L’alimentation pendant la grossesse pourrait être associée à l’obésité à l’enfance

MONTRÉAL — Les enfants nés d’une mère dont l’alimentation a été de piètre qualité pendant la grossesse pourraient être plus à risque de souffrir d’obésité vers la fin de l’enfance, prévient une nouvelle étude.

En revanche, disent les chercheurs du University College Dublin, les enfants nés d’une femme qui a eu pendant sa grossesse une alimentation de bonne qualité et faible en aliments aux propriétés inflammatoires avaient un risque d’obésité et des taux de graisse plus faibles au même moment.

Aucune association n’a été observée au début ou au milieu de l’enfance.

«On a un large éventail d’évidences qui suggèrent que le milieu in utero a des impacts très importants sur la santé cardiométabolique du jeune plus tard dans sa vie, a commenté la pédiatre endocrinologue Mélanie Henderson, du CHU Sainte-Justine. Le milieu durant la grossesse va avoir des impacts sur la santé du jeune, même à l’enfance plus tard.»

Les chercheurs ont examiné 16 295 paires mère-enfant originaires de l’Irlande, de la France, du Royaume-Uni, des Pays-Bas et de la Pologne. Ils ont notamment voulu savoir si l’alimentation de la mère pendant sa grossesse contenait des aliments associés à une inflammation chronique, comme les gras saturés, la viande rouge et les glucides raffinés.

L’indice de masse corporelle des enfants a été calculé au début, au milieu et à la fin de l’enfance. D’autres données concernant le corps des enfants ont été colligées au milieu et à la fin de l’enfance.

Les chercheurs ont constaté que les enfants — et plus les garçons que les filles — dont la mère avait consommé pendant sa grossesse de grandes quantités d’aliments associés à l’inflammation présentaient une plus faible masse musculaire à la fin de l’enfance, ce que d’autres études ont associé à un risque accru de diabète, d’hypertension et d’obésité. 

Par contre, le lien entre une alimentation riche en aliments associés à l’inflammation pendant la grossesse et un taux de gras corporel élevé au milieu de l’enfance était plus important chez les filles que chez les garçons.

«On constate de plus en plus qu’il y a des éléments de programmation du métabolisme dans la période foetale qui vont être dépendants de l’environnement dans lequel le bébé naît, et ce sont des éléments de toute sorte, donc non seulement ce que la maman mange, mais l’activité physique, les maladies concomitantes que la maman a… c’est l’ensemble du portrait», a dit la docteure Henderson.

Il est toutefois passablement compliqué de départager l’influence des facteurs environnementaux de l’influence des facteurs génétiques, ajoute-t-elle.

La chercheuse irlandaise Catherine Phillips a d’ailleurs rappelé dans un communiqué que des études antérieures ont démontré qu’une faible consommation de glucides au début de la grossesse pouvait entraîner des changements épigénétiques (des changements dans l’expression des gènes) potentiellement associés à une augmentation du risque d’obésité.

Une alimentation maternelle de faible qualité, riche en aliments associés à l’inflammation, pourrait elle aussi entraîner de tels changements épigénétiques, a-t-elle ajouté, ce qui rehausserait le risque pour l’enfant de souffrir d’obésité ou de présenter un excès de gras vers la fin de l’enfance.

Cela étant dit, la docteure Henderson rappelle qu’il «n’est jamais, jamais, jamais trop tard pour prendre en main nos habitudes de vie et améliorer le devenir de la santé de nos enfants».

«La plupart des mamans enceintes sont très ouvertes à ce genre d’intervention, a-t-elle dit. Elles veulent le bien de leur bébé, donc c’est un moment propice pour proposer des modifications au niveau des habitudes de vie et pour lesquelles il y aura une bonne adhérence. Je ne dis pas que ce sera parfait, mais c’est une période d’ouverture d’esprit pour changer nos façons de faire.»

Les conclusions de cette étude sont publiées par le journal médical BMC Medicine.

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