L’armée de l’air encadrera davantage les surnoms que se donnent les pilotes de chasse

OTTAWA — Alors que l’Aviation royale canadienne prévoit contrôler de plus près la façon dont les pilotes de chasse se donnent leur «indicatif d’appel», un officier supérieur prévient qu’il n’est pas prévu d’abolir ces surnoms — ni les rassemblements sociaux où ils sont attribués.

Dans une entrevue avec La Presse Canadienne, le major-général Iain Huddleston, commandant de la 1re division aérienne du Canada, a déclaré qu’il visait à mettre en place un processus formalisé d’attribution des indicatifs d’appel d’ici la fin janvier. Par contre, il a également défendu ces surnoms, qui sont selon lui importants pour le moral des troupes et l’esprit de corps.

«C’est un outil qui est utilisé depuis de nombreuses années pour rassembler les équipes qui se concentrent sur les opérations de chasse, a souligné le major-général Huddleston. Donc, je pense qu’il est important d’avoir cet esprit d’équipe, cet esprit de corps, cette camaraderie.»

Les indicatifs d’appel sont ces surnoms que les pilotes de chasse se donnent entre eux et qui sont souvent écrits sur le front de leur casque — comme «Maverick» pour Tom Cruise dans «Top Gun».

Les commentaires de M. Huddleston font suite à une audience disciplinaire, la semaine dernière, au cours de laquelle deux officiers supérieurs sous son commandement ont été réprimandés et condamnés à une amende pour ne pas être intervenus après qu’un indicatif d’appel sexuellement inapproprié a été attribué à une pilote de chasse.

Cet indicatif d’appel, qui était homophobe et ciblait une femme pilote, a été attribué lors de ce qu’on appelle un «comité d’examen des indicatifs d’appel», le 22 juin à la base de la 4e Escadre Cold Lake, en Alberta — l’une des deux bases d’avions de chasse du Canada.

Malgré leur nom à consonance officielle, ces «comités d’examen» sont des événements sociaux où les pilotes se racontent des histoires drôles ou embarrassantes les uns sur les autres, autour d’un verre, avant de décider d’un surnom approprié pour les nouveaux aviateurs.

Le major-général Huddleston a reconnu que le surnom choisi le 22 juin et le «comité d’examen» avaient clairement dépassé les bornes et «n’avaient rien à voir avec l’esprit de corps».

Pourtant, il a également mentionné qu’il ne souhaitait pas modifier la structure de base de ces comités d’examen: «Ce seront toujours des événements sociaux, car il s’agit d’esprit de corps (…) Et j’ai l’impression que c’est toujours une tradition que nous voulons soutenir, mais avec un cadre.»

On ignore pour l’instant quelle forme exacte prendra ce cadre, mais M. Huddleston indique qu’il pourrait par exemple y avoir un officier dans la salle qui ne boit pas et dont le travail consisterait à contrôler le débat. «Quelqu’un qui pourrait dire: ‘Hey, c’est niaiseux, arrête ça’», a-t-il expliqué.

Deux officiers n’ont rien dit

Lorsqu’on lui a demandé comment une salle remplie de pilotes de chasse avait pu attribuer un tel surnom homophobe alors que les militaires canadiens sont censés avoir été prévenus contre tout comportement sexuel inapproprié, M. Huddleston a admis qu’il était complètement dépassé.

«Je ne peux pas le comprendre moi-même, c’est de la stupidité. Je ne comprends pas. En 33 ans de carrière, je n’ai jamais entendu parler d’une chose pareille.» 

Il ne pouvait pas non plus expliquer pourquoi le colonel Colin Marks et le lieutenant-colonel Corey Mask, qui étaient les officiers supérieurs dans la salle, ne sont pas intervenus dans la discussion.

Le major-général a toutefois précisé que les deux hommes avaient accepté leur responsabilité et ont travaillé pour comprendre le tort causé par leur silence. 

Les deux officiers ont plaidé coupables lundi lors d’une audience sommaire tenue devant 50 membres de la Force aérienne à la 4e Escadre Cold Lake. Le colonel Marks a été privé de huit jours de salaire tandis que le lieutenant-colonel Mask a perdu cinq jours de salaire.

Les deux officiers devront aussi suivre un «mentorat» de six mois pour s’assurer qu’ils apprennent de leur erreur, a déclaré M. Huddleston. Ce mentorat implique diverses discussions sur le leadership et l’examen minutieux des règles de l’armée concernant les inconduites sexuelles.

Le programme de mentorat relève de ce que l’armée a décrit comme son «cadre de réintégration des personnes mises en cause». Lancé plus tôt cette année, ce cadre vise à aider les militaires à apprendre de leurs erreurs, plutôt que de simplement les expulser.

«Je pense que ça nous donne une voie pour permettre aux gens de faire des erreurs, des erreurs raisonnables, puis d’aller de l’avant et de faire partie d’une évolution de la culture», a estimé le major-général Huddleston.

On ne sait toujours pas quel poste occuperont à l’avenir les deux officiers mis en cause. Le colonel Marks était sur le point de prendre le commandement de l’autre base de CF-18 du Canada, à Bagotville, au Saguenay-Lac-Saint-Jean. Cette décision reviendra au commandant de l’Aviation royale canadienne, le lieutenant-général Eric Kenny, et au chef d’état-major de la défense, le général Wayne Eyre.

«Personne n’oubliera qu’ils ont commis cette erreur, a précisé M. Huddleston. Ce sera un véritable défi de leadership pour eux. Mais ils s’y sont engagés, si nous leur en donnons l’opportunité.»

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