L’auteur de la tuerie en N.-É. aurait lui-même été victime de violences familiales

HALIFAX — La violence conjugale et familiale s’est perpétuée pendant plusieurs générations dans la famille de l’auteur de la tuerie de 2020 en Nouvelle-Écosse, révèle un document publié lundi par la commission d’enquête publique.

Le résumé produit par la commission décrit des épisodes troublants de la vie du tueur, qui vont de ses mauvais traitements pendant son enfance à son diagnostic, à l’âge adulte, de «personnalité narcissique», dont les accès de rage pouvaient éclater en un clin d’œil.

Les 18 et 19 avril 2020, Gabriel Wortman s’est livré à un déchaînement de 13 heures qu’il avait commencé après avoir agressé sa conjointe. Il a ensuite conduit une réplique d’un véhicule de patrouille, tuant sur sa route 22 personnes avec des armes acquises illégalement.

Les membres de la commission n’ont «pas réussi» à parler à certains membres de la famille du tueur, mais les enquêteurs ont reconstitué le passé violent de sa famille à partir des déclarations à la police de quatre oncles, de documents écrits et d’entretiens avec des connaissances et avec sa conjointe. 

Alan Wortman, un oncle de l’auteur de la tuerie, a déclaré à la Gendarmerie royale du Canada (GRC) que le grand-père paternel du tueur «était violent» avec ses enfants, y compris avec le père de Wortman, et que cette tendance s’était poursuivie dans l’éducation de l’agresseur.

En 2010, Neil Wortman, un autre oncle du tueur, a écrit une lettre à Jeff Samuelson, frère biologique de l’assassin, l’avertissant d’un profond «dysfonctionnement familial» au sein du couple qui l’avait donné en adoption aux États-Unis. L’arrière-grand-père y est décrit comme un «tyran qui a brutalisé sa famille» et qui a transmis ces traits de caractère à son fils.

Plusieurs témoins ont indiqué à la GRC que le père du tueur, Paul Wortman, avait abusé de sa femme et qu’il avait maltraité son fils pendant son enfance à Moncton. L’un des oncles du tueur, Alan Wortman, a raconté à la GRC qu’à l’adolescence, il avait vu Paul Wortman agresser sa femme lors d’un repas de Noël. «Elle a dit quelque chose et il l’a frappée, l’a jetée au sol et lui a donné des coups de pied et des coups de pied et encore des coups de pied», a-t-il déclaré à la police. 

Un autre oncle, Glynn Wortman, qui gardait le tueur quand il était tout petit, a dit à la police, après la fusillade: «(Gabriel Wortman) a eu une éducation horrible et cela (…) l’a transformé en un »petit bâtard » cupide et autoritaire. (Son père) ne l’a jamais traité comme un petit garçon.»

Un héritage qui s’est perpétué

Lisa Banfield, la conjointe du tueur, et plusieurs autres témoins se sont souvenus que Gabriel Wortman leur racontait qu’enfant, son père lui avait tendu une arme chargée et lui avait demandé de lui tirer dessus. Mme Banfield a déclaré à la police que son conjoint lui avait dit: «Ça a passé bien près que je lui tire dessus».

Gabriel Wortman a aussi raconté qu’il avait vu sa mère menacée d’armes à feu. Mme Banfield a également déclaré à la police que le tueur estimait qu’il ne pouvait pas se confier à sa propre mère, parce qu’elle raconterait tout à son mari, qui s’en prendrait ensuite à son garçon.  

L’héritage d’une telle relation dysfonctionnelle avec ses parents est réapparu dans la vie adulte de Gabriel Wortman, selon les proches et son épouse.

Le résumé comprend le récit de Paul Wortman à la police sur la façon dont, pendant des vacances à Cuba, son fils adulte l’a attaqué lors d’une discussion sur l’enfance du tueur — le fils aurait battu son père au point qu’il «a perdu un peu de vision» dans l’un de ses yeux.

Une menace de tuer ses parents en 2010 a même fait l’objet d’une enquête policière après que l’oncle Glynn a appelé la GRC pour signaler les intentions du tueur. Le résumé indique que Paul Wortman a déclaré aux enquêteurs que son fils possédait des armes à feu. Il a répété l’allégation lors d’une autre enquête en 2011, lorsqu’une note de renseignement de la police suggérait que Gabriel Wortman constituait une menace pour la police.

Selon les dossiers médicaux publiés dans le document déposé à la commission, un médecin a référé Gabriel Wortman au psychiatre Douglas Maynes en 2000, qui l’a vu quatre fois et l’a diagnostiqué comme une «personnalité narcissique».

En juin 2009, la docteure Cynthia Forbes, médecin de famille de la région de Halifax, a écrit dans ses notes que le tueur rapportait «qu’il buvait 12 bières par jour, cinq jours par semaine», mais il soutenait pouvoir arrêter de boire pendant l’été. Elle lui a suggéré de consulter un psychologue, «mais il n’était pas intéressé à ce stade».

Selon les dossiers médicaux obtenus par la commission, le seul traitement médical que le tueur a reçu de juin 2018 à janvier 2020 aura été sept visites avec la docteure Forbes et un collègue, pour de l’hypertension.

Wortman a été abattu par la police dans une station-service à Enfield le 19 avril 2020, mettant fin à l’une des pires tueries de l’histoire moderne du Canada.

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