L’appui de grands syndicats canadiens à Maduro est dénoncé par des Vénézuéliens

OTTAWA — Deux grands syndicats canadiens qui soutiennent Nicolas Maduro refusent de voir en face la lutte pour la liberté du peuple vénézuélien et le sort tragique de travailleurs abattus et maltraités, affirment des militants pour la démocratie.

D’importants syndicats au pays, dont le Syndicat canadien de la fonction publique et le Congrès du travail du Canada, ont reproché au gouvernement libéral de soutenir Juan Guaido, président de l’Assemblée nationale du Venezuela, qui s’est autoproclamé chef intérimaire du pays.

Le Canada et ses alliés latino-américains du groupe de Lima, de même que les États-Unis, pressent le président socialiste Maduro de se retirer. Lundi, plusieurs pays européens, dont l’Espagne, l’Allemagne, la France et la Grande-Bretagne, ont joint leurs voix pour réclamer la tenue d’élections présidentielles libres dans les meilleurs délais.

Par contre, la gauche est déchirée dans ce dossier: Jean-Luc Mélenchon, chef de file du parti «La France insoumise», a ainsi soutenu lundi Nicolas Maduro et condamné les «putschistes» de l’opposition vénézuélienne.

Dans un communiqué publié le 25 janvier, le Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP) «rejette toute tentative du gouvernement canadien de s’ingérer dans le processus démocratique et la souveraineté du peuple vénézuélien».

«Compte tenu de l’histoire de l’implication américaine dans la région, les actions de M. Guaido présentent tous les signes d’un coup d’État, estime le SCFP. Nous mettons en garde le premier ministre Justin Trudeau contre tout rôle dans l’instauration d’un changement de régime dans un pays étranger.» Le SCFP a refusé de commenter mardi.

De son côté, le Congrès du travail du Canada (CTC) «est effaré par la flambée d’ingérence internationale dans le processus démocratique d’un pays souverain, y compris l’éventualité d’une intervention militaire». Il incite le gouvernement canadien «à s’abstenir de chercher à renverser le régime et de s’immiscer dans les affaires souveraines du Venezuela».

Rebecca Sarfatti est blessée par ces déclarations de la gauche syndicale, elle qui milite en faveur de la démocratie pour son pays d’origine depuis son arrivée au Canada en 2001. «Nous parlons ici d’êtres humains. Nous parlons de l’avenir d’une nation (…) Il ne s’agit ni de gauche, ni de droite, ni de politique», a soutenu Mme Sarfatti, membre du Forum Canada-Venezuela pour la démocratie. Elle trouve «absurde» que des syndicats censés représenter les droits des travailleurs puissent vouloir laisser M. Maduro «agir en dictateur».

Le politologue Angel Alvarez a quitté le Venezuela pour venir au Canada il y a quatre ans parce qu’il «n’avait plus la liberté académique d’enseigner». Il croit que les syndicats canadiens sapent la dynamique internationale nécessaire pour forcer Maduro à se retirer et permettre la tenue d’élections pacifiques. «Je crois qu’ils (les syndicats) sont biaisés par des préjugés idéologiques sur les expériences antérieures de l’interventionnisme américain en Amérique du Sud.»

Hassan Yussuff, président du Congrès du travail du Canada, assure qu’il n’aborde pas la question vénézuélienne d’un point de vue idéologique. «Je ne pense pas que l’on puisse séparer l’histoire américaine de ses interventions militaires, et soutenir que c’est différent», a toutefois expliqué M. Yussuff, qui est aussi président de la Confédération des syndicats des Amériques, dont font partie des centrales syndicales du Venezuela.