L’armée canadienne s’inquiète de plus en plus de ses problèmes de recrutement

OTTAWA — Les Forces armées canadiennes lancent un signal d’alarme sur ses problèmes de recrutement: elles manquent de recrues pour occuper les milliers de postes vacants dans ses rangs.

Le problème est si criant que l’officière supérieure responsable du recrutement et de l’entraînement décrit la situation comme une crise.

La brigadière-générale Krista Brodie a dit que l’armée n’a reçu environ que la moitié des demandes d’admission nécessaires pour atteindre son objectif d’ajouter 5900 nouvelles recrues dans ses rangs cette année.

«Nous commencions à prendre notre élan lorsque la pandémie a frappé», souligne-t-elle.

La pandémie a grandement nui aux efforts des militaires canadiens. Les centres de recrutement et les camps d’entraînement ont dû fermer leurs portes. En conséquence, seulement 2000 personnes se sont enrôlées en 2020-2021, moins de la moitié de ce qui était requis.

L’armée a recruté près de 4800 personnes l’année suivante à la suite de la levée des mesures restrictives entourant la lutte à la COVID-19.

«Le recrutement est sans nul doute dans un état de crise à l’heure actuelle», affirme la générale Brodie.

Environ un emploi militaire sur dix est vacant. Ce manque peut aussi avoir des répercussions sur la hiérarchie future puisque moins de personnes sont disponibles pour gravir les échelons.

Les problèmes de culture au sein de l’armée ont freiné les efforts de l’armée. Les allégations d’inconduite sexuelle et le fossé grandissant entre la société canadienne et les militaires ont persuadé les Forces armées de viser une plus grande diversité dans leurs rangs.

Le recrutement s’est étendu vers des groupes sous-représentés, comme les femmes et les Autochtones. L’armée veut aussi créer un milieu de travail plus inclusif, notamment en assouplissant certaines règles d’habillement, une stratégie qui commence à porter ses fruits, selon la générale Brodie.

Mais peu de Canadiens optent pour une carrière militaire sans qu’on n’en sache exactement les raisons.

«Nous n’avons pas de bonne réponse à cette question. Il existe un grand nombre de facteurs et d’éléments pouvant l’expliquer», dit-elle.

Le ministère de la Défense nationale tente de mieux comprendre ce problème et de trouver des solutions. Il envisage d’offrir des incitatifs financiers et d’améliorer l’équilibre famille-travail. On souhaite aussi être que l’armée soit mieux perçue au sein de la population, mentionne la générale Brodie.

L’officière ne peut pas dire si le fait de privilégier la diversité dans le recrutement aide ou nuit aux efforts de l’armée sur le plan quantitatif. Combien de candidatures de jeunes hommes blancs ont-elles été rejetées ?

«Nous ne pouvons pas en mesurer les répercussions à l’heure actuelle. Il est trop tôt, souligne la générale Brodie. Pour être très, très, très claire, on veut des candidats qualifiés et ces candidats qualifiés sont ceux qui reflètent avant tout les valeurs des Forces armées canadiennes.»

Le premier maître de 2e classe Andrew Clark est un responsable du recrutement pour la région d’Ottawa. Au cours des récentes semaines, ses équipes se sont rendues dans divers événements comme un congrès de bandes dessinées et l’Aéro Gatineau-Ottawa pour tenter des gens de se joindre aux Forces armées canadiennes.

«Nous vendons les bénéfices d’être un membre des Forces armées canadiennes, raconte-t-il. Le régime de pension, les assurances, la formation permanente et la possibilité d’avoir une carrière intéressante pouvant vous conduire à plein d’endroits sur la planète et d’être payé pour ça.»

Les recruteurs ont des objectifs à atteindre, notamment une cible minimale pour les femmes et une cible maximale pour les hommes. Ils sont encouragés à recruter des Autochtones et des membres issus de ce que l’armée continue d’appeler «les minorités visibles».

«La diversité, c’est ce qu’on recherche», convient M. Clark.

Le recrutement est cependant difficile dans de nombreux endroits.

«Le recrutement diminue même dans des endroits comme Kingston d’où on recevait un grand nombre de demandes d’adhésion», déplore le major Simon Rocheleau, responsable du recrutement pour le nord et l’est de l’Ontario.

L’officier explique ce déclin par de nombreux facteurs comme l’état de l’économie, le manque d’opérations prestigieuses comme l’Afghanistan et les inquiétudes relatives aux inconduites sexuelles.

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