L’armée inquiète de ce qui pourrait faciliter l’accès de la Chine à ses réseaux

OTTAWA — Le chef d’état-major de la défense s’inquiète de tout ce qui pourrait faciliter l’accès de la Chine aux réseaux informatiques militaires canadiens, mais il croit qu’il y a moyen de gérer les risques liés à la participation de Huawei dans la construction des nouveaux réseaux 5G au pays.

Le général Jonathan Vance a fait ces commentaires en entrevue à La Presse canadienne alors que l’administration du président américain Donald Trump fait pression auprès de ses alliés pour empêcher le géant chinois des télécommunications de jouer un rôle dans les réseaux sans fil de cinquième génération, à cause d’enjeux de sécurité nationale.

Les États-Unis pensent que si on laisse Huawei vendre de l’équipement aux entreprises qui construisent les réseaux de données améliorés au Canada, on les rendra plus vulnérables à l’espionnage chinois. La Maison-Blanche prévient que Washington pourrait alors retenir des renseignements secrets. Huawei nie catégoriquement les allégations américaines.

Le Canada est le seul membre du réseau de partage de renseignements «Five Eyes» qui n’ait pas encore pris de décision concernant Huawei. L’Australie et la Nouvelle-Zélande ont suivi les conseils des États-Unis, tandis que la Grande-Bretagne a limité l’implication du géant chinois.

Le réseau «Five Eyes» est «d’une importance primordiale» pour le Canada et pour ses Forces armées, a déclaré le général Vance, en ajoutant qu’Ottawa prend très au sérieux les avertissements américains et l’impact potentiel d’un partage moins assidu de renseignements entre les deux pays. Lors d’une importante conférence de défense, la semaine dernière, le chef d’état-major a spécifiquement épinglé la Chine pour ses «activités malveillantes dans le cyberespace», une évaluation reprise par plusieurs autres officiers canadiens et alliés.

Le général Vance a toutefois bon espoir de voir le gouvernement «atténuer» une telle menace. Il a refusé de dire s’il avait recommandé à Ottawa de bannir Huawei des réseaux 5G du Canada. «Il existe des moyens d’atténuer» sa participation, a-t-il déclaré.

Huawei, Ericsson et Nokia

Le développement des réseaux 5G («cinquième génération») permettra aux utilisateurs de se connecter plus rapidement et fournira une vaste capacité de données pour répondre à la demande incessante d’applications émergentes, comme la réalité virtuelle et les véhicules autonomes, car de plus en plus d’activités sont dorénavant liées à internet.

Au Canada, Huawei Technologies, la suédoise Ericsson et la finlandaise Nokia sont parmi les principaux candidats pour aider les entreprises de télécommunications canadiennes BCE, Rogers et Telus à bâtir leurs réseaux 5G.

Un conseiller en matière de télécommunications dans l’administration Trump a rencontré lundi des responsables à Ottawa, et ce n’était pas le premier envoyé du gouvernement américain à visiter le Canada, alors que le gouvernement libéral de Justin Trudeau continue de jongler avec le dossier Huawei.

En janvier dernier, la Grande-Bretagne a accordé à Huawei un accès partiel à son réseau 5G de nouvelle génération, mais Londres considère toujours le géant chinois comme un risque pour la sécurité nationale, qui nécessite une attention particulière des autorités. Les responsables britanniques ont expliqué qu’il n’y avait pas assez d’entreprises pour répondre aux besoins du pays en 5G; le gouvernement a donc choisi de limiter la participation de Huawei à 35 %, dans les activités les moins «sensibles» du chantier technologique.

Le gouvernement Trudeau a depuis déclaré qu’il étudiait la décision britannique dans le cadre d’une évaluation plus large qui comprend la façon dont la technologie 5G pourrait favoriser la croissance économique au Canada. Compte tenu de la portée de cet examen, plusieurs agences sont impliquées: le ministère de la Sécurité publique, le Service canadien du renseignement de sécurité, le Centre de la sécurité des télécommunications, Affaires mondiales Canada et le ministère de l’Innovation, des Sciences et de l’Industrie.

Le général Vance a estimé que «quelle que soit la décision qu’ils prendront, ils devront également prendre les mesures d’atténuation nécessaires pour garantir que l’architecture « Five Eyes » ne soit pas compromise».