L’Alberta veut attirer des professionnels de Montréal, de Toronto et d’ailleurs

EDMONTON — L’Alberta réduit les impôts des entreprises, injecte des milliards de dollars en infrastructures et se lance dans une opération de séduction pour attirer des professionnels de Toronto, de Montréal et d’ailleurs afin de rebondir après la pandémie de COVID-19.

«Nous allons accorder une grande importance à la finance et aux technologies financières», a déclaré Jason Kenney, lundi, à Calgary.

Le premier ministre albertain a dit avoir dans sa ligne de mire «toutes les banques et compagnies d’assurance de Bay Street», à Toronto — qui paient beaucoup plus d’impôts et plus cher en loyer, a-t-il souligné.

«Nous allons leur dire qu’ils peuvent économiser de l’argent pour leurs actionnaires, pour leurs travailleurs et pour leurs opérations en délocalisant des emplois financiers et technologiques dans des endroits comme le centre-ville de Calgary, le centre-ville d’Edmonton.»

Jason Kenney a déclaré que la province ciblera également des entreprises dans d’autres endroits tels que Montréal, Houston et New York, tandis que l’Alberta s’efforce de sortir de la crise causée par la pandémie et par une guerre internationale des prix du pétrole qui a plongé les bénéfices dans une chute vertigineuse.

L’Alberta a aplati la courbe épidémique de la COVID-19 et a rouvert une grande partie de son économie, bien qu’avec des mesures sanitaires, et Jason Kenney a déclaré que le moment était venu de remettre l’économie sur pied.

Le déficit budgétaire de cette année devrait passer de 7 à 20 milliards de dollars.

Jason Kenney a annoncé qu’un investissement immédiat de 10 milliards $ serait consacré à une série de projets d’infrastructures, notamment des routes, des établissements de santé et des écoles, pour créer des emplois dans la construction, avec des retombées bénéfiques pour d’autres prestataires de services.

Jason Kenney avait déjà fait passer le taux d’imposition des sociétés de 12 à 10 % après son entrée en fonction l’an dernier. Ce chiffre devait descendre à 8 % dans les années à venir, mais le premier ministre a annoncé que ce serait fait dès cette semaine. Ce qui place l’Alberta quatre points de pourcentage en deçà de concurrents clés tels que la Colombie-Britannique.

Les Albertains ont déjà le régime fiscal le plus bas au Canada et ne paient aucune taxe de vente.

Il y aura également une subvention pour l’innovation en emploi afin d’encourager les entreprises de haute technologie et l’investissement. La subvention remplace les incitatif fiscaux mis en place par le précédent gouvernement néo-démocrate, que Jason Kenney a supprimées au motif qu’ils étaient trop étroits.

Plus de détails sur ce fonds et d’autres initiatives sectorielles sont attendus dans les prochains jours.

La chef du NPD et leader de l’opposition officielle, Rachel Notley, a déclaré que les 10 milliards $ serviraient d’amortisseur à court terme, mais a qualifié de peu créatives les autres idées de M. Kenney, ajoutant que la réduction de l’impôt sur le revenu des sociétés n’avait pas ramené des emplois avant la pandémie et qu’elle n’en ramènerait pas après.

«Il y a très peu de nouveautés ici et cela prouve que ce gouvernement est déjà à court d’idées», a déclaré Mme Notley.

Le président et chef de la direction des Chambres de commerce de l’Alberta, Ken Kobly, a pour sa part déclaré que l’annonce de lundi vient apporter une aide essentielle.

«Les mesures annoncées aujourd’hui aideront les opérateurs économiques à se remettre sur pied afin qu’ils puissent commencer à reconstruire notre économie», a-t-il soutenu.

Le plan tranche avec la plateforme économique que Jason Kenney a défendues aux dernières élections, s’opposant aux politiques interventionnistes. M. Kenney avait à l’époque réprimandé le NPD pour ses dépenses élevées en infrastructures et en opérations quotidiennes, affirmant que cela paralyserait les générations futures avec une dette insoutenable.

Mais depuis, tandis que l’économie pétrolière et gazière tarde à se redresser, Jason Kenney semble se détourner de la politique du laissez-faire.

En mars, son gouvernement a accepté de fournir 1,5 milliard $, en plus d’une garantie de prêt de 6 milliards $, à TC Energy Corporation, de Calgary, permettant l’achèvement du pipeline KXL.

Le ministre albertain des Finances, Travis Toews, a déclaré lundi «qu’il y a une bonne et une mauvaise dette». La mauvaise dette, a-t-il dit, est empruntée pour les opérations, tandis que la bonne dette permet d’investir dans l’infrastructure qui, à son tour, attire les entreprises dans la province.

«Il s’agit d’un fossé incroyable que nous devons franchir, et cela justifie donc un investissement important», a fait valoir le ministre Toews.