L’ancien sprinter Nicolas Macrozonaris brigue un poste de conseiller municipal

La première voiture de Nicolas Macrozonaris était une Ford Tempo verte fluorescente 1993 qu’il a achetée pour 800 $ et quatre paires de lunettes de soleil Oakley.

C’était en 2002, au début de quelques années prospères pendant lesquelles le jeune homme de 22 ans est devenu l’un des meilleurs sprinters du monde.

Macrozonaris avait repéré la voiture grâce à une affiche «à vendre» dans la fenêtre d’un petit commerce de Montréal. Le propriétaire demandait 2200 $. Macrozonaris ne les avait pas. Ayant besoin d’un véhicule pour se rendre et revenir de l’entraînement, il a offert en compensation quelques paires de lunettes de soleil Oakley, l’un de ses premiers commanditaires, pour en diminuer le prix.

«Nous nous sommes rencontrés et il a commencé à essayer les lunettes. Certaines étaient super extrêmes, des lunettes excentriques et fluorescentes. Et comme il semblait avoir 65 ans, il les a mis et avait l’air fou. Il m’a regardé et m’a demandé: ‘À quoi je ressemble?’ J’ai dit: ‘Tu es superbe, mec’», s’est rappelé Macrozonaris en riant.

Macrozonaris est maintenant âgé de 37 ans et il court toujours — au sens figuré si ce n’est plus au sens propre. Le double olympien et quintuple champion national brigue un poste de conseiller municipal à Laval au sein du parti Action Laval de Jean-Claude Gobé. Dans l’opposition, il travaille avec un budget serré. Mais il sait comment s’y prendre avec peu.

Le week-end dernier, Macrozonaris a enrôlé ses athlètes — il dirige son propre club d’athlétisme Finalpush à Montréal — pour l’aider à distribuer des tracts aux 7000 électeurs de son district de Sainte-Dorothée. Parmi ses préoccupations, il y a le manque d’installations sportives décentes dans le secteur.

Il effectue son porte-à-porte, vêtu de son veston blanc et rouge des cérémonies de clôture des Jeux olympiques de 2004. Il pose pour des photos avec ses électeurs, puis leur envoie un exemplaire.

«C’est tellement intéressant parce que ça ressemble à une compétition, c’est super motivant, a-t-il poursuivi. Littéralement, je travaille dur en faisant du porte-à-porte, en parlant aux gens, en installant mes pancartes au milieu de la nuit et, le lendemain, je visite les supermarchés et j’essaie de rattraper tout le temps perdu.»

Il s’est officiellement lancé dans la course fin septembre. Les élections auront lieu le 5 novembre.

«Un journaliste m’a dit: ‘La politique est difficile’, mais je lui ai répondu; ‘Quand vous faites les choses pour les bonnes raisons, c’est facile’. Les gens peuvent dire, ‘Nic, tu n’es pas fatigué?’ mais vous trouvez cette énergie parce que quand vous êtes passionné ou que vous êtes vraiment enthousiasmé par quelque chose, ça vous procure une dose illimitée d’énergie. Je suis à ce stade de ma vie où j’ai une grande quantité d’énergie.»

Macrozonaris a été présenté comme l’avenir du sprint canadien quand il a gagné sa place au sein de l’équipe olympique canadienne pour les Jeux de Sydney à 19 ans. Dans les coulisses, il tirait toutefois le diable par la queue. Ses parents venaient de divorcer et il partageait un lit avec son frère dans un petit appartement de Montréal. Il échangeait ses points de récompense à la station service pour des sandwichs.

Il a ensuite battu l’Américain Tim Montgomery, détenteur du record du monde à l’époque, lors d’un 100 mètres à Mexico, en 10,03 secondes. Sa vie a soudainement changé du tout au tout. Il a effectué le lancer protocolaire lors d’un match des Expos de Montréal. Il s’est procuré une Lexus, qu’il a plus tard vendue pour acheter à sa mère Doris un condo à moins de 100 mètres du sien. Il côtoyait des gens comme le Prince Albert II de Monaco.

«Ma vie a complètement changé. Des sandwichs obtenus avec mes Petro Points, je me suis retrouvé dans de bons restaurants où le Prince mangeait. N’importe quel jeune de 22 ans qui passe par ce changement, peu importe votre organisation personnelle, ça bouleverse une vie. Je vivais avec mon frère, sans organisation, sans personne pour me guider. Et c’est facile de perdre les pédales et de penser que vous savez tout.»

Macrozonaris a connu un conflit avec l’entraîneur Glenroy Gilbert et a perdu sa place au sein du relais 4×100 mètres aux championnats du monde de 2003.

Son chrono de 10,03 — il a raté la barre sous les 10 secondes par un clignement d’oeil — s’est révélé sa meilleure performance en carrière quand il a pris sa retraite en 2010. Des regrets? Il a rappelé une conversation à coeur ouvert avec un ami au moment où il était au sommet de sa carrière.

«Il m’a dit: ‘Nic, la chose la plus importante que tu ne veux pas faire, c’est de savoir que tu n’as pas donné ton 100 pour cent, parce qu’après ta retraite, ça va te hanter longtemps.’ Alors je me suis dit: ‘Il est hors de question de commencer à me relâcher, et maintenant à 35 ans je me dis: J’aurais pu, j’aurais dû, mais je ne l’ai pas fait.’

«J’ai donné mon 100 pour cent, je l’ai fait proprement, et c’était le mieux que j’ai pu faire. Je suis satisfait de tout ce que j’ai pu accomplir dans les circonstances et je n’ai aucun regret, Je suis très content de tout ce que j’ai fait.»

Peu après sa retraite, Macrozonaris a commencé à faire du bénévolat dans un centre communautaire de son quartier, puis a rejoint son conseil d’administration. C’est à travers ce travail qu’il a rencontré Gobé.

Il a commencé son club d’athlétisme en 2015 et compte plusieurs jeunes sprinters parmi les meilleurs, dont Praise Omogbai, champion canadien du 100 mètres dans la catégorie des 14-15 ans.

Il est un grand partisan du sport, en particulier de la vedette canadienne du sprint Andre De Grasse.

«Je pense qu’André est un athlète exceptionnel. J’ai travaillé fort toute ma vie pour essayer de réaliser des records personnels quand ça compte vraiment. Et c’est extrêmement difficile d’y arriver. Pour sa part, il est capable d’exécuter ses meilleures performances au plus haut niveau, c’est quelque chose de remarquable, a déclaré Macrozonaris. Et je pense que l’idée selon laquelle vous devez mesurer six pieds cinq pour être une vedette est soudainement déboulonnée. Car nous avons un gars qui est relativement petit et il fait des choses incroyables.

«La médaille de bronze qu’ils ont obtenue (au relais 4×100) aux derniers Jeux olympiques démontre où en est l’athlétisme au Canada. J’aurais aimé être de cette génération de sprinters, parce qu’ils sont si forts et si puissants.»