L’architecte de renom Moshe Safdie fait don de ses archives à l’Université McGill

MONTRÉAL — Après plus de 50 ans à concevoir des bâtiments à travers le monde, le célèbre architecte israélo-canadien Moshe Safdie fait don de ses archives professionnelles à l’Université McGill où il a fait ses débuts.

M. Safdie a annoncé mardi qu’il remettait plus de 100 000 pièces à l’établissement montréalais, y compris sa thèse qui a mené au complexe de logements Habitat 67 et sa propre unité d’habitation dans l’immeuble.

L’architecte a mentionné que si d’autres institutions avaient manifesté leur intérêt pour les archives, il a estimé qu’il était juste de les offrir à l’université qui lui a donné son éducation et au pays où il a lancé sa carrière.

«Le Québec et le Canada m’ont tellement soutenu dans mes premières années et m’ont offert tellement d’opportunités, même quand j’étais un jeune architecte débutant, que c’est le bon endroit pour ça», a-t-il déclaré en entrevue.

L’Université McGill affirme que la collection est composée de plus de 100 000 documents, dont des croquis en vrac, des carnets de croquis, des modèles, des dessins et de la correspondance liés à des projets non construits ou réalisés dans le monde entier.

Parmi les plus précieux figurent les quelque 250 carnets de croquis et les centaines de modèles, qui permettront aux étudiants de suivre l’évolution des projets de la conception à l’achèvement, selon M. Safdie.

Son don comprend également la copie maîtresse de la thèse de premier cycle de l’Université McGill qui a inspiré sa conception pour Habitat 67, qui a été créé pour l’Expo 67 — l’Exposition internationale et universelle de 1967 à Montréal — et demeure l’un des monuments les plus distinctifs de la ville.

Au début des années 1960, M. Safdie était un étudiant en architecture ambitieux à l’Université McGill dans la mi-vingtaine sans un seul projet de construction à son actif lorsqu’il a eu la chance de réaliser son design. Une tournée de projets de logements publics aux États-Unis l’a convaincu de la nécessité de réinventer la vie en appartement et d’intégrer certaines des caractéristiques d’une maison, telles que l’espace extérieur privé et l’accès à la nature.

Ce qui a finalement été construit est un complexe de 12 étages de cubes de béton empilés et décalés reliés par des passerelles et des jardins sur une péninsule artificielle qui s’avance dans le fleuve Saint-Laurent. Certains ont critiqué l’architecture brutaliste en béton et les coûts de construction et d’entretien à la hausse qui laissaient le complexe d’habitation hors de portée pour la plupart des Montréalais. Mais d’autres ont louangé la vision de l’architecte et son rêve de créer des communautés urbaines vivables à une époque où beaucoup fuyaient vers les banlieues.

Selon M. Safdie, le bâtiment s’est avéré être un lieu de vie souhaitable au fil des ans.

«Nous y étions hier (lundi). Il y a plus de 100 familles qui y vivent très heureusement, a-t-il déclaré au bout du fil. Une dame est venue me voir au déjeuner pour me dire comment ses enfants apprécient chaque instant là-bas.»

Au fil des ans, il dit avoir développé son concept original dans des endroits comme la Chine et Singapour.

Le don à l’Université McGill comprend également l’appartement personnel de l’architecte dans Habitat 67, qui, selon l’école, servirait de «ressource pour la recherche universitaire, les programmes d’artistes en résidence, les expositions et les symposiums».

La conception de M. Safdie pour Habitat 67 devait être à l’origine beaucoup plus grande — incorporant des écoles, des bâtiments publics et toute une communauté à usage mixte, dont il se rend compte maintenant qu’elle était «radicale» à l’époque.

«Mais tout a son temps, et peut-être que dans les prochaines années, nous pourrons également concrétiser certaines de ces idées.»

Il a conçu plusieurs autres projets remarquables, notamment le Musée des beaux-arts du Canada, à Ottawa; le Musée de la civilisation, à Québec; le musée d’histoire de l’Holocauste Yad Vashem, à Jérusalem ; et l’Institut américain de la paix, à Washington, D.C.

Actuellement, il travaille sur un certain nombre de projets, notamment un aéroport, un bâtiment d’école de médecine et un bureau qui intègre des éléments naturels pour une entreprise technologique californienne. 

«Vous regardez l’immeuble de bureaux typique, c’est une très grande empreinte, a-t-il fait valoir. Les deux tiers des gens ne travaillent même pas près d’une fenêtre ou de la lumière du jour et vous vous dites: »Il y a de meilleures façons de faire ça. »»

À 84 ans, M. Safdie a mentionné qu’il était toujours déterminé à réinventer les espaces.

«Chaque fois que je viens à un type de bâtiment que je n’ai jamais fait auparavant, comme quand j’ai fait ma première bibliothèque à Vancouver ou mon premier musée avec le Musée des beaux-arts, il y a un élément à repenser, de revenir aux premiers principes. Comment pourrions-nous faire mieux que la norme, la solution attendue?», a-t-il relaté.

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