L’arrestation d’un jeune Noir avec un genou sur le cou est vivement dénoncée

MONTRÉAL — «Après tout ce qu’on a vu aux États-Unis, après l’événement de George Floyd, qu’est-ce qui vous passe par l’esprit de penser que vous pouvez encore faire ça?»

Près d’un mois après une intervention policière où un jeune Noir de 14 ans a été immobilisé face contre le sol sous le genou d’un policier dans le quartier Villeray, à Montréal, la directrice générale de la Maison d’Haïti, Marjorie Villefranche, n’en revient toujours pas de la force excessive utilisée pour maîtriser deux jeunes adolescents.

Les policiers étaient intervenus après avoir reçu un appel signalant une dispute impliquant une quinzaine de jeunes devant une école secondaire. Les deux adolescents avaient été maîtrisés alors qu’ils tentaient de fuir les lieux.

«Ce sont des enfants», a-t-elle répété à plusieurs reprises jeudi lors d’un point de presse devant l’école où l’incident s’est produit le 10 juin. Mme Villefranche dit bien connaître les deux adolescents interceptés, qu’elle décrit comme «assez frêles et assez petits». Elle n’accepte pas que l’on ait utilisé des techniques conçues pour immobiliser des adultes, d’autant plus que ces jeunes ne faisaient rien de mal, mais s’étaient plutôt réunis dans le parc devant l’école pour s’amuser et fêter l’anniversaire d’un ami.

«Cette technique de mettre les gens par terre et de les immobiliser et de les humilier en mettant leur figure par terre, je demande que ce soit terminé et que ce soit terminé pour la communauté noire, parce qu’on a été suffisamment traumatisés par ce genre de chose. Je n’arrive même pas à comprendre que des policiers pensaient qu’ils pouvaient encore faire ça», a-t-elle lancé.

Profilage racial évident

Présent à ses côtés, le député solidaire de Laurier-Dorion, Andrés Fontecilla, a qualifié l’incident de profilage racial clair.

«Cette intervention ne se serait jamais produite dans une école secondaire d’un quartier comme Westmount ou Outremont», a-t-il fait valoir.

«Au-delà de la situation inacceptable de voir un policier mettre son genou sur le cou d’un jeune de 14 ans, ce que cette intervention met en lumière, c’est une situation de profilage racial envers la jeunesse noire du Nord de Montréal.»

Il a appelé les ministres de la Sécurité publique, Geneviève Guilbault, et de la Lutte contre le racisme, Benoit Charrette, à mettre en place «une véritable politique de sécurité publique pour la jeunesse du Québec — en particulier de la jeunesse racisée — une politique fondée non pas sur la répression, mais une politique fondée sur l’intervention sociale».

Tant le député que la directrice générale de la Maison d’Haïti ont réclamé davantage de travailleurs sociaux et de médiateurs et que l’on fasse appel à ceux-ci lors d’événements de ce genre. 

Andrés Fontecilla a rappelé au passage que même le premier ministre François Legault a exprimé sa désapprobation face à ce geste.

Tous les deux ont déploré le fait que ce genre d’approche répressive se traduise par la criminalisation des deux jeunes qui n’avaient pourtant commis aucun crime. Mme Villefranche a précisé que les familles sont encore sous le choc et que les deux adolescents sont traumatisés par l’expérience.

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