L’armée canadienne réduit sa présence au Moyen-Orient, pour être disponible ailleurs

OTTAWA — Les Forces armées canadiennes réduisent leur présence au Moyen-Orient afin de libérer des militaires pour des missions en Europe et ailleurs dans le monde.

Le vice-amiral Bob Auchterlonie a révélé ce plan dans une entrevue avec La Presse Canadienne, alors que l’armée est aux prises avec une pénurie de personnel et des demandes croissantes dans d’autres régions du monde.

Le vice-amiral de la Marine, qui dirige le Commandement des opérations interarmées, précise que le Canada maintiendra une présence au Moyen-Orient, notamment avec une plaque tournante logistique au Koweït et des missions d’entraînement militaire en Jordanie, au Liban et en Irak.

M. Auchterlonie a déclaré que le Moyen-Orient est l’un des rares secteurs où il a de la flexibilité, car il jongle avec les nombreux autres engagements du Canada dans un contexte de ressources limitées, en particulier les ressources humaines.

«Compte tenu de l’importance du conflit en Ukraine, nous allons évidemment continuer à soutenir cela, a-t-il déclaré. Les engagements envers l’OTAN – évidemment, nous allons continuer à soutenir cela. Et avec l’augmentation dans l’Indo-Pacifique, il ne reste plus beaucoup de place pour réduire.»

Des milliers de soldats canadiens ont été déployés au Moyen-Orient depuis 2014, lorsque le Canada s’est joint à ses alliés pour déclarer la guerre à Daech (le groupe armé État islamique), qui à l’époque avait capturé de vastes étendues de l’Irak et de la Syrie.

Connue sous le nom d’Opération Impact, la participation du Canada comprenait des avions de chasse, des avions de transport et de surveillance, des soldats et des hélicoptères des forces spéciales, un hôpital médical et des centaines d’entraîneurs militaires travaillant avec des soldats irakiens, jordaniens et libanais.

Au plus fort de l’opération, environ 800 soldats canadiens ont été déployés dans la région, ce qui en fait la plus grande mission du Canada depuis celle en Afghanistan.

Les Forces armées canadiennes ont commencé à réduire leur présence après la défaite de Daech en 2017.

Le déclin a été encore accéléré par la pandémie de COVID-19, les tensions croissantes avec l’Iran et les troubles politiques à Bagdad avant que l’invasion de l’Ukraine par la Russie ne place la sécurité européenne au premier plan, suscitant de nouvelles demandes pour l’armée canadienne.

M. Auchterlonie a révélé que le gouvernement libéral avait fixé un plafond de 450 membres des Forces armées pour l’Opération Impact, bien que seulement 250 environ soient actuellement impliqués dans la mission. Ce nombre devrait même encore baisser pour répondre à d’autres demandes.

«Nous envisageons de réduire cela pour permettre en particulier à l’Armée canadienne (la composante terrestre) de déplacer plus de gens ailleurs, a-t-il déclaré. Nous avons donc réduit cette mission en nombre, et j’ai allégé les compétences et les exigences des personnes déployées pour libérer d’autres personnes dans l’armée.»

Dans une entrevue en décembre, le commandant de l’Armée canadienne, le lieutenant-général Joe Paul, a déclaré que le corps militaire était pressé par de plus en plus de demandes au pays et à l’étranger, en particulier en Europe, alors même que le nombre de soldats disponibles pour de telles missions diminue.

M. Paul a déclaré à La Presse Canadienne que les forces de l’Armée canadienne avaient été réduites de 1200 soldats l’an dernier, les départs ayant dépassé le recrutement ⁠— et qu’elles pourraient en perdre des centaines d’autres à moins que la situation ne change. L’ensemble des Forces armées canadiennes a un manque d’environ 10 000 membres, ce qui signifie qu’un poste sur 10 est vacant.

Cette pénurie survient alors que le Canada a doublé le nombre d’entraîneurs militaires travaillant avec leurs homologues ukrainiens de 200 à 400 après l’invasion russe. L’Armée est également sur le point de renforcer un groupement tactique de l’OTAN dirigé par le Canada en Lettonie, ce qui nécessitera des centaines de soldats supplémentaires.

Tout cela coïncide avec le fait que l’armée est invitée à répondre à de plus en plus de catastrophes naturelles dans son pays.

Pour illustrer l’impact sur les troupes canadiennes, M. Auchterlonie a fait référence à une unité en août 2021 qui aidait aux efforts de secours contre les inondations au Yukon lorsqu’elle a été envoyée au Koweït pour aider à l’évacuation de l’Afghanistan – puis a été déployée en Ukraine pour former les forces locales.

Il y a aussi les défis de l’armée en ce qui a trait à l’équipement, en raison du nombre restreint de vieux navires et d’avions et de lacunes telles que le manque de capacité de défense anti-aérienne.

Et le gouvernement a récemment annoncé un plan visant à accroître la présence des forces armées dans la région indo-pacifique.

«Donc, la demande est en hausse, et essayer d’y répondre est vraiment difficile, a déclaré M. Auchterlonie. Par conséquent, dans les missions où j’ai la possibilité de réduire (notre présence), je l’ai fait.»

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