, afin de pouvoir rétorquer : au contraire, nul ne doit être contraint de financer quelqu’opinion ou religion que ce soit. Donc, c’est vous qui êtes tyrannique, puisque c’est la liberté de tout (général) un chacun (particulier) et non pas seulement de chacun (particulier) que nous défendons. Le Québec est, par conséquent, une réelle démocratie, et non pas une dictature libérale, comme le Canada de 1982…

Normalement, l’ajout d’une législation est censée l’être pour un mieux-être. Or, en ce cas-ci, advenant qu’on étende aux enseignant.e.s l’interdiction de port de signes à connotation, à ‘prétention’ ou attribution religieuses, eh bien, on ferait alors plus de tort que de bien. Et, ça, incontestablement.

Car qu’est-ce, en effet, dont les enfants ont le plus besoin; ou, inversement, qu’est-ce qui peut leur faire le plus mal: manquer d’enseignantes ou d’enseignements, ou (a)voir parfois, pour certain.e.s d’entre elles et eux, des enseignantes couvertes de fichu? La réponse s’impose tout de go avec force-évidence.

Si bien que l’Impact principal d’une telle (dé)mesure sera[it] de conflictualiser davantage encore les quelques rarissimes femmes pour qui il pourrait être avéré qu’elles se voilent par contrainte. Puisqu’alors, ces «pauvres femmes» se retrouveront ou se retrouveraient prises en étau entre deux instances, toutes deux contraignantes: l’État et leur plus proche ou familier environnement.

On ne voit guère comment semblable prétendue «avancée» pourrait en être une sérieuse ou réelle.

Bref, il n’y a qu’une — (ou deux) — solution(s) pour éviter une coulée à pic du radeau en lequel s’est embarqué jusque par-dessus la tête ce gouvernement. Il pourrait être renoncé à tout… C’est-à-dire qu’on pourrait battre en retraite, lâcher tout. Mais comme cela s’avère évidemment inenvisageable — (on aurait l’air encore plus fou) —, reste l’autre solution: ‘LÂCHER’ les enseignantEs et ne se rabattre que sur les autres (police, prison, cour). Alors, là, ÇA, ç’aurait du sens; ÇA, ça ne ferait tort à personne. Du fait qu’il n’y en a pas de gens portant des «signes» au sein de ces groupes… Ah, ainsi aurait-on l’air pas mal fou quand même — (d’avoir consacré tant de temps et dépensé tant d’énergie pour légiférer à l’encontre d’un problème n’existant pas…) —; mais voilà qui serait «moins pire» tout de même que de s’en prendre indûment à (la conscience d’)un groupe d’emploi à l’égard de qui il ne serait pas peu malfaisant de le traiter tel un enfant indiscipliné; alors que c’est lui qui incarne ou enseigne la discipline aux enfants d’une part, et parce que l’école étant lieu d’apprentissageS, il ne semble pas moins logique ou rationnel d’arguer qu’il y a plus de chances que l’exposition écolière à différents courants de pensée, incluant des croyances – (exception faite de prosélytisme proactif) -, soit positive et bénéfique pour ces jeunes en apprentissage, qu’une uniformisation-aplatissement tous azimuts du paraître!

Pour le dire autrement ou… ‘définitivement’ ?

Principe premier du vivre-ensemble, à l’amiable, en harmonie, assorti de bonne foi — (avec ou sans foi)? Ne faire de tort à personne. Or…

À qui pourrait-ce faire tort d’interdire le port de signes religieux aux juges, procureurs de la Couronne, gardiens de prison, policiers et enseignant.e.s? À ceux-ci et surtout celles-ci seulement.

En effet, point de port de tels signes chez les autres groupes. Point de mal pouvant leur être fait, donc, en leur interdisant quelque chose qu’«anyway» ils ne font pas ni n’aimeraient pouvoir faire.

Ne reste qu’enseignant.e.s et… élèves. L’intransigeance d’une loi léserait et les uns et les autres. En privant ceux-ci de services déjà insuffisants; et en ‘déboulonnant’ ou en privant de leur travail des personnes soit déjà en poste ou en voie d’en occuper un pour lequel elles ont suivi une formation ou sont présentement en formation. Si bien que…

Pour être juste, équitable, raisonnable, sensé, avisé, conséquent, logique, s’imposerait-il de légiférer modérément, i.e. en veillant à ne pas faire tort indûment, ‘improductivement’ ou contreproductivement, et surtout insensément, gratuitement, à maintes personnes et, par contrecoup, à l’ensemble de la société.

Voilà pourquoi le projet de loi — (pour le cas où on ne voudrait pas démordre d’un dessein d’y faire ‘rentrer’ des enseignant.e.s [impliquant d’en faire sortir ou d’en empêcher d’entrer…]) — devrait-il avoir au moins en son centre une disposition, une clause grand-Mère, stipulant non seulement que les personnes portant déjà des signes à évocation ou connotation religieuse au moment de l’entrée en vigueur de la loi pourront continuer à le faire; mais aussi que toute personne ayant déjà entrepris une formation en vue de devenir enseignant.e avec la perspective de pouvoir y arborer un signe donné à connotation ou évocation religieuse, pour avoir observé que la chose est présentement acceptée, pourra s’y adonner également.

Ainsi évitera-t-on de faire aussi inconsidérément qu’inutilement du mal. Du tort pas ‘nécessaire’ !…

Hé! Pensez d’où l’on «arrive». Même, constatez où l’on (en) est encore aujourd’hui! :

N’y a-t-il pas un préambule de charte canadienne énonçant que le pays « est fondé sur des principes qui reconnaissent la suprématie de Dieu »? Et n’y a-t-il pas encore un — (Fils de) — Dieu trônant majestueusement* au-dessus de la tête de l’instance qui aura à dire «adopté» pour que le projet de loi ‘discartant’ du religieux de l’aire publique puisse l’être – sanctionné?

* Ce qu’on voit là, c’est l’aboutissement-dénouement ultime d’une Passion; tâchons donc d’oeuvrer à ce que nos législations ne soient pas l’écho de passions et qu’en faisant preuve de vision on en finisse avec les divisions.