L’armée s’habitue à intervenir de plus en plus dans les désastres naturels

OTTAWA — L’armée canadienne dit changer la façon dont elle répond aux demandes d’assistance des provinces et des municipalités, qui sont de plus en plus aux prises avec des catastrophes naturelles.

Les Forces armées canadiennes ont été appelées à intervenir dans dix catastrophes d’origine météorologique dans les deux dernières années, selon une analyse de La Presse canadienne. Entre 2007 et 2016, les militaires n’avaient été appelés que vingt fois, et entre 1996 et 2006, seulement douze fois.

Et de nos jours, ces catastrophes semblent être beaucoup plus importantes, ce qui force l’armée à déployer davantage de soldats et de ressources sur un territoire plus vaste.

Actuellement, 2300 militaires sont au Québec et en Ontario pour remplir des sacs de sable, bâtir des digues, surveiller les maisons inondées et évacuer des résidants. En guise de comparaison, il y a 2200 soldats qui sont déployés à l’extérieur du pays.

L’adjudant Andrew Buchan dit être intervenu pour la première fois dans une catastrophe naturelle en 2017, lors des inondations au Québec, après 15 ans dans la réserve de l’armée. Maintenant, moins de deux ans plus tard, il est de retour.

«Les appels pour que l’armée fournisse ce genre de soutien, du moins dans mon coin de pays, n’étaient pas aussi fréquents et ça devient plus fréquent», a témoigné M. Buchan, qui est membre du 33e Régiment du génie de combat d’Ottawa.

Le premier ministre du Québec, François Legault, souhaite que l’armée reste une fois que l’eau aura reculé, afin d’aider à nettoyer. L’armée peut accomplir des tâches difficiles et salissantes que les petites municipalités et même les gouvernements provinciaux n’ont pas les moyens de faire. Elle dispose également d’ingénieurs et d’autres spécialistes qui peuvent accélérer l’évaluation des structures, comme les ponts, afin de s’assurer qu’elles soient sécuritaires pour réouverture.

Le ministre de la Défense, Harjit Sajjan, a affirmé que l’armée aurait le droit de facturer ses services aux gouvernements locaux, ajoutant toutefois qu’elle ne l’a encore pas fait et qu’elle ne commencerait pas maintenant.

Le grand rôle des réservistes

Mais cette demande grandissante force l’armée à s’adapter pour s’assurer qu’elle soit prête à intervenir au pays, sans affecter ses missions à l’étranger ou ses entraînements liés à une potentielle attaque étrangère.

Les réservistes comme l’adjudant Buchan, qui ont un emploi de fonctionnaire dans la journée, représentent une partie importante des soldats qui interviennent dans les catastrophes naturelles.

Leur rôle devrait s’élargir à compter de cet été pour s’adapter à cette nouvelle réalité, a indiqué le colonel Peter Allan, chef d’état-major adjoint chargé des opérations continentales au Commandement des opérations interarmées du Canada.

Bien que l’armée ait longtemps compté sur les unités de la force régulière pour réagir rapidement lorsque des demandes d’assistance émanaient de provinces touchées par une catastrophe, les réservistes assumeront désormais une grande partie de ce rôle.

«Plus on utilise les réservistes (dans ce contexte), moins il y a d’impact sur les cycles d’entraînement des autres unités qui sont déployées à l’étranger», a-t-il expliqué.

Des changements «progressifs»

Il y a eu d’autres changements: il y a deux ans, l’armée a décidé de commencer à entraîner des troupes dans l’ouest du Canada pour la gestion des incendies de forêt, qui constituent désormais une menace majeure.

«Nous ne les formons absolument pas à devenir des pompiers de forêt, a soutenu M. Allan. Nous leur donnons les bases pour que, quand quelque chose se présente, ils soient prêts à se rendre sur le terrain en toute sécurité et à apporter leur aide lors d’une intervention en cas d’incendie.»

Et l’ajout de 3500 membres de la force régulière et de 1500 réservistes annoncé dans le cadre de la politique de défense des libéraux aidera également, selon lui.

«Ce sont des ajustements relativement mineurs, a-t-il indiqué. Mais c’est le genre d’ajustements que nous faisons après avoir évalué chaque mission. Donc, des changements progressifs, je dirais.»

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