L’alpiniste Marie-Pier Desharnais s’attaque aux sommets de l’Antarctique

MONTRÉAL — L’alpiniste québécoise Marie-Pier Desharnais entame la dernière étape de son projet Apex Woman, qui consiste à gravir cinq des plus hauts ou des plus difficiles sommets de la planète. Elle est en route vers l’Antarctique, où elle s’attèlera dans le prochain mois à l’ascension des monts Vinson et Sidley.  

À 4892 mètres d’altitude, le mont Vison est la plus haute montagne de l’Antarctique. Le mont Sidley quant à lui est le plus haut volcan, à 4285 mètres.  

L’alpiniste originaire de Victoriaville a déjà notamment vaincu le K2 et l’Everest, dans l’Himalaya, ainsi que le plus haut volcan du monde, l’Ojos del Salado, à la frontière de l’Argentine et du Chili.  

Elle a choisi ces sommets que peu de femmes ont gravis — seulement 31 pour le K2 et 38 pour le Sidley, selon son décompte au lancement du projet Apex Woman. Elle espère ainsi pouvoir influencer, non seulement les femmes, mais toute personne à se lancer dans leurs défis.  

L’aventure en Antarctique commencera jeudi. Une dizaine de jours seront consacrés à l’ascension du mont Vison à partir du camp de base d’Union Glacier, à 700 mètres d’altitude. 

Ensuite, elle se dirigera vers le mont Sidley, qui est à plus de cinq heures de vol d’Union Glacier. 

«Sidley a été escaladé une dizaine de fois au plus et on risque peut-être même d’ouvrir une nouvelle voie, dépendamment de la condition des glaciers», explique Mme Desharnais, en entrevue avec La Presse Canadienne quelques jours avant son départ.  

Il y a une seule expédition par année au mont Sidley, qui est assurée par Antarctic Logistics & Expeditions, la compagnie qui gère les déplacements sur le continent antarctique.  

«C’est vraiment en mode aventure, on voit ce qui s’offre à nous quand on arrive», ajoute-t-elle.  

Comme cela fait trois ans que cette expédition est remise pour Marie-Pier Desharnais, en raison de la pandémie de COVID-19, elle se disait fébrile avant son départ vers le Chili, d’où partent les vols vers l’Antarctique. 

«J’ai un “melting pot” d’émotions au sens où (ça) a été remis, il y a une tempête à l’horizon (au Québec, qui risque d’annuler des vols)… On dirait qu’il y a toujours cette espèce de “cloud” au-dessus de ma tête qui me dit “ça va-tu vraiment se passer ?”», témoignait-elle.

Lundi, elle était néanmoins bien arrivée dans la capitale chilienne, première étape vers le continent austral. 

Plus que l’aspect technique, c’est le froid qui représente un des plus gros défis de l’expédition en Antarctique. Même en été, les températures oscillent entre -24° et -1 °C au camp de base. Elles peuvent atteindre -40 °C au mont Vison.  

«Chaque élément qu’on utilise doit être robuste pour le froid, mais, en même temps, quand c’est robuste, c’est pesant (…). Ça fait littéralement des mois que j’évalue chaque article que je veux emmener», témoigne Mme Desharnais, qui a notamment travaillé avec la marque québécoise Chlorophylle pour développer des vêtements adaptés.  

Et plus encore, l’aspect financier est une contrainte, alors que le coût de son expédition en Antarctique se chiffre autour de 100 000 $ US.  

«Les gens pensent que le défi est purement technique ou sportif, mais non, tout l’aspect financement… J’en ai passé des nuits à ne pas dormir pour être capable de réussir à aligner toutes ces sources-là, et c’est surtout le fruit de mon dur labeur», explique celle qui travaille comme experte en gestion de catastrophes et continuité des affaires au Qatar.  

Cette aventure est donc très différente de l’ascension du K2 que la Québécoise de 37 ans a réalisée en juillet et qui est réputée comme l’une des plus difficiles au monde.  

«Je pense que le K2 m’a vraiment refaite me remettre en question personnellement, à savoir jusqu’où j’étais prête à aller ; est-ce que j’étais en paix avec le fait qu’il puisse y avoir des conséquences fatales ?  

«Je n’ai pas tout ce questionnement-là pour l’Antarctique, c’est vraiment plus le financement. Jusqu’où je suis prête à sacrifier de mes autres rêves ?», souligne-t-elle, précisant avoir utilisé l’argent qu’elle aurait investi dans une maison pour aller en Antarctique.  

Après les monts Vinson et Sidley, non seulement Mme Desharnais clôturera son projet Apex Woman, mais elle aura aussi gravi les sept plus hauts volcans de chacun des continents. Elle sera également à une montagne de réussir les «sept sommets», soit le point le plus élevé de chacun des sept continents.  

Il lui restera donc Le Denali, la montagne la plus haute d’Amérique du Nord, en Alaska. Elle compte s’y atteler en juin.  

Peu d’alpinistes ont réussi les sept sommets et les sept volcans, et encore moins de femmes. Le Montréalais Theodore Fairhurst figure sur cette liste depuis 2018. Quelques femmes ont réussi ce doublé, dans la version qui inclut le mont Kosciuszko (2228 m), en Australie, pour l’Océanie. Parmi elles figurent l’Australienne Katie Sarah depuis 2018 ainsi que les Roumaines Delia et Iulia Zanoschi depuis cette année. Une autre version des sept sommets inclut la pyramide Carstensz (4884 m), en Indonésie, pour l’Océanie. 

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