Lait diafiltré: la lenteur des libéraux est critiquée

OTTAWA – Le Nouveau Parti démocratique (NPD) et les producteurs de lait du Québec exhortent le gouvernement libéral à régler sans plus tarder le problème «catastrophique» de l’importation du lait diafiltré.

Entourée de dizaines de producteurs laitiers sur les marches de l’édifice du Centre du parlement, à Ottawa, la députée Ruth Ellen Brosseau a dénoncé, jeudi, la lenteur du gouvernement de Justin Trudeau à agir dans ce dossier.

«C’est une véritable catastrophe qui est en train d’arriver. C’est un problème qui dure depuis deux ans», a-t-elle résumé au début de son allocution.

Considéré comme du lait par l’Agence canadienne des aliments (ACIA), le lait diafiltré — surtout utilisé dans la fabrication des fromages — est considéré comme un ingrédient à la frontière, ce qui lui permet d’échapper aux tarifs douaniers imposés au lait, oeufs et volailles.

Ce concentré protéique a été créé spécifiquement «pour contourner les règles et les lois canadiennes», puisque aucun transformateur ne l’utilise dans son pays de provenance, a déploré Mme Brosseau.

La députée de Berthier—Maskinongé a déposé jeudi matin une motion en Chambre pour enjoindre le gouvernement à agir. Le vote sur la motion devrait avoir lieu au début du mois de mai, selon le NPD.

Les représentants de l’industrie chiffrent à 220 millions $ les pertes liées aux importations de lait diafiltré en 2015, alors que les importations ont été de 32 000 tonnes, comparativement à environ 21 000 tonnes l’année précédente.

«Les producteurs laitiers sont exaspérés, c’est pour ça qu’on a même manqué une journée de travail pour venir à Ottawa et exprimer notre mécontentement. (…) Il est temps que ça bouge», a déclaré Pierre Lampron, deuxième vice-président des Producteurs de lait du Québec.

Le NPD n’est pas seul à critiquer le gouvernement fédéral dans ce dossier.

Le député bloquiste Simon Marcil a pris la parole au point de presse organisé par les néo-démocrates, et quelques heures après, pendant la période des questions en Chambre, le conservateur Denis Lebel est aussi intervenu pour réclamer des comptes.

Lorsqu’il a été interpellé par M. Lebel pendant la période des questions, le secrétaire parlementaire du ministre de l’Agriculture a assuré que les libéraux prenaient «au sérieux» ce problème qui lui a été légué par le précédent gouvernement conservateur, selon lui.

«Nous sommes conscients (de) ce que représentent les fermes dans l’économie des régions. (…) Nous travaillons avec l’industrie afin de ne pas avoir une solution de coin de table, mais une solution durable», a soutenu Jean-Claude Poissant, lui-même un ancien producteur de lait.

La semaine dernière, le ministre québécois de l’Agriculture, Pierre Paradis, a lancé un appel à l’action et prié le premier ministre Justin Trudeau de s’impliquer dans le dossier.

«Il y a quatre ministères impliqués (Sécurité publique, Agriculture, Commerce extérieur et Santé), a dit M. Paradis. Il relève donc de la responsabilité du premier ministre Trudeau de prendre la décision qui s’impose.»