L’AMA et l’Université de Sherbrooke s’allient dans la lutte au dopage

MONTRÉAL — La lutte au dopage demande des connaissances dans plusieurs champs d’expertise. L’Université de Sherbrooke et l’Agence mondiale antidopage (AMA) souhaitent donc former les experts de demain grâce à la création de la Chaire de recherche sur l’antidopage dans le sport.

La création de cette chaire fera du campus Longueuil de l’Université de Sherbrooke le pôle mondial de la lutte au dopage sportif. L’AMA financera cette chaire à hauteur de 200 000 $ US pour les cinq prochaines années. L’Université de Sherbrooke s’est engagée à verser le même montant.

C’est la seule chaire financée par l’AMA sur la planète.

«C’est la première fois qu’il va y avoir un programme complet consacré à l’antidopage qui comprendra à la fois le volet recherche et le volet éducation avec la mise en place d’une maîtrise, qui formera des professionnels de la lutte antidopage, a souligné Olivier Niggli, directeur général de l’AMA. C’est une lutte multidisciplinaire: ce sont des problèmes scientifiques, des problèmes légaux, des problèmes d’éducation. De pouvoir bénéficier de l’expertise de l’université, qui amène les connaissances de différentes facultés au sein d’un même programme, c’est la première fois que ça se produit.

«Il y a eu des projets d’instaurer des maîtrises en lutte antidopage, mais jamais je n’avais entendu parler d’une chaire de recherche. Il y avait d’autres universités candidates en lice, mais Sherbrooke a cette particularité d’avoir cette multidisciplinarité qui permet aux étudiants de pouvoir passer d’une faculté à l’autre facilement. Ça fait déjà partie de leur ADN. Donc, pour l’antidopage, c’était totalement le genre de structure adéquate.»

Le professeur David Pavot, dont l’expertise en droit international a été sollicitée par l’AMA dans le passé, en sera le titulaire. Ses recherches actuelles portent sur le statut de l’AMA, le partage d’information dans la lutte antidopage, le tribunal arbitral du sport ou encore les lanceurs d’alerte et la façon de les protéger, des sujets qui seront abordés par les étudiants.

«C’est énorme, ce sont deux ans de travail qui se concrétisent, a déclaré M. Pavot. C’est aussi une subvention exceptionnelle pour un professeur d’université. Un tel montant, ça arrive rarement dans une carrière et je suis très heureux de l’obtenir.»

C’est l’Université de Sherbrooke, particulièrement la professeure Geneviève Dufour, collègue de M. Pavot, qui a eu l’idée de cette chaire, qui se penchera sur la gestion de la lutte antidopage dans le sport international. Elle traitera de tous les aspects de la lutte au dopage: sportifs bien sûr, mais aussi, juridiques, médicaux, éthiques et administratifs.

«On travaille sur des questions qui sont aujourd’hui ignorées ou pour lesquelles il y a peu d’experts, a noté le Pr Pavot. On cherche donc à faire avancer la connaissance. (…) L’idée, c’est de former les experts de demain, qui vont travailler ici à l’AMA, ou dans les agences antidopage nationales, au Canada comme à l’étranger. C’est un pôle d’expertise pour la relève pour avoir de meilleurs chercheurs en antidopage, mais aussi de meilleurs administrateurs, de meilleurs médecins, etc.»

Déjà, quatre étudiantes provenant de l’Afrique, de l’Europe, de la Russie et du Québec — deux étudiantes en droit, une en médecine et une en administration — profitent de ce nouveau programme d’étude de deuxième cycle qui mènera à un diplôme d’études supérieures spécialisées (DESS) à compter de 2021. M. Pavot espère accueillir deux étudiants de plus dès l’automne.

Cette chaire poursuit cinq objectifs: rassembler une expertise pluridisciplinaire sur la lutte antidopage dans le sport; développer des connaissances théoriques et pratiques sur les règles de la lutte antidopage et sur sa gestion internationale; identifier les meilleures pratiques étatiques en matière de lutte antidopage en développant un outil d’analyse systématique; former une relève qualifiée pour mieux intervenir dans les organisations participant à la lutte antidopage; et diffuser les résultats auprès de la communauté scientifique et les milieux de pratique. Mais surtout, hausser le niveau de professionnalisme des agences antidopage à travers le monde.

«On a affaire à des régions dans le monde où, si on peut former des étudiants, par exemple, de l’Afrique ou de l’Amérique latine, qui retourneront dans leurs pays avec une connaissance et une compréhension du système antidopage, une compréhension des règles, des problèmes médicaux, et que ces gens-là deviennent, dans leur pays, des experts de l’antidopage nous aurons un niveau de l’antidopage qui va augmenter partout, ce qui est un de nos soucis aujourd’hui, a expliqué M. Niggli. Ces athlètes de ces pays moins avancés au niveau antidopage sont sur la même ligne de départ que les athlètes canadiens ou européens, mais ils font face à un système antidopage moins développé.»

Pas de décision au sujet de Vincent Lapointe

Par ailleurs, l’AMA n’a toujours pas pris connaissance du rapport complet de la Fédération internationale de canoë dans le dossier de la Québécoise Laurence Vincent Lapointe, blanchie il y a quelques semaines des accusations de dopage au ligandrol qui pesaient sur elle.

M. Niggli n’était donc pas en mesure de dire si l’AMA comptait en appeler de cette décision. L’agence n’a pas encore demandé officiellement à obtenir copie de ce rapport. Une fois qu’elle l’aura en mains, elle disposera de 21 jours pour porter la cause en appel.

«Il est trop tôt pour répondre à cette question, a-t-il dit. Bien sûr que nous voudrons voir ce rapport motivé. Ensuite, on examinera les motifs qui ont mené à la décision qui a été prise. Nous verrons par la suite la décision que nous prendrons.»

Le Centre canadien d’éthique dans les sports peut également porter la cause en appel. Mardi, aucun responsable du CCES n’était disponible pour répondre aux questions de La Presse canadienne.

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