L’Alberta dévoile sa nouvelle stratégie de réduction des GES industriels

EDMONTON — Le gouvernement de l’Alberta a déposé son nouveau plan d’action contre les changements climatiques visant les grands émetteurs de gaz à effet de serre de la province.

Un plan qui, selon le ministre de l’Environnement Jason Nixon, permettra de réduire les émissions de GES à un taux similaire au programme du précédent gouvernement, mais à moindre coût.

L’annonce de ce plan n’a pas d’incidence sur la taxe fédérale sur le carbone, qui sera toujours appliquée à partir du 1er janvier et qui sera toujours contestée devant les tribunaux.

Jason Nixon dit tout de même s’attendre à ce que le gouvernement fédéral reconnaisse la stratégie de la province et n’impose pas ses propres règles aux émetteurs industriels de l’Alberta.

La nouvelle stratégie, présentée mardi à l’Assemblée législative de l’Alberta, impose deux régimes de réglementation aux grands émetteurs industriels.

La plupart des installations, telles que les producteurs de sables bitumineux ou les fabricants de béton qui émettent plus de 100 000 tonnes de CO2, se verront attribuer un volume de référence selon leurs rejets de carbone mesurés dans le passé. Les plus petits pollueurs pourront aussi s’inscrire à ce programme sur demande afin d’éviter la réglementation fédérale.

On s’attend à ce que les usines réduisent leurs émissions de 10 pour cent par rapport au volume de référence dès la première année et ensuite d’un pour cent par année. Si elles n’y arrivent pas, elles devront payer 30 $ pour chaque tonne ou acheter des crédits carbone. Les entreprises qui réussiront à réduire leurs émissions sous le volume de référence pourront stocker des crédits ou les vendre.

Une partie de l’argent amassé par la province sera allouée à un fonds de soutien au développement de technologies de réduction des GES. La moitié de chaque dollar collecté après la première tranche de 100 millions $ servira au remboursement de la dette ou à financer le «centre de crise» créé au coût de 30 millions $ pour combattre les critiques de l’industrie pétrolière et gazière.

Le nouveau plan conserve les mêmes mesures que le plan adopté par le précédent gouvernement néo-démocrate en ce qui concerne les producteurs d’électricité.

Les centrales électriques, les plus grandes émettrices de l’Alberta, de qui l’on attend les plus importantes réductions, sont soumises à des règles différentes. Un seul point de référence sera attribué à l’ensemble du secteur.

Selon des documents gouvernementaux, la nouvelle approche pourrait permettre à l’industrie d’économiser jusqu’à 330 millions $ par année.

Jason Nixon dit s’attendre à ce que le plan d’action entraîne une réduction d’environ 32 mégatonnes de GES, alors que le précédent programme visait 50 mégatonnes. Celui-ci incluait toutefois une taxe sur le carbone imposée aux consommateurs.

L’approche à deux volets est une erreur, ont critiqué des experts. Jan Gorski de l’Institut Pembina, un groupe de réflexion sur les énergies propres, qualifie la mesure du volume de référence personnalisé comme «un pas en arrière».

«C’est injuste et moins efficace. On punit les entreprises performantes qui ont déjà pris des mesures pour réduire leurs émissions et on récompense celles qui ne l’ont pas encore fait», dénonce-t-il.

Le ministre Nixon répond que ces références personnalisées sont nécessaires dans les industries qui doivent concurrencer d’autres juridictions qui n’ont peut-être pas de législation sur le climat.

Jan Gorski souligne que la Colombie-Britannique et le gouvernement fédéral n’utilisent qu’un seul niveau de référence pour chaque secteur industriel.

Ottawa exige que les prix du carbone augmentent de 10 $ la tonne chaque année. L’Alberta ne prévoit aucune disposition à cet égard, mais le ministre affirme que ce problème sera réglé quand la situation se présentera.