L’armée appelée à mieux identifier les membres de groupes haineux dans ses rangs

OTTAWA — Les Forces armées canadiennes (FAC) sont appelées à renoncer à ce que les experts considèrent comme une approche réactive face au racisme et à la haine dans ses rangs pour se lancer plutôt dans une campagne proactive visant à éradiquer les croyances et les comportements extrémistes.

Cette demande, incluant une formation accrue pour identifier et exclure les militaires membres de groupes haineux, fait suite à un rapport interne de l’armée et à plusieurs incidents très médiatisés liant des membres des Forces armées à des extrémistes de droite.

Le cas le plus récent implique des enquêtes distinctes menées cette semaine par la GRC et par l’armée concernant un réserviste au Manitoba soupçonné d’agir comme recruteur pour un groupe de militants néonazis. L’armée a confirmé qu’elle enquêtait sur le caporal-chef Patrik Mathews, qui a rejoint la réserve en 2010. Il est ingénieur de combat au sein du 38e Groupe brigade du Canada à Winnipeg.

Aucune arrestation n’a eu lieu et aucune accusation n’a été déposée. La police rapporte seulement avoir perquisitionné une résidence, lundi à Beauséjour, au Manitoba, et avoir saisi plusieurs armes.

Les autorités militaires procèdent déjà à des entrevues et à des vérifications d’antécédents pour filtrer les recrues qui entretiennent des croyances et des comportements haineux, précisent des responsables de la Défense. Les recrues doivent également signer un accord stipulant qu’elles comprennent que de tels comportements sont interdits.

«Des enquêtes ou des mesures correctives peuvent être entreprises au cas par cas lorsqu’il existe des raisons de suspecter un comportement inapproprié», a déclaré la porte-parole du ministère de la Défense, Jessica Lamirande.

Les experts se demandent toutefois dans quelle mesure les recruteurs, les officiers et les autres membres de l’armée savent réellement ce qu’il faut chercher à repérer, étant donné qu’il semble y avoir un manque de formation et de sensibilisation sur le sujet.

«Je ne sais pas quel genre d’enseignement a été donné aux officiers», s’interroge Bernie Farber, président du Réseau canadien contre la haine, qui a étudie les liens entre les groupes de droite et l’armée.

«Je ne sais pas si un officier peut faire la différence entre un tatouage de kolovrat et de soleil noir» – des symboles circulaires associés à divers groupes néonazis – «et leur signification», ajoute M. Farber.

L’armée a mis en place un programme de formation pour prévenir le harcèlement et le racisme en 1998, à la suite de l’enquête sur la Somalie, qui contenait plusieurs recommandations visant à éliminer le racisme et la discrimination. L’enquête avait été déclenchée à la suite du meurtre d’un adolescent somalien aux mains de deux membres de l’ancien Régiment aéroporté canadien.

Ces recommandations incluaient l’établissement d’une liste de groupes extrémistes interdits aux membres des FAC, la surveillance des liens entre ces groupes et l’armée et le fait que des groupes antiracistes aident à former les officiers à l’identification du racisme et de la haine.

Même si le processus de filtrage est approfondi, David Hofmann, un expert en extrémisme de droite à l’Université du Nouveau-Brunswick, insiste sur le fait que le meilleur moyen de lutter contre la haine est d’apprendre aux militaires à l’identifier.

«Le seul processus de filtrage efficace, il doit être après l’adhésion des recrues, explique M. Hofmann. Il faut pouvoir compter sur des membres en uniforme qui vont dénoncer lorsqu’ils vont voir quelque chose.»

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