Québec estime que les Catalans sont contre l’indépendance mais offre sa médiation

QUÉBEC — Le gouvernement Couillard soutient qu’une majorité de Catalans est contre l’indépendance, tout en s’offrant du même souffle comme médiateur dans le conflit entre l’Espagne et la Catalogne.

La ministre des Relations internationales, Christine St-Pierre, a refusé de reconnaître, mercredi, la validité du référendum sur l’indépendance de dimanche et son résultat, en se fondant plutôt sur les personnes à qui elle avait parlé.  

Malgré ce parti-pris apparent de sa ministre, le premier ministre Philippe Couillard estime que le Québec peut apporter son aide parce qu’il «a l’habitude de ces débats».

Ce même jour, son gouvernement et tous les partis en Chambre ont condamné à l’unanimité «l’attitude autoritariste du gouvernement espagnol», pour la première fois explicitement visé par l’Assemblée nationale pour la répression qui s’exerce dans la région catalane depuis plusieurs semaines.

Rappelons que la Catalogne, une région partenaire du Québec, est plongée dans l’incertitude à la suite d’un référendum qui a eu lieu dimanche. La Garde civile, la gendarmerie nationale espagnole, a tenté par la force sur ordre du gouvernement central madrilène d’empêcher les citoyens d’aller voter. Le Oui l’a emporté avec 90 pour cent, mais le taux de participation s’établit à 43 pour cent.

«J’ai eu des discussions avec des Catalans et ce n’est pas une majorité de Catalans qui est pour l’indépendance de la Catalogne», a toutefois argué la ministre Christine St-Pierre, en conférence de presse en matinée, en faisant référence aux sondages et aux élections catalanes pour appuyer son point de vue.

«Ce n’est pas une majorité de Catalans qui sont allés voter au référendum», a-t-elle ensuite ajouté.

Pour sa part, M. Couillard a indiqué qu’il avait parlé aux représentants espagnols au Canada, tandis que Mme St-Pierre a parlé aux représentants catalans, pour leur offrir la médiation du Québec.

«Au Québec on a une certaine habitude de ces débats (…), on pourra éventuellement apporter notre aide», a-t-il déclaré avant de se rendre à la séance du conseil des ministres.

La motion déposée par le chef péquiste Jean-François Lisée a fait l’objet de tractations pour en arriver à recueillir l’assentiment de toutes les formations politiques.

«L’Assemblée nationale déplore l’attitude autoritariste du gouvernement espagnol qui a mené à des gestes de violence à l’occasion du référendum sur l’indépendance de la Catalogne et déplore le nombre de blessés», affirme la motion.

Elle appelle aussi au «dialogue politique et démocratique» entre la Catalogne et l’Espagne afin de résoudre «pacifiquement les différends qui les éloignent», en plus d’évoquer le recours à une médiation internationale si les parties y consentent.

Dans un geste rare, les chefs des trois partis reconnus à l’Assemblée nationale, Philippe Couillard, Jean-François Lisée et François Legault, se sont serré la main après la présentation de la motion.

En conférence de presse après l’adoption de la motion, le chef péquiste a souligné que l’Assemblée nationale était le premier Parlement à suggérer le recours à une médiation internationale, ce qui pourrait en inciter d’autres à emboîter le pas, selon lui.

«Il faut que Madrid commence à sentir son isolement», a-t-il dit en conférence de presse.

En outre, le chef de l’opposition a suggéré que la motion a «un poids moral qui est réel», puisqu’elle a été adoptée par des partis qui se sont à la fois battus pour le Oui et pour le Non au dernier référendum sur la souveraineté du Québec en 1995.

Québec solidaire a déploré que sa propre motion n’ait pas recueilli le consentement des autres partis. Elle contraignait l’Assemblée nationale à reconnaître l’éventuelle déclaration d’indépendance du Parlement catalan.

«L’Assemblée nationale aura fort probablement d’ici quelques jours à se positionner sur cette question», a prédit la députée Manon Massé en conférence de presse.  

Le Québec et la Catalogne entretiennent des relations bilatérales. Les deux gouvernements ont signé une entente de coopération en 1996 qui s’étend à plusieurs domaines, dont la culture et l’éducation. Le Québec a un bureau à Barcelone, une sorte de représentation diplomatique.