L’APN souhaite une stratégie nationale de prévention du suicide chez les jeunes

OTTAWA — Le gouvernement fédéral va contribuer à la création d’une stratégie nationale de prévention du suicide auprès des jeunes, a annoncé mardi le ministre des Services aux Autochtones, Marc Miller, aux chefs des Premières Nations réunis à Ottawa.

Cette décision survient au moment où une grave crise secoue une Première Nation crie du nord de la Saskatchewan.

Le ministre Miller a été avare sur les détails concernant cette éventuelle stratégie affirmant seulement que le gouvernement souhaite collaborer avec les communautés autochtones pour connaître les solutions qu’elles ont à proposer.

Mardi, la journée avait commencé par une demande du chef de l’Assemblée des Premières Nations (APN), Perry Bellegarde, qu’Ottawa élabore une telle stratégie.

La première nation Makwa Sahgaiehcan, à Loon Lake, a déclaré l’état de crise à la mi-novembre après trois suicides en trois semaines, dont celui d’une fillette de 10 ans. Les chefs de bande affirment que huit personnes, surtout des jeunes, ont depuis tenté de se suicider dans cette petite communauté située à environ 360 km au nord-ouest de Saskatoon.

Dans l’allocution d’ouverture d’une assemblée extraordinaire des chefs de l’APN, mardi matin à Ottawa, Perry Bellegarde a déclaré qu’il fallait prendre des mesures pour empêcher les jeunes Autochtones de se sentir si désespérés qu’ils aient envie de mettre fin à leurs jours ou à se détruire. «Nous savons qu’un trop grand nombre de nos jeunes se suicident. Nous leur disons donc: vous êtes uniques, vous êtes doués et vous êtes aimés. N’oubliez jamais cela», a déclaré M. Bellegarde.

«Nous demandons au gouvernement de travailler enfin avec (nos) leaders, les familles et les citoyens pour enfin mettre en œuvre une stratégie de prévention du suicide chez les jeunes. C’est essentiel: une stratégie qui soutient tous nos jeunes.»

S’exprimant au nom du conseil des jeunes de l’APN, Rosalie LaBillois s’est mise à pleurer en parlant de sa préoccupation pour les jeunes Autochtones non seulement en Saskatchewan, mais dans tout le Canada. «Nous voulons nous engager à apporter des changements pour nos jeunes. Parce que, en tant que dirigeants, je ne crois pas que nous soyons là pour bien paraître. Je veux faire avancer les choses. Je veux vous décrire la dure et froide réalité de nos communautés», a-t-elle dit, alors qu’un certain nombre de chefs l’entouraient pour la soutenir.

Le ministre Marc Miller a dit avoir entendu des propositions de plusieurs Premières Nations et d’organisations inuites visant à apaiser cette détresse qui se répand chez les jeunes. Il affirme que son ministère va travailler avec ces communautés sur une approche distincte à l’intérieur de la stratégie nationale. Une approche qui reconnaît que des communautés différentes ont besoin de mesures différentes.

«Le gouvernement fédéral sera là pour vous soutenir», a assuré M. Miller.

Le chef Bellegarde a également appelé à une action plus musclée sur le changement climatique afin de donner plus d’espoir aux jeunes. «Le temps est venu pour une vision audacieuse et une action décisive», a-t-il estimé. «Leur avenir est entre nos mains et (les jeunes) nous disent que nous devons tous faire mieux.»

Il s’agissait de la première apparition publique du nouveau ministre des Services aux Autochtones, Marc Miller, devant l’APN. Son allocution a débuté par une longue introduction en langue mohawk, ce qui lui a valu des applaudissements des chefs.

Le ministre a reconnu que le fédéral avait «des décennies et des décennies de fautes à corriger», mais a tenu à rappeler que le nouveau gouvernement libéral minoritaire allait devoir travailler avec les Peuples autochtones «dans un contexte différent et plus difficile».

Marc Miller a abordé le dossier de la récente décision du Tribunal canadien des droits de la personne ordonnant à Ottawa de verser 40 000 $ à chaque enfant autochtone séparé abusivement de sa famille ainsi qu’à ses parents et ses grands-parents.

Ottawa a porté ce jugement en appel en Cour fédérale, arguant la semaine dernière que la décision comportait une erreur de droit. En même temps, les élus libéraux prétendent vouloir négocier de meilleures compensations pour les victimes.

Le ministre Miller a affirmé mardi que le gouvernement ne remettait pas en question le fait que ces enfants méritaient d’obtenir réparation.

«On s’est engagé à travailler de manière constructive, rapide et efficace avec les parties pour en venir à une entente qui sera bénéfique pour les enfants et les familles des Premières Nations. Pour y arriver, on va s’asseoir avec nos partenaires et y travailler.»

D’autres politiciens devaient prendre la parole, dont le chef néo-démocrate, Jagmeet Singh, le premier ministre de la Colombie-Britannique, John Horgan.

D’ici jeudi, plusieurs ministres fédéraux doivent s’adresser à l’APN, dont la ministre des Relations Couronne-Autochtones, Carolyn Bennett, le ministre de la Justice, David Lametti, et le nouveau ministre du Patrimoine canadien, Steven Guilbeault.

L’assemblée extraordinaire des chefs de l’APN doit discuter de stratégie et de politiques publiques sur de grands enjeux, notamment l’engagement du gouvernement Trudeau de mettre en œuvre un projet de loi qui harmoniserait les lois du Canada avec la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones.

Les chefs de tout le pays discuteront aussi cette semaine de la sécurité des femmes des Premières Nations, alors que l’Enquête nationale a révélé plus tôt cette année que la violence subie par les femmes autochtones à travers le Canada «s’apparentait ni plus ni moins à un génocide». Le changement climatique, les relations fiscales, le développement économique et social ainsi que les droits inhérents et issus de traités seront également à l’ordre du jour de l’assemblée extraordinaire de l’APN à Ottawa.

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