Langues officielles: la pandémie a rendu la situation plus difficile

OTTAWA — Les langues officielles sont malmenées en temps de crise et la pandémie de COVID-19 qui sévit depuis près de sept mois ne fait pas exception.

Le commissaire aux langues officielles du Canada, Raymond Théberge, note dans son rapport annuel que certaines institutions ont eu du mal à offrir leurs services en anglais et en français. Ce problème est apparu «de manière criante» depuis le printemps dernier, peut-on lire.

«Malheureusement, le bilan préliminaire est loin d’être satisfaisant, car trop souvent, les informations importantes sur cette crise ont été publiées dans une seule langue officielle», déplore-t-il dans son document.

Santé Canada avait notamment fait des exemptions en matière d’étiquetage bilingue, au printemps, pour certains produits sanitaires très en demande comme les désinfectants, les produits nettoyants et les savons pour les mains et pour le corps.

Plusieurs produits avec un étiquetage uniquement en anglais s’étaient alors retrouvés dans les magasins et les lieux de travail. Santé Canada avait fini par faire marche arrière.

M. Théberge rappelle qu’il est «d’autant plus crucial dans des conditions de crise que le gouvernement fédéral s’assure que l’ensemble de la population ait accès en tout temps aux renseignements essentiels dans la langue officielle de son choix».

Cette communication doit aussi se faire par le biais des dirigeants, qui transmettent des «informations qui sont essentielles pour assurer la santé et la sécurité» de la population.

«Il faut que la population puisse recevoir ces messages dans la langue officielle dans laquelle elle se sent à l’aise et dans laquelle elle est en mesure de comprendre l’ensemble des nuances linguistiques», ajoute M. Théberge.

En entrevue avec La Presse Canadienne, le commissaire a soutenu avoir reçu des dizaines de plaintes en lien avec la pandémie. Mais il souhaite utiliser cette opportunité pour entamer une réflexion plus large.

«Ce qu’on constate, c’est que les institutions fédérales peuvent être outillées pour respecter les langues officielles dans des situations, disons, normales, mais qu’elles ne sont pas nécessairement préparées pour des situations d’urgence», a-t-il déclaré.

M. Théberge compte déposer un rapport contenant des recommandations dans les prochaines semaines qui se penchera spécifiquement sur ces situations d’urgence.

Plaintes en hausse

Entre le 1er avril 2019 et le 31 mars 2020, le Commissariat aux langues officielles a enregistré 1361 plaintes recevables pour l’année 2019-2020. Il s’agit d’un bond de 25 % par rapport à l’année précédente.

Plus de la moitié des plaintes (731) sont en lien avec les communications avec le public et la prestation des services, alors que près du tiers (420) concernent les exigences linguistiques des postes. Il y a eu 172 plaintes au sujet de la langue de travail.

Environ la moitié des incidents se sont déroulés dans la région d’Ottawa-Gatineau.

Le rapport annuel fait état d’une «augmentation considérable» du nombre de plaintes en lien avec les langues officielles dans les débats et les travaux du Parlement, mais aussi pour l’embauche de personnel sur la colline parlementaire.

«Les gens sont de plus en plus sensibles à leurs droits, ils connaissent mieux leurs droits et puis on constate ça depuis quelques années», constate M. Théberge en entrevue.

Son bureau a reçu 123 plaintes recevables dans le cadre des élections fédérales de 2019. Cela représente un nombre record de plaintes et représente près de cinq fois le nombre de plaintes reçues durant l’élection fédérale de 2015.

Plus de 80 % des plaintes de la part des électeurs portaient sur le manque de services dans la langue officielle de leur choix. Les 20 % restants portaient sur le service téléphonique, la langue de formation des employés ou la langue d’affichage.

La majorité (70 %) des plaignants en lien avec les élections fédérales provenaient de l’Ontario, surtout dans l’Est de l’Ontario et dans la région du Grand Toronto.

M. Théberge encourage les Canadiens à continuer de rester vigilants.

«Si on veut que les choses progressent, c’est important de déposer une plainte et, si on dépose une plainte, on va avoir un résultat», a-t-il dit.

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