L’Assemblée des Premières-Nations Québec-Labrador propose son plan contre le racisme

MALARTIC, Qc — L’Assemblée des Premières-Nations Québec-Labrador (APNQL) a dévoilé mardi matin son plan de lutte au racisme et à la discrimination envers les Premières-Nations.

Le dévoilement de ce plan survient au lendemain de la mort de Joyce Eshaquan, une femme Atikamek victime de propos racistes de la part du personnel infirmier du Centre hospitalier de Joliette.

L’APNQL base son plan sur les différentes commissions d’enquêtes tenues ces dernières années (Vérité et réconciliation, femmes autochtones disparues et assassinées, Commission Viens).

Il se base aussi sur un vaste sondage, rendu public le mois dernier, qui démontre que 92% des québécois estiment que les membres des Premières-Nations sur le territoire sont victimes d’une forme ou d’une autre de discrimination. «Nous avons participé largement à ces commissions, affirme le chef de l’APNQL, Ghislain Picard. Nos nous devons d’être proactifs si nous voulons que les choses changent.»

Le plan d’action pour lutter contre le racisme et la discrimination s’appuie non seulement sur le sondage, mais aussi sur 141 interventions dans sept sphères d’activité.

Il vise notamment à renforcer les initiatives de rapprochement entre Autochtones et non-Autochtones, via des campagnes de sensibilisation auprès d’organismes et de groupes de la société civile.

Les médias sont également interpellés, tout comme les municipalités et le milieu économique. «Le changement doit passer par les municipalités, estime Ghislain Picard. Il faut mettre en place des programmes d’accompagnement à la justice, réactiver certains dossiers et relancer des corps policiers dans les Premières-Nations. Il faut aussi valoriser l’apport des Autochtones, et les impliquer dans la relance économique du Québec.»

Les responsabilités du gouvernement

«François Legault a déclaré qu’il ne voulait pas nous donner un droit de veto, dit Ghislain Picard. Il s’agit soit d’une méconnaissance, soit de la négation de nos droits et de notre réalité.»

M. Picard estime qu’ultimement, le gouvernement ne peut se défiler de ses responsabilités. «Je sais bien que, la plupart du temps, le racisme que nous subissons n’est pas intentionnel et qu’il est souvent le fruit de biais inconscients, dit le chef de l’APNQL. Il est aussi très souvent le fruit de politiques gouvernementales qui conduisent à la discrimination systémique.»

La cheffe de la nation Anishinabeg, Verna Polson, abonde dans le même sens. «François Legault ne peut se défiler, dit-elle. Il ne faut pas que les rapports de toutes ces commissions d’enquête demeurent sur les tablettes, et il faut que les organismes non-gouvernementaux travaillent eux aussi à éliminer la discrimination. On a besoin d’un leadership fort, et de travailler tous dans la même direction.».

De son côté, la cheffe de Lac-Simon, une communauté anishinabe située à une quarantaine de kilomètres au sud de Val-d’Or, lance un appel spécial aux organismes de défense des femmes.

«On a besoin de vous, lance Adrienne Jérôme. On a eu une illustration frappante de ce que l’on vit. Trop de femmes autochtones subissent ce genre de traitement. On a été aux premières loges pour voir tout ça il y a cinq ans, lorsque de jeunes femmes ont révélé avoir été abusées par des policiers.»

L’exemple de Val-d’Or

Invité à la conférence de presse, le maire de Val-d’Or, Pierre Corbeil, a fait état du travail effectué par sa ville depuis 2015. «Ce qui s’est passé chez nous nous a interpellés, a dit le maire. Il n’y a pas de remède miracle, la réconciliation doit passer par les municipalités. L’exemple de Val-d’Or n’est peut-être pas parfait, mais il a un certain intérêt. Les préjugés, la discrimination et le racisme sont des triplets qui sont issus de l’ignorance. Il faut que nous soyons tous informés des réalités des Premières-Nations. Le temps n’est plus aux rapports, il est à l’action.»

La Fédération étudiante collégiale du Québec (FÉCQ) appuie le plan d’action. «Le milieu collégial a son rôle à jouer dans la lutte au racisme envers les personnes issues des peuples autochtones, non seulement par son rôle d’éducation envers les citoyens et les citoyennes, mais aussi par son devoir de créer un environnement propice aux échanges et à l’écoute mutuelle, soutient Noémie Veilleux», présidente de la FECQ.

La FÉCQ propose notamment des cours optionnels de langues autochtones, une plus grande place aux Premières-Nations dans les cours de littérature et des formations au personnel professionnel.

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