L’aide d’Ottawa saluée par les étudiants, critiquée par l’opposition

OTTAWA — Les groupes d’étudiants poussent un soupir de soulagement après l’annonce par le gouvernement fédéral, mercredi, d’une aide de 9 milliards $, dans la foulée de la pandémie de la COVID-19.

«L’annonce d’aujourd’hui enlève un poids immense des épaules de la communauté étudiante. Elle peut finalement se consacrer à ses examens ou à ses travaux de recherche sans s’inquiéter du loyer du 1er mai», a déclaré Philippe LeBel, président de l’Union étudiante du Québec.

Le premier ministre Justin Trudeau a annoncé la création de la Prestation canadienne d’urgence pour les étudiants, qui octroie entre 1250 $ et 1750 $ par mois pour les mois de mai, juin, juillet et août. Elle sera rétroactive au 1er mai.

Il a aussi annoncé une Bourse canadienne pour le bénévolat étudiant allant jusqu’à 5000 $ pour les jeunes désirant faire du bénévolat cet été et a promis de doubler le montant des bourses d’études qu’Ottawa va accorder pour 2020-2021.

Philippe Clément, président de la Fédération étudiante collégiale du Québec (FECQ), s’est lui aussi dit soulagé après des semaines d’attente dans l’incertitude.

«Ça a traîné. Nous, ça fait trois semaines qu’on nous dit qu’ils sont sur le bord d’annoncer quelque chose», a-t-il dit, ajoutant qu’il est «convaincu que la machine (gouvernementale) travaille très fort».

Mais ces nouvelles mesures soulèvent des questions quant à l’admissibilité des étudiants à la Prestation canadienne d’urgence (PCU) de 2000 $ par mois.

En entrevue, Alexandre Boulerice, du Nouveau Parti démocratique (NPD), dénonce une «injustice assez flagrante» à leur endroit.

«On trouve que ça envoie un drôle de message ce matin. C’est comme si les étudiants étaient des citoyens qui valaient moins que les autres. D’où ça vient, ce 1250 $ là? On ne comprend pas», a-t-il dit en entrevue.

M. Clément convient qu’il aurait été «vraiment plus simple» d’élargir la PCU pour «tout le monde».

«Mais j’ai l’impression qu’avec les modifications aux prêts et bourses, c’est encore meilleur pour l’accessibilité aux études et ça démontre une vision à long terme pour que les étudiants restent et persévèrent pour l’année prochaine», ajoute-t-il.

La Prestation canadienne d’urgence pour les étudiants sera disponible pour tous les étudiants de niveau postsecondaire, incluant ceux qui ont obtenu leur diplôme après décembre 2019 et ceux qui poursuivent leurs études dans une école canadienne en septembre 2020.

Les étudiants qui ont un emploi, mais qui gagnent 1000 $ ou moins par mois, sont aussi admissibles.

Alain Rayes, du Parti conservateur du Canada, dit que de nombreux commerçants et agriculteurs de sa région s’inquiètent de ne pas pouvoir recruter des étudiants cet été en raison de la nouvelle prestation.

«Donc les gens sur le terrain qui reçoivent le message de rouvrir (…) trouvent spécial de voir cette mesure-là arriver aujourd’hui et sont très inquiets pour la suite des choses», dit-il.

Le gouvernement fédéral compte aussi créer 76 000 emplois supplémentaires pour les jeunes dans des secteurs qui ont besoin d’un coup de main en temps de pandémie.

Peu de détails ont été fournis sur la nature de ces emplois, qui s’ajouteront à ceux du programme Emplois d’été Canada, mais ils seront dans le domaine des «services essentiels».

«Nous regardons à l’agriculture, aux services de nourriture, au système de santé. Nous regardons aux opportunités dans le communautaire», a énuméré la ministre de l’Emploi et du Développement de la main-d’oeuvre, Carla Qualtrough.

Par ailleurs, le gouvernement fédéral lève la restriction selon laquelle les étudiants étrangers ne peuvent travailler que 20 heures par semaine, à condition qu’ils travaillent dans un service essentiel.

Ottawa investit plus de 291 millions $ pour prolonger de trois ou quatre mois les bourses et les subventions de ceux qui oeuvrent dans le domaine de la recherche.

La ministre de la Prospérité de la classe moyenne, Mona Fortier, dit que cette somme soutiendra jusqu’à 40 000 chercheurs et boursiers postdoctoraux par le biais d’organismes subventionnaires fédéraux.

Toutes les mesures de soutien destinées aux étudiants et aux nouveaux diplômés devront être approuvées par le Parlement avant d’entrer en vigueur.