L’attentat chamboule le caucus péquiste qui s’amorcera mardi à Montréal

MONTRÉAL – L’attentat meurtrier de dimanche soir dans une mosquée de Québec vient bousculer l’ordre du jour du caucus de l’opposition officielle péquiste prévu mardi et mercredi à Montréal.

Cette réunion des élus en vue de préparer la rentrée parlementaire devait notamment porter sur les propositions concernant la métropole, mais les plans ont rapidement changé à la suite de la tuerie, qui a fait six morts et plusieurs blessés.

Une source à l’interne a fait savoir à La Presse canadienne qu’il y aura certainement des «modifications» au programme de ces deux journées de plénière à huis-clos, sans qu’elle puisse préciser «à quel point» l’ordre du jour sera modifié.

Quant à savoir si l’enjeu de la radicalisation, du vivre-ensemble ou des attentats sera clairement abordé dans les échanges, on s’est borné à indiquer que ce sont des discussions de nature privée, comme il est de coutume dans un caucus.

Également, les élus seront invités à se recueillir pendant une minute de silence à la mémoire des victimes, avant d’entreprendre leurs travaux mardi matin, dans un hôtel de l’est de la ville.

Déjà lundi, le chef du Parti québécois, Jean-François Lisée, avait complètement chamboulé son horaire qui devait comprendre une tournée de la métropole avec ses députés, en prélude au caucus.

Il s’est plutôt rendu à Québec où il a livré un message d’unité au cours d’un point de presse. Il devait aussi participer au rassemblement de solidarité prévu lundi en début de soirée à l’ancienne église Notre-Dame-de-Foy, non loin du lieu de l’attentat.

Plusieurs élus péquistes devaient aussi prendre part à un rassemblement similaire prévu à Montréal à la gare Jean-Talon, à 18h00.

Rappelons que les relations du Parti québécois avec la communauté musulmane n’ont pas toujours été faciles au cours des dernières années, notamment avec le débat sur les accommodements raisonnables.

Le PQ a été attaqué par ses adversaires pour avoir été à l’origine de la charte de la laïcité, du temps du gouvernement de Pauline Marois, entre 2012 et 2014. Ce projet de loi interdisait notamment le port de signes religieux ostentatoires dans la fonction publique, notamment le voile, que ce soit le hidjab, le tchador, etc.

Plus récemment, pendant la dernière course à la direction du parti, M. Lisée, alors candidat, avait été critiqué pour avoir laissé entendre qu’un imam radical, Adil Charkaoui, appuyait les positions d’Alexandre Cloutier, un autre prétendant à la succession de Pierre Karl Péladeau.

En novembre, le chef péquiste a tenté de rééquilibrer les positions identitaires de sa formation en ajoutant les enseignants et les éducatrices en garderie à la liste des employés de l’État qui devraient s’abstenir de porter des signes religieux.

Durant la course à la direction du PQ, M. Lisée avait limité cette interdiction aux seuls fonctionnaires en autorité dont les juges et policiers, tel que recommandé par la commission Bouchard-Taylor en 2008.

M. Lisée a justifié ce resserrement en affirmant que les discussions en caucus ont permis de déterminer qu’il fallait élargir les restrictions aux personnes en position d’autorité dans les écoles primaires et secondaires.

Sous un gouvernement péquiste, les enseignants et les éducatrices en garderie actuellement au service de l’État disposeraient d’un droit acquis, ce qui limiterait l’interdiction aux nouveaux employés seulement.

Cette disposition ne s’appliquerait toutefois pas aux fonctionnaires en position d’autorité, à qui le port de signes religieux serait interdit sans exception.

Concernant sa prise de position sur la nécessité de réfléchir à la place du voile intégral dans l’espace public en général, alors qu’il était candidat à la direction, M. Lisée a affirmé qu’un comité formé de parlementaires et d’experts se penchera sur la question.

Pendant la course, M. Lisée avait notamment soulevé une controverse en affirmant que le port de la burqa pouvait poser un risque pour la sécurité, puisque ce vêtement permettrait de cacher une arme.

En novembre, M. Lisée a par ailleurs cité les questions identitaires dans ses trois principales priorités, après avoir admis qu’il a pu créer la perception que ces enjeux sont moins prioritaires.

Gouin

Enfin, il est fort possible que le caucus sera appelé à se pencher sur l’élection complémentaire à venir dans Gouin, une circonscription montréalaise.

En effet, la députée Françoise David, de Québec solidaire, a démissionné récemment et un scrutin devra donc être annoncé d’ici à six mois.

Ce sera un autre test pour la convergence des forces souverainistes. QS a déjà fait savoir qu’il allait présenter un candidat, peu importe ce que le PQ décidera, et a même invité le PQ à présenter un adversaire.

M. Lisée n’a toujours pas fait savoir si son parti allait présenter ou non un candidat dans cette circonscription, qui était péquiste jusqu’en 2012.