L’ambassadeur de Chine à Ottawa défend la ligne de parti devant le CORIM

MONTRÉAL, France — Sans surprise, les membres du Conseil des relations internationales de Montréal (CORIM) ont eu droit à une leçon de propagande chinoise en accueillant l’ambassadeur de ce pays à Ottawa, Cong Peiwu, mardi, en conférence virtuelle. 

Sévèrement critiqué pour cette invitation, la deuxième en moins de deux ans, le CORIM a pris soin cette fois de soumettre l’ambassadeur Cong aux questions de l’ex-premier ministre Pierre-Marc Johnson plutôt que de lui laisser le champ libre avec un discours-fleuve, comme ça avait été le cas le 5 décembre 2019.

Bien que l’invitation ait été sollicitée par l’ambassade, c’est M. Johnson qui a mené la discussion presque exclusivement sur des dossiers dont la Chine n’aime guère s’entretenir, que ce soit sur la détention et les procès des Canadiens Michael Spavor et Michael Kovrig, le traitement des Ouïghours au Xinjiang, la répression à Hong Kong et ainsi de suite.

Évidemment, Cong Peiwu s’y attendait et a livré les réponses prévisibles du régime chinois, dont certaines frôlaient la caricature, et ce, dès son mot d’ouverture où il a qualifié de fausse perception l’idée selon laquelle la Chine est un pays autoritaire et lorsqu’il a fait un survol historique du Parti communiste chinois (PCC), qui a «créé les deux miracles du développement économique rapide et de la stabilité sociale à long terme», et qu’il a présenté comme étant «le bon choix fait par l’histoire et par le peuple chinois».

Les deux Michael: «des preuves solides»?

Ainsi, selon lui, les deux Canadiens ont été détenus et jugés pour «avoir secrètement recueilli de façon criminelle des secrets et renseignements d’État pour des pouvoirs étrangers et d’avoir volé et d’avoir fourni des secrets d’État à des pouvoirs étrangers».

«Ces faits sont clairs et il y a des preuves solides pour les soutenir», a-t-il tranché, sans pour autant donner quelque indication que ce soit en ce sens, puisque les récents procès de de Michael Kovrig et Michael Spavor se sont déroulés à huis clos parce que «ce sont des causes qui impliquent la sécurité nationale». Il a répété à plusieurs reprises que la Chine est un état de droit et que «les droits de ces deux Canadiens sont assurés». 

Bien que la Chine refuse de lier l’arrestation de ces deux citoyens canadiens à l’arrestation de la directrice financière du géant des télécommunications Huawei, Meng Wanzhou, Cong Peiwu est revenu à la charge sans y être invité à la fin de la conférence en mettant en parallèle de son propre chef les deux dossiers, alors que celui de Mme Meng n’avait pas été discuté du tout auparavant.

«Nous devons résoudre l’incident Meng Wangzhou. Le Canada a été complice des États-Unis en détenant Mme Meng alors qu’elle n’avait brisé aucune loi canadienne. (…) Il est espéré que le Canada procédera au mérite et dans son propre intérêt (…) et relâchera Mme Meng le plus tôt possible. Elle ne devrait pas être là au départ parce qu’elle n’a brisé aucun loi canadienne et, pour les deux citoyens canadiens, nous avons assuré leurs droits légaux.»

Quant aux informations selon lesquelles Michael Spavor et Michael Kovrig auraient été privés de sommeil ou qu’on leur aurait enlevé leurs lunettes, «ce n’est que de l’exagération de certains médias».

Ouïghours: des mensonges

D’ailleurs, selon ce porte-parole du régime, les médias occidentaux ne font pas qu’exagérer; ils mentent carrément lorsqu’il est question des Ouïghours, cette minorité musulmane habitant la province du Xinjiang.

«Il n’y a rien d’un génocide au Xinjiang. La population Ouïghour a plus que doublé dans les dernières décennies. (…) Il n’y aucun génocide culturel. Et quant aux soi-disant travaux forcés et à la soi-disant stérilisation forcée, ce sont des mensonges élaborés par un certain nombre de forces anti-chinoises dans les pays occidentaux. Les faits ont prouvé que ce sont tous des mensonges», a-t-il martelé. 

Le discours du diplomate reprend intégralement celui de ses dirigeants à l’effet qu’il n’y a aucune violation des droits de la personne, de la liberté religieuse ou d’attaque ethnique.

«C’est une question de combattre le terrorisme et la sécession», a-t-il affirmé, invoquant «des milliers d’incidents terribles» entre 1990 et 2016. Et à l’entendre décrire les camps de «rééducation», on croirait presque entendre une description de colonie de vacances avec, en prime, un diplôme à la sortie.

«Vous les appelez des camps, mais en fait ce sont des écoles créées pour s’assurer que ceux qui avaient été radicalisés puissent avoir la chance d’apprendre les lois et maîtriser le mandarin, la langue écrite et parlée commune de la Chine. Et aussi pour apprendre des compétences. C’est important parce qu’après leur graduation, ils peuvent se trouver des emplois. Et c’est exactement ce qui se passe au Xinjiang. Tous ces stagiaires ont trouvé des emplois et contribuent à la société», a-t-il affirmé sans broncher.

L’ambassadeur Cong ne s’est pas non plus embarrassé de la contradiction, invitant d’une part quiconque le voulait à aller visiter le Xinjiang, incluant des vérificateurs internationaux, avec de très vagues conditions.

«Nous sommes prêts à recevoir le haut commissaire aux droits humains des Nations unies, mais bien sûr la visite devrait être propice à l’approfondissement d’une compréhension mutuelle plutôt que de s’assurer qu’ils vont mener une soi-disant enquête avec un devoir présumé au départ.»

D’autre part, il n’a pas hésité à réaffirmer le diktat de Pékin à l’effet que «les questions touchant le Xinjiang sont des dossiers intérieurs de la Chine. Nous nous opposons à toute ingérence de n’importe quel pays dans les affaires intérieures de la Chine.»

Hong Kong, «du chaos à la règle de droit»

La situation de Hong Kong, théâtre d’une sévère répression d’un mouvement pro-démocratie qui s’était soulevé en 2019 lorsque Pékin avait cherché à étendre son autorité sur le territoire par la voie législative, a également été évoquée par Pierre-Marc Johnson. Le diplomate a d’abord répondu que «le meilleur intérêt des habitants de Hong Kong et pour la Chine et pour la communauté internationale est que Hong Kong demeure stable et prospère».

D’après lui, il n’y avait pas là de mouvement de défense de la démocratie, mais plutôt «beaucoup de criminalité violente» qui s’attaquait à «des citoyens innocents et même des policiers». Selon le narratif chinois, ces «crimes» démontraient l’existence d’«échappatoires dans les lois», d’où la décision notamment d’imposer l’an dernier la Loi sur la sécurité nationale qui a «beaucoup aidé la situation à Hong Kong, qui est passé du chaos à la règle de droit». Plus encore, il affirme que personne n’est détenu «parce qu’il ou elle exprime des idées, mais parce que des suspects criminels perpétraient ces crimes». 

En ramenant toute dissidence à une forme de criminalité, Cong Peiwu a fait cette profession de foi: «Nous valorisons la démocratie. Nous valorisons les droits humains aussi.» Et cette démocratie, a demandé Pierre-Marc Johnson, n’importe qui peut s’y présenter comme candidat? «Nous avons des stipulations claires quant aux qualifications de ceux qui se présentent aux élections. Une des choses importantes est que nous devons nous assurer que le candidat respectera la constitution et les lois», a déclaré M. Cong, laissant entendre que l’allégeance d’un éventuel candidat au régime n’était pas facultative.

Mais, à l’entendre, il semble que Hong Kong baigne dans le bonheur, chiffres à l’appui: «Plus de 70 % des résidants sondés à Hong Kong croient que Hong Kong est maintenant plus sécuritaire», a-t-il clamé. En fait, l’ambassadeur a semblé aimer invoquer des sondages — dont il n’a donné ni la source, ni la méthodologie: «Selon des sondages réalisés par des organismes internationaux, plus de 90 % du peuple chinois, parfois c’est jusqu’à 95 %, soutiennent le gouvernement chinois dirigé par le Parti communiste chinois. Cela en dit long.»

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