L’ambassadeur d’Afghanistan veut plus de souplesse d’Ottawa sur les passeports

OTTAWA — L’ambassadeur d’Afghanistan demande que les Afghans qui ont reçu une approbation pour venir s’installer au Canada n’aient pas à se mettre à risque d’être détenus par les talibans en présentant une demande de passeport.

L’ambassadeur Hassan Soroosh a mentionné en entrevue que les Afghans font l’objet de fouilles de domicile, d’exécutions extrajudiciaires et de disparitions depuis le retour au pouvoir du régime des talibans.

Selon lui, les Afghans qui ont aidé le Canada par le passé sont spécialement susceptibles d’être détenus ou de devenir la cible de poursuites judiciaires s’ils présentent une demande de passeport pour quitter le pays, et ce, même s’ils ont déjà reçu les autorisations pour partir.

M. Soroosh presse donc le Canada d’adopter une approche plus souple concernant la documentation pour les Afghans dont la demande d’immigration a déjà été approuvée. Il appelle aussi le fédéral à reconnaître les demandes envoyées à d’autres pays, mais qui ne sont plus valides en raison des délais d’expiration.

«Nous souhaitons et nous espérons qu’il y aura une approche plus flexible en ce qui concerne la documentation à l’intérieur de l’Afghanistan et aussi les documents nécessaires pour faire venir des gens au Canada», a-t-il déclaré.

M. Soroosh a également demandé que le Canada élargisse les critères d’éligibilité pour venir dans le pays dans le cadre d’un programme humanitaire mis en place pour aider les Afghans vulnérables confrontés à la persécution des talibans.

L’ambassadeur souhaite aussi que le Canada n’oublie pas l’Afghanistan, alors que la communauté internationale se concentre sur la crise en Ukraine. Il a dit que le pays est confronté à une crise humanitaire importante, alors que de nombreux enfants sont exposés à la malnutrition.

Il rappelle que les talibans adoptent une approche de plus en plus sévère envers les femmes et les minorités, et qu’ils ont utilisé la force pour mettre fin à des manifestations pacifiques de groupes de femmes.

Les organismes de bienfaisance canadiens qui aident les Afghans affirment que beaucoup d’entre eux ayant la permission de voyager au Canada ne peuvent pas se rendre dans les pays voisins pour prendre un vol en sol canadien parce qu’ils n’ont pas les papiers ou un passeport pour traverser la frontière.

D’autres ont attendu si longtemps dans des pays comme le Pakistan et l’Ouzbékistan que leurs demandes soient traitées par Ottawa que leurs visas ont expiré. Ils sont renvoyés en Afghanistan où ils font face aux représailles des talibans.

Aidan Strickland, porte-parole du ministre de l’Immigration Sean Fraser, a déclaré que le ministère faisait savoir aux Afghans qui n’avaient pas pu quitter le pays qu’il était possible de «faciliter leur voyage au Pakistan».

Elle a indiqué que le Canada avait délivré des documents de voyage pour un aller simple aux Afghans qui avaient réussi à quitter le pays, mais qui n’avaient pas de passeport pour monter à bord d’un avion.

«Nous faisons tout ce que nous pouvons pour aider les Afghans à l’intérieur et à l’extérieur de l’Afghanistan, y compris en travaillant avec des partenaires de la région, des entités publiques, des organisations internationales et des organisations à but non lucratif pour identifier une voie à suivre pour garantir un passage sûr pour tous», a-t-elle déclaré. 

Aide humanitaire 

L’ambassadeur Hassan Soroosh a mentionné qu’un récent tremblement de terre, qui a tué environ 800 personnes et en a blessé beaucoup d’autres, a endommagé des bâtiments, des écoles et le réseau d’eau, causant «des souffrances inimaginables».

Les taux de pauvreté devraient atteindre 97% d’ici la fin de l’année,  selon les Nations Unies. Les deux tiers de la population auront besoin d’une aide alimentaire vitale, estime M. Soroosh. 

La condition de la femme fait partie des autres difficultés du pays. «Les femmes sont progressivement, mais systématiquement effacées de la vie publique, a-t-il averti. Elles se voient refuser l’accès à l’éducation, elles ne peuvent pas travailler ni protester – cela signifie qu’elles deviennent progressivement invisibles.»

Il a ajouté que l’Afghanistan est le seul pays au monde où les filles se voient refuser l’enseignement de niveau secondaire.

M. Soroosh, dont l’ambassade n’a aucun contact avec les talibans, offre toujours des services consulaires aux Afghans vivant en Amérique du Nord, y compris le renouvellement des passeports et la délivrance des certificats de naissance.

Il a dit que l’ambassade d’Ottawa servait également les Afghans vivant aux États-Unis après la fermeture des ambassades afghanes dans ce pays. 

L’ambassade est financée par les frais de renouvellement des passeports et d’autres services consulaires, avec un budget et un personnel très réduits.

M. Soroosh a dit qu’il était reconnaissant au Canada d’avoir ouvert ses portes aux Afghans fuyant les talibans et d’avoir fourni une aide humanitaire.

«Le Canada a toujours été l’un des premiers pays à réagir», a-t-il souligné. 

Bien qu’il ait mentionné qu’il était important de ne pas légitimer ou reconnaître les talibans, il a soutenu les mesures visant à faciliter le travail des organisations humanitaires en Afghanistan. 

Toute transaction avec les talibans est interdite en vertu des lois antiterroristes du Canada, car les talibans sont une organisation terroriste proscrite.

Des organisations non gouvernementales ont demandé au Canada d’introduire des exemptions au Code criminel pour les programmes humanitaires opérant en Afghanistan, comme c’est le cas aux États-Unis.

M. Soroosh a bon espoir que le résultat mènera à une solution qui contribuera à l’aide humanitaire à l’Afghanistan, sans aider les talibans à consolider leur pouvoir. 

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